Emeutes d'Angleterre: Le symptôme de frustration de la misère?

L'Angleterre s'est embrasée à son tour. Certains craignent que le mouvement ne s'étende à d'autres pays. Mais n'y t-il pas des raisons à cette colère?

Les pillages de magasins se sont multipliés, les voitures brûlées gratuitement. Les actes de violence peuvent paraître injustifiables. Mais lorsque une grande partie d'une population est laissée pour compte d'un système qui érige l'argent et la consommation en paradigme, il ne faut peut être pas s'étonner de ces mouvements de colère spontanés.

L'incident déclencheur:

Depuis quelques jours, Londres puis Manchester, Birmingham entres autres, subissaient les assauts répétés d'émeutiers. L'incident déclencheur fut la mort le 4 août par la balle d'un policier d'un jusqu'ici anonyme, Mark Duggan . Simple prétexte? Sans doute. Cependant, et comme en France qui a connu des émeutes en 2005 pour les mêmes raisons, à savoir la mort de Zyed et Bouna suite à une course poursuite avec des policiers, les émeutiers y trouvent une raison de montrer leur ras le bol d'un système dont ils se sentent totalement rejetés.

Le plus troublant, c'est que l'incendie pour beaucoup pourrait s'étendre dans plusieurs pays comme le laisse entendre le sociologue et directeur de recherche au CNRS, Laurent Mucchielli dans un article intitulé. "Les conditions sont réunies en France pour de nouvelles émeutes pour le magazine Challenges ou bien encore le bourgmestre de Liège Willy Demeyer, qui déclare à ce propos "nous ne sommes pas à l'abri" . sur RTBF .

Violence vs non Violence:

la révolution tunisienne révolution en Egypte t les « indignés» Nétanyahou face aux " ind i gnés " israéliens augmenter le prix de l'électricité

Cependant, depuis la violence a pris le pas. En Grèce, pays qui subit de plein fouet la crise, les manifestations contre la cure d'austérité qui ont débuté en 2010, ont parfois été violentes et réprimées avec autant de violence, contribuant peut être à creuser encore un peu plus le fossé existant entre les classes dirigeantes et le peuple. Depuis les cités anglaises ont connu ce même phénomène mais de manière plus spontanée et avec des scènes de pillage systématiques.

Les raisons de la colère: Le libéralisme en question?

Elles sont diverses et variées. Si au Moyen Orient, le printemps arabe avait avant tout pour objectif de renverser des pouvoirs dictatoriaux qui, donc, non seulement privaient leur peuple de toute liberté mais en plus monopolisaient les richesses du pays, en Europe, qu'il soient pacifiques ou non, ces mouvements peuvent être perçus comme ceux rassemblant les laissés pour compte d'un système libéral que ne semblent plus contrôler ni les Etats ni les politiques, un système qui aurait franchi la frontière de l'ultralibéralisme et qui pour les français, serait la cause des émeutes en Angleterre. Il est vrai que ce système semble être contrôlé aujourd'hui par ces agences de notation financière qui notent les pays à "leur bon vouloir", un système dirigé par quelques centaines ou milliers de Traders qui semblent faire la pluie et le beau temps sur les marchés économiques, un système qui s'affole à la moindre rumeur comme pour la banque française Société Générale. Ce système échappe donc à une grande majorité des populations qui subissent la crise, le chômage et le désoeuvrement. Et ces populations, que les media abreuvent d'articles sur la crise financière à laquelle elles ne comprennent peut être plus grand chose et ne sentent guère concernées même si elles savent les répercussions qu'elle peut avoir sur leur quotidien, ces populations attendent surtout des réponses de leurs élus, élites, des réponses et des solutions qui à leurs yeux tardent à venir.

Mais quand ces mêmes dirigeants politiques prônent eux mêmes le culte de l'argent, de la consommation et de l'individualisme tout en liquéfiant le réseau social, multipliant les coupes budgétaires, et en laissant sur le bord de la route des millions de gens, source de tous les déboires de l'Angleterre ces jours-ci, il est étonnant de les voir jouer les vierges effarouchées devant ces mouvements populaires.

Ainsi, si pillages et violences ne peuvent être la solution à la frustration d'une pauvreté grandissante dans une grand partie des populations européennes, pillages qui peuvent donc viser les produits que ces mêmes gens ne peuvent acquérir, il ne serait pas étonnant de voir ces scènes faire tâche d'huile si d'aventure, les gouvernants n'apportaient pas les réponses adéquates pour sortir les gens de la misère. Et même si la taxe Tobin était mise en place et contribuait à moraliser un peu le monde financier, serait-elle suffisante pour apaiser le courroux populaire?

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