Le 11 septembre 2001 au cinéma : oser montrer l'inimaginable

La cicatrice est loin d'être refermée après le choc du 11 septembre 2001 et le cinéma hésite encore à exploiter le sujet tant le traumatisme est profond
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Et ils sont peu nombreux ceux qui s’y sont risqués de manière réellement explicite, les réalisateurs préférant l’allégorique ou l’allusif pour parler de cet attentat et de ses conséquences.

Les Twin towers : montrer l’inmontrable

Montrer les images des twin towers en flamme, montrer ce que les victimes de l’attentat ont vécu dans les flammes du World Trade Center a été impossible durant les années qui suivirent Le 11 septembre 2001 . Aussi, certains réalisateurs ont pris le parti de l’évoquer timidement, d’y faire allusion sans oser être vraiment explicite. Et oser montrer des images des twin towers était encore pour beaucoup douloureux et indécent Le premier à oser montrer des images des tours fut Steven Spielberg dans le film A.I. Intelligence Artificielle . Le montage du film, sorti le 07 octobre 2001 sur les écrans, était probablement achevé avant le 11 septembre et Steven Spielberg n’a pas du juger bon de le remonter. Aussi, dans ce lointain avenir, y voit-on le sommet des Twin towers noyées dans l’eau. Martin Scorsese a fait le même choix dans son film Gangs of New York de garder les images des deux tours en construction créant la polémique auprès d’une population qui n’était pas encore prête à se confronter à ce souvenir et Scorcèse jouant alors les Cassandre en montrant ce qui allait disparaître sous leurs yeux.

Alors que le terrain de chasse de Spider-Man sont New York et ses gratte-ciels, les deux premiers volets du héros ne font jamais allusion à cet évènement, ne montrent surtout pas les tours allant même jusqu’à saborder ou censurer sa première bande annonce .

Spielberg avec son film Munich se permet peut être un raccourci facile en liant les deux évènements, l’un étant peut être la suite logique de l’autre mais ne remettant pas en cause une possible responsabilité du monde occidental.

Les allégories apocalyptiques et l’agression venue d’ailleurs

Par contre, ils sont plus nombreux à s’être engouffrés dans ce créneau avec plus ou moins de réussite. Pour éviter d’être froidement réaliste et de mettre un nom concret sur l’ennemi à savoir al - Qaïda , les réalisateurs à l’image de M. Night Shyamalan , dans Signes ,Spielberg avec le remake de La Guerre des mondes ou encore Steven Soderbergh avec son film Solaris (2002) trouvent dans le futur et les extra terrestres des ennemis sans visage au même titre que les terroristes d’Al Qaïda ou une façon indirecte d’exorciser le 11 septembre, ils dévoilent ainsi une nouvelle fois un mal récurrent chez les américains, la paranoïa des attaques venues de l’extérieur. Dès lors, pour se protéger et sauver le pays, quoi de mieux qu’un super héros et Superman fera son retour à point nommé.

Si dans la guerre des mondes, l’ennemi a été repoussé, ce n’est pas le cas dans l’adaptation du roman La route par John Hillcoat où on nous présente un monde dévasté montrant en cela encore plus la crainte des américains de ne pouvoir résister aux attaques. Et tout aussi symbolique qu’il soit, Shyamalan, tente alors peut être d’expliquer le repli sur soi de toute une nation en perte de repères et de certitudes dans son film Le Village .

Prendre le mal à bras le corps :

Que ce soit sous forme de documentaires Fahrenheit 9 / 11 par Michael Moore ou celui aujourd'hui des frères Naudet , que ce soit par une série de courts métrages par un collectif de réalisateurs avec 11'09''01 ou enfin des fictions Vol 93 de Paul Greengrass , World Trade Center d’ Oliver Stone (l’affiche du film à elle seule peut paraître encore douloureuse aujourd’hui) ou du ridicule la malédiction de John Moore (mais là aussi certains américains ont du mal à ne trouver d’autre explication que celle de la religion et du mal absolu que symbolise l’antéchrist), des réalisateurs n’ont malgré tout pas hésiter à parler de la catastrophe crûment, à en montrer des images, à essayer de trouver des explications, de remettre en question des Etats-Unis, ou à essayer d’exorciser les profondes douleurs de toute une nation

Cependant, force est de constater que le cinéma dans son ensemble ne s’est pas énormément penché sur le 11 septembre, sujet trop douloureux et sensible, préférant sans doute, et pour lors avec moins de risque, exploiter les conséquences de ces attentats à savoir la guerre en Irak et Afghanistan.alors qu'en ces jours de commémoration, la menace terroriste semble encore bel et bien réelle.


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