Demandeur d'emploi, un véritable odyssée

le chômage ne cesse de croître et ce sont autant de personnes devant se battre face à l'incertitude du lendemain.

Le parcours d’un demandeur d’emploi pourrait être comparé à certaines histoires de la mythologie que ce soit l’Odyssée d’Ulysse, les douze travaux d’Herakles (Hercule pour les romains) ou encore la quête du Saint Graal. Si le premier des mythes cités est un parcours initiatique, le deuxième peut être un copier-coller des étapes et obstacles que doit franchir un chômeur pour avoir le droit d’accéder à un emploi.

Des mythes à une triste réalité

Les mythes sont donc souvent décrits comme étant des parcours initiatiques où l’homme (puisqu’en général ce sont des héros qui sont au centre de ces récits) doit franchir de nombreux obstacles avant d’atteindre son total accomplissement.Si rares sont les personnes qui atteignent un plein épanouissement par le travail, celui-ci peut y contribuer. Certes, le chômeur n’a pas à tuer un lion, à nettoyer les écuries d'Augias , vaincre le géant Géryon aux trois corps ou encore le chant des Sirènes (incarné ici par des offres d’emploi ?) mais dans sa quête, la personne désoeuvrée doit aussi faire face à quelques démons. Outre trouver des offres d’emploi qui puissent lui correspondre et y candidater, un des nombreux obstacles à franchir, et non des moindres - obstacle qu’il ne peut maîtriser car ne dépendant plus de sa seule volonté - est d’obtenir une réponse de ces employeurs même si cette réponse est négative. Ces réponses sont rares voire inexistantes et nul oracle à travers un vol d’hirondelles ou dans les entrailles d’un quelconque animal sacrifié, ne trouverait à donner d’explication tangible au chômeur qui irait le solliciter pour comprendre ce mystère.

Face à ce désert, le demandeur d’emploi peut perdre toute confiance en lui et se laisser happer par l’usure, le temps. Ce temps se transforme peu à peu en un Temps historique , en un temps vécu, en un temps de l’histoire du chômeur, un temps qui peut rejoindre le temps mythique , celui de trouver un travail. Mais ce temps mythique peut vite se confondre en temps historique pour peu que le demandeur d’emploi ne parvienne à trouver le Saint Graal, à savoir un emploi.

De la caverne à Philoctète

Le chômeur pourrait ressembler aux hommes enchaînés dans une Caverne décrits par Platon dans son oeuvre République, livre VII . Dans un premier temps, plein d’optimisme, il ne connaît rien des difficultés du monde du travail et est persuadé que sa condition d’inactif est temporaire. Mais peu à peu, la lumière disparaît, peu à peu il se retrouve enchaîné chez lui, à ne rien faire, à attendre avec pour seule réalité, sa condition. Si Platon décrit le long apprentissage de l’homme des cavernes vers la connaissance, le parcours du chômeur pourrait prendre le chemin inverse s’il ne trouve plus l’énergie suffisante pour lutter contre les obstacles : perte d’envie, perte de repères, perte de la réalité, perte de ses ressources intellectuelles, conséquences d’une inactivité prolongée.

Alors, pour lutter, cet individu doit encore et toujours se remettre à la tâche, chercher des annonces, écrire, espérer. Si le lundi, il n’a aucune réponse, il doit recommencer le mardi puis encore les jours suivants tel Sisyphe condamné à rouler une lourde roche jusqu’au sommet d’une montagne qui inexorablement retombait. Et Sisyphe devait recommencer encore et encore.

Reconnu comme une des grandes causes de la solitude, le chômage isole, fait du demandeur d’emploi un être à part, un être vivant à côté de la société et non dans la société. Dès lors, honteux de sa condition, Le chômeur s’enferme dan sa solitude tel Philoctete , héros malheureux de la guerre de Troie qui finit abandonné seul sur un rocher car il puait. Une puanteur due à une blessure et qu’il s’était malencontreusement infligé lui-même et qui suppurait. A travers sa condition, Philoctète fait figure de véritable paria, état que le chômeur peut ressentir par instant.

Ainsi peut être le Destin tragique d’un demandeur d’emploi, le destin, entité dont Zeus en personne craignait l’existence car incontrôlable. Et si d’aventure le chômeur perd toute volonté, perd le bout du fil d'Ariane qui lui permet encore de se raccrocher à un espoir, ce destin peut malheureusement et implacablement le rattraper si les dieux du travail ne daignent pas répondre à ses suppliques.

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