JO de Mexico 1968: un podium, deux poings levés

Le poing levé des deux athlètes noirs américains sur le podium, geste honni en son temps, suscite aujourd'hui encore l'admiration.
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1968 est une année de grande tension sur la scène internationale, mais aussi aux États Unis où les clivages entre communautés ne cessent de croître. La population noire américaine, qui lutte pour l’égalité des droits entre Blancs et Noirs, se heurte au racisme et au conservatisme d’une frange de la communauté blanche. Aussi, des athlètes noirs américains vont réaliser l’impensable: revendiquer leurs droits sur un podium olympique.

Martin Luther King assassiné

Figure de proue de la lutte pour les droits civiques, le pasteur non-violent Martin Luther King, Prix Nobel de la Paix en 1964, est assassiné le 4 avril 1968 à Memphis (Tennessee). S’ensuivent des émeutes dans tous les États-Unis qui font de nombreux morts et obligent la Garde Nationale à intervenir. La lutte contre la discrimination raciale vient de perdre son plus haut et célèbre représentant, laissant la place à des groupes plus radicaux tels que les Black Panther Party.

Les jeux olympiques de Mexico

Organisés du 12 au 27 octobre 1968, ces Jeux Olympiques étaient déjà en eux-mêmes un symbole car ils étaient les premiers organisés dans un pays en voie de développement. Mais ils s'ouvrent sous la surveillance de l’armée suite au massacre de Tlatelolco qui eut lieu le 2 octobre, dix jours plus tôt. Si ces Jeux furent marqués par quelques performances sportives remarquables, comme celle de Bob Beamon (record du monde du saut en longueur) ou encore le saut de Dick Fosbury qui subjugua et étonna les spectateurs, ils furent aussi le théâtre de gestes politiques auxquels le monde ne s’attendait pas.

Les revendications d’égalité sur le podium

17 octobre 1968, la remise des médailles pour la finale du 200 mètres se prépare. Se présentent au pied du podium deux athlètes noirs américains, Tommie Smith et John Carlos , respectivement premier et troisième de cette finale. Entre eux deux, l’athlète australien à la peau blanche, Peter Norman. Et ce que personne n’attendait arriva. Tommie Smith et John Carlos, hissés sur les marches du podium, tête baissée pendant l’hymne national américain, levèrent chacun le poing en l’air, un poing ganté de noir. Ce geste effectué devant les caméras du monde, qui avait pour but de dénoncer les conditions de vie des Noirs aux États-Unis, choqua, interpella mais surtout, rendit furieux les jurys des JO, qui décidèrent illico d’exclure les deux athlètes des jeux et du village olympique.

Quant à Norman, si sa présence au village resta tolérée, il eut droit à des remontrances car il avait ouvertement soutenu le mouvement en portant un badge affichant leur cause ( Olympic Project for Human Rights ). Norman était contre la politique raciale de l’Australie, similaire à celle des États-Unis. C’est lui, par ailleurs, qui suggéra à Smith et Carlos de se partager la paire de gants, Carlos ayant oublié la sienne.

Mais le monde olympique n’en avait pas fini avec les revendications. Le lendemain, 18 octobre, alors qu’ils avaient réalisé le triplé pour les États-Unis sur 400 m, Evans, James et Freeman montèrent sur le podium coiffés du béret des Black Panthers en levant le poing, dénonçant eux aussi le racisme dont ils étaient victimes. Et contrairement à Smith et Jones, ils ne furent pas exclus de la compétition et purent disputer la finale du 4x400M.

Ainsi, au-delà des performances sportives, ces Jeux Olympiques virent peut-être l’un des plus beaux gestes que les Olympiades n’eurent jamais vues, deux poings gantés et levés au ciel juste pour demander l’égalité entre les hommes car, comme l’avait alors déclaré Jones après son geste, "après ma victoire, l'Amérique blanche dira que je suis Américain. Mais si je n'avais pas été bon, elle m'aurait traité de Noir". Ce geste, qui vaudra quelques ennuis à ses auteurs, est aujourd’hui encore considéré comme un symbole d’égalité à travers le monde, sans considération raciale, religieuse ou ethnique.

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