Dépénalisation du cannabis : le PS pas prêt à franchir le pas

C'était une promesse du PS: réfléchir pour combattre le trafic de cannabis. Ceci fait, la réflexion semble avoir mené de nouveau à un statu-quo.

La gauche paraît être aussi frileuse sur le sujet que son adversaire de droite et ne semble pas prête à bouger les frontières sur la légalisation du cannabis en France. Et ce malgré le soutien d’un ancien ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant, qui défend cette position.

Les propositions du rapport

Se défendant de tout « laxisme » , les auteurs affirment que leur objectif est « de faire baisser la consommation et les risques qu'elle engendre » . Pour cela, ils préconisent d’une part la création de deux sortes d'établissements à l'usage des consommateurs majeurs. Les premiers, comme des débits de tabac, seraient dédiés à la vente. Dans les seconds, vente et consommation seraient possibles et sont vus par les députés comme des « lieux de sociabilité » « la vente d'alcool y serait strictement interdite » .

Dans ce rapport, les dix députés PS qui ont planché sur le sujet mettent en avant que la France a paradoxalement l'une des législations les plus répressives d'Europe avec une des consommations les plus fortes du continent. Les députés pensent qu'«une légalisation contrôlée grâce à l'encadrement de la production et de la distribution», auprès des adultes permettrait d' « instaurer une politique de réduction des risques». Ils proposent aussi la mise en culture de 53 000 hectares «s elon des règles strictes pour garantir la qualité des produits » .

Ceux qui veulent discuter…encore

Suite au cri d’alarme du maire de Sevran, Stéphane Gatignon, quant aux conséquences du trafic de cannabis, il l’avat promis, il l’a fait: le PS a réfléchi sur les possibilités de dépénaliser cette drogue. Cependant, suite au rapport rédigé par pas moins de 10 députés socialistes dont Daniel Vaillant, les choses n’ont guère bougé.

Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée, a laissé la porte entrouverte en affirmant que la légalisation du cannabis n'était «pas tranchée» promettant l’organisation d’une commission «de consensus pour essayer de dégager des solutions» si la gauche gagne en 2012

Bruno Le Roux, porte-parole des députés PS, admet ne pas être «un grand fan» de la perspective de dépénaliser le cannabis. Tout en rajoutant que parmi les députés P.S «C'est un dossier sur lequel il n'y a pas l'unanimité et les avis très partagés » sur les propositions de Daniel Vaillant mais il va y avoir « un début de discussion ». Un début… Les choses risquent encore de bouger rapidement

François Pupponi, député PS du Val-d'Oise, se dit «convaincu par les arguments de santé publique» développés Daniel Vaillant. «Si on peut limiter les trafics de drogue par l'encadrement, et ainsi éviter leur développement, ce sera un accompagnement d'une politique globale», veut croire le maire de Sarcelles.

Ceux qui sont contre la dépénalisation

Manuel Valls, député-maire d'Evry-Essonne, candidat aux primaires PS, s'est déclaré « fermement » opposé à la légalisation du cannabis. La mesure « va à l'encontre de ses valeurs» a-t-il dit, ajoutant: «Quand on est de gauche, épris de liberté, on ne peut pas accepter l'idée de légaliser quelque chose qui crée de la dépendance. La drogue crée de la dépendance»

Quant à Ségolène Royal, autre candidate aux primaires, elle s'est elle aussi prononcée franchement contre la dépénalisation tant qu'il ne sera pas «prouvé qu'on a mis tous les moyens pour démanteler les réseaux». Et de rajouter « que si on dépénalise le cannabis, le trafic se fera sur des drogues plus dures ». Elle se positionne donc à contre courant de ce que pensent certains autres. Mais peut être est-ce aussi pour stigmatiser encore un peu plus ce qu’elle considère être l’échec de la politique sécuritaire du président en place ?

Ainsi, le débat sur la dépénalisation du cannabis ne semble pas avoir de fin. Question récurrente depuis des années à l’approche de l'élection présidentielle, les réponses sont depuis inexistantes hormis le tout répressif, à droite comme à gauche. Pourtant, en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant semble être bien placé pour juger de l’inefficacité de cette politique et préconise donc la dépénalisation de cette drogue au même titre que le tabac et l’alcool dépénalisés eux depuis des lustres. A droite, une voix se singularise du reste de la majorité, celle de Dominique de Villepin , favorable à la dépénalisation du cannabis . Ne serait-ce que pour désengorger les tribunaux et alléger le travail de la police

Et quand on sait que ce même cannabis a été évoqué pour aller au secours de Fukushima , on est en droit de se dire que cette drogue n'est pas forcément que mauvaise.

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