Ivan Garcia, de la médaille olympique à la pompe à essence

Portrait d'Ivan Garcia, un ancien athlète cubain heureux de son destin, loin de la retraite dorée de certains de ses anciens concurrents.
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Il avait décroché une médaille de bronze aux Jeux Olympique de Sidney en 2000. Aujourd’hui, à 39 ans, Ivan a rangé ses crampons pour travailler dans une station essence du périphérique toulousain. Et c’est un destin qu'il assume parfaitement car, de son propre aveu, il a eu beaucoup plus de chance que ses camarades cubains.

Un athlète, un palmarès

Né le 29 février 1972, le sprinter Ivan Garcia a pendant de nombreuses années couru sur toutes les pistes du monde sur 100 et 200 mètres. Il peut se glorifier de certaines belles performances. Ainsi, il devient vice-champion du monde en salle à Bercy en 1997 sur 200 mètres avant d’obtenir, trois ans plus tard, aux Jeux de Sydney, la médaille de bronze sur 4x100 mètres en 38'04'. Cependant, l’événement qui, semble t-il, l’a le plus marqué reste la finale du 200 mètres aux JO d’Atlanta (1996) qui vit la locomotive Michael Johnson battre le record du monde de la discipline en 19'32'. Ce jour-là, Ivan finissait à la 6e place. Il avoue aujourd'hui n'avoir couru «que sur une seule jambe, sinon...». Ses records personnels sont de 10'21' sur 100 mètres et 20'17' sur 200.

De Cuba à Toulouse

Tout commence en 2000 à Montauban, ville préfectorale du Tarn-et-Garonne, endroit calme et idéal pour Ivan et ses compatriotes de l’équipe cubaine d’athlétisme pour préparer les JO de Sydney. Mais ce que ne savait pas Ivan, c’est que son destin allait basculer lorsqu’il rencontre Edmée, ancienne championne d’aviron et membre de l’association pro-castriste France-Cuba. Ivan séduit la jeune femme qui lui rend visite à Cuba après les Jeux Olympiques. De cette visite naît un enfant qui voit le jour en 2002. Cependant, Ivan doit attendre plusieurs années avant de pouvoir obtenir son bon de sortie pour la France, car il doit quatre ans de travail au régime castriste, comme tous les autres athlètes. En 2006, il est face à un dilemme. Alors qu’il est nommé sous-directeur puis directeur de l’École nationale d’athlétisme de La Havane, poste qui lui permettrait de bénéficier de certains privilèges, Ivan décide de quitter son pays pour Toulouse car, comme il l’explique, Cuba est en pleine crise économique et il n’est même pas sûr de pouvoir trouver un toit pour loger sa famille malgré son poste.

Arrivé dans la ville rose, Ivan accumule les petits boulots: cantonnier, maçon, magasinier et maintenant pompiste. À côté de cela, il entraîne trois fois par semaine et bénévolement un club d’athlétisme d’un quartier toulousain. Alors qu’Ivan a vainement proposé ses services en tant que préparateur physique au Stade Toulousain, il semblerait que le DTN de l'athlétisme tricolore, Ghani Yalouz, ait envie de se pencher sur son dossier. «Il n’y a pas de sot métier», dit Yalouz en faisant référence au statut de pompiste du médaillé olympique. Mais passer à côté des talents de cet ancien athlète cubain pourrait relever du gâchis. Après Ivan Pedroso (quadruple champion du monde de saut en longueur), l’athlétisme français pourrait compter un autre Cubain et un autre Ivan dans son encadrement.

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