Hannibal Lecter: un mythe est né au cinéma

D'un personnage secondaire, Hannibal Lecter alias le cannibale est devenu le plus célèbre des psychopathes du cinéma grâce notamment à Anthony Hopkins
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Adapté des romans de Thomas Harris, Cinq films de qualité très inégale ont porté à l’écran les aventures du psychiatre serial killer Hannibal Lecter. Si le plus célèbre d’entre eux reste le silence des agneaux, il n’est cependant ni le premier des romans, ni la première adaptation.

1986 : les débuts de la saga :

En effet, en 1986, Michael Mann était le premier à s’attaquer à l’adaptation d’un des romans de Thomas Harris à l’écran avec Manhunter (Le sixième sens ) . C’est une fidèle adaptation du roman Dragon rouge , le premier des romans de thomas Harris où Hannibal Lecter n’est encore qu’au second plan et n’est sollicité que pour retrouver le tueur « à la pleine lune » ou le premier « dragon rouge » interprété par l’inquiétant Tom Noonan . Hannibal Lecter (appelé dans le film docteur Lektor) n’a pas encore l’envergure hypnotique et fascinante, se montrant plus facétieux que dérangeant mais bien interprété par Brian Cox . A la poursuite du dragon rouge, Will Graham/ William Petersen (et oui celui-là même qui se sévit depuis des saisons dans Les Experts : Las Vegas - CSI ) est celui qui a arrêté Hannibal Lecter grâce à son sixième sens (d’où le titre en français) non sans avoir manqué d’y laisser sa peau. L’intérêt du film réside donc aussi dans les capacités instinctives de Graham à débusquer les tueurs, instinct qui lui fait peur car trop similaire à celui des serial killer et lui fait craindre un passage à l’acte.

1991 : Hannibal Lecter entre dans la légende :

Toujours adapté de Thomas Harris, (d’ailleurs scénariste sur ce projet) le personnage prend toute son ampleur dans ce nouvel épisode, à savoir Le silence des agneaux Outre la qualité exceptionnelle du film réalisé par Jonathan Demme , noir, tendu, inquiétant, baignant dans une atmosphère glaçante, la distribution est hors pair. De Jodie Foster incarnant l’agent Clarisse Starling, en passant par Ted Levine dans la peau de (et c’est le cas de le dire) du tueur fou Buffalo Bill, jusqu’à Scott Glenn impeccable dans le rôle de Jack Crawford. Mais il est un personnage qui prend donc toute sa dimension dans ce film, c’est celui du psychiatre Hannibal Lecter alias Hannibal le cannibale qui devient le personnage essentiel et central du film. Le film tient autant dans la poursuite du tueur que dans l’affrontement psychologique entre Clarisse Starling et Hannibal Lecter.

Le spectateur découvre alors tout le génie de l’acteur Anthony Hopkins donnant au personnage une épaisseur incroyable : intelligent, raffiné, mais surtout machiavélique, déroutant, un regard à glacer le sang, une cruauté sans scrupule, une gestuelle de danseur cachant le tueur le plus fou et dangereux du cinéma. Le silence des agneaux récolte un César en 1992 ainsi que pas moins de cinq Oscars dont l’oscar du Meilleur réalisateur pour Jonathan Demme, l’oscar de la meilleure actrice pour Jodie Foster et l’oscar du meilleur acteur pour Anthony Hopkins. Autant de récompenses méritées pour ce qui reste à ce jour le meilleur opus sur Hannibal Lecter.

Trois nouveaux films de moindre envergure :

En 2000, Ridley Scott décide à son tour de s’attaquer au désormais mythique Hannibal Lecter avec le film Hannibal . Si ce film n’est pas un film loupé, il n’est pas non plus une franche réussite. On n’y retrouve pas la même tension que dans le silence. Le duo Starling-Lecter fonctionne beaucoup moins bien et pour cause. Sans rien enlever à la performance de Julianne Moore , il était difficile de remplacer Jodie Foster (qui a décliné l’offre) dans le rôle de Starling tant le face à face du Silence a marqué les esprits. Quant à Hannibal Lecter toujours incarné par Anthony Hopkins,( égal à lui-même!) perd de sa superbe par le film. Tous les traits du personnage sont grossis sans subtilité et même s’il découpe une cervelle avec raffinement, même s’il tue un flutiste sans scrupule car le trouvant mauvais (pour le servir plus tard en plat chaud à ses invités…Et oui, il est cannibale), le personnage en devient tout à coup réduit à une caricature de lui-même. Hannibal Lecter est rattrapé par la banalité d’un serial killer assez commun. Dommage.

2002, c’est le remake assez réussi de Manhunter qui apparaît sur les écrans sous l’œil de Brett Ratner . Tout comme Manhunter, Dragon rouge est fidèle au roman .La différence notable avec le film de 1986 est qu’ il dévoile les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Lecter par Will Graham incarné ici par un bon Edward Norton . Et là aussi, les face-à face entre les deux protagonistes sont à la hauteur du personnage d’Hannibal Lecter/Anthony Hopkins, jamais aussi inquiétant que lorsqu’il est emprisonné. Le sujet est donc le même, solliciter l’aide du psychiatre cannibale pour mettre la main sur le tueur rebaptisé ici « la petite souris » Ralph Fiennes alors qu’ Harvey Keitel endosse le rôle de Jack Crawford avec mois de réussite que Scott Glenn. Les liens entre la petite souris et Hannibal sont plus ténus que dans la version 1986, Hannibal a un rôle plus central et peut donc s’exprimer à plein dans son jeu favori, la manipulation. Anthony Hopkins excelle de nouveau dans cet opus de bonne facture.

Certains considèrent qu’avec Dragon rouge, la trilogie est achevée, il est possible d’imaginer aussi qu’elle fut achevée par Ridley Scott et son très moyen Hannibal parce que le premier volet avait en fait été tourné en 1986. Mais comme ce n’était apparemment pas suffisant ,en 2007 Peter Webber s’est mis en devoir de raconter l’enfance du psychiatre dans un ridicule et malvenu Hannibal Lecter : Les Origines Du Mal qu’il n’est pas du tout utile de voir.

Ainsi, Hannibal Lecter alias Hannibal le cannibale est devenu quasi un mythe au cinéma alimentant tous les fantasmes autour du machiavélisme des tueurs en série, de leur intelligence supérieure, un personnage qui a pris toute sa dimension avec l’incroyable interprétation d'Anthony Hopkins,acteur désormais indissociable du personnage. Et si ’ Hannibal Lecter la série est en développement, Gaumont risque d'avoir beaucoup de mal à faire oublier Anthony Hopkins. A voir et revoir dans l’incontournable de la saga Hannibal Lecter le fameux the silence of the lambs.

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