Le cinéma sud coréen hanté par son histoire

Théorie sur un aspect du cinéma sud coréen

Ils sont nombreux les films sud-coréens à traiter du thème des absents et des défunts. Faut-il y voir une allégorie sur la récente histoire de la péninsule ?

Une guerre entre frères

Le 27 juillet 1953 voit la guerre entre les deux Corée s’achever. Si cette guerre a fait des millions de victimes, elle a aussi engendré le déplacement forcé de millions de personnes et séparé des centaines de milliers de familles de part et d’autre du 38è parallèle. Ces évènements qui ont évidemment fortement marqué les coréens semblent être bien présents dans le néo cinéma du sud de la péninsule.

Pour tenter de construire une frise chronologique qui remonte le temps à travers les films, il faudrait peut être commencer par le film de Kang Je - Gyu , Frères de sang (2004) qui évoque avec force toute l’absurdité d’une guerre fratricide, le destin d’hommes d’une même nation séparés en deux camps idéologiques qui s’entretuent pour des causes qui parfois les dépassent. La guerre achevée par un statuquo ante bellum , la péninsule est scindée en deux pays et qui fait de leurs habitants des frères ennemis. Joint Security Area (2000) de , Park Chan - wook traite, à travers une enquête policière, de cette séparation, de la tension qui règne à la frontière mais aussi et surtout de la fraternité qui peut ou pourrait exister entre les hommes des deux camps avec un message implicite vers la réunification. Cependant, il existe semble t-il un aspect dans le cinéma sud coréen qui revient souvent, celui des disparus et défunts.

Un cinéma hanté par des fantômes?

En effet, ils sont nombreux les longs-métrages à traiter du sujet de la disparition, des défunts et de la mort des enfants. Ce thème dramatique apparaît dans les films des réalisateurs phares de la « nouvelle vague » du cinéma sud-coréen. Ainsi, le film Deux Soeurs , (2004) de Kim Jee - woon évoque la disparition de la mère de l’héroïne mais surtout de sa sœur jumelle, disparition qui la hante. Autre film traitant de la mort d’un proche et dans un autre genre, Princess Aurora (2006) de la réalisatrice Bong-Eug-jin . Il s’agit ici du parcours vengeresse d’une mère dont la fille a été enlevée et assassinée, thème de l’assassinat d’un enfant que l’on retrouve par ailleurs dans le magnifique film de Lee Chang - Dong , Secret Sunshine " (2007) qui suit la chute en enfer d’une mère qui perd son enfant alors qu’elle est déjà veuve. Mother (2009) , de Bong Joon-ho , semble proche d’un point de vue scénaristique car il s’agit d’une mère qui se bat pour sauver son fils accusé de meurtre et elle aussi est veuve. Dans The Host (2006) du même Bong Joon-hoo , la petite fille disparaît à la fin du film avalée par le monstre, petite fille qui ne semble là aussi vivre dans une famille monoparentale. Dans un tout autre style , le film Lady Vengeance (2005), 3è volet de la trilogie de Park Chan-Wook, la disparition d’enfants est un des thèmes centraux du film. Lady vengeance ne serait-elle pas la juge et le bourreau de ces autorités qui ont amené tous ces combattants à leur perte ? (autorité incarnée dans le film par un enseignant) Pour finir avec cette liste (non exhaustive) de films abordant ce sujet de proches disparus et par delà, la séparation des familles, il est un dernier film fait de rage et de désespoir, qui aborde ce sujet, Breathless (2008) du réalisateur-comédien Ik - june Yang Le héros ne s’étant jamais remis de la mort de sa mère et de sa sœur, n’a que ses poings et sa violence pour exprimer sa désespérance.

Si dans ces films, d’autres thèmes sont développés comme l’héritage de la violence paternelle dans Breathless, ou encore le refus de la présence américaine dans The Host , (même si le réalisateur s'en défend), ces films ont pour thématique commune ou sous-jacente la disparition de proches traitée de manière différente ( Deux soeurs .est un film à tendance épouvante alors que Princess Aurora et Lady vengeance sont des thrillers et Secret sunshine un drame) Les mères sont veuves, les enfants disparaissent et il n’existe pas une famille au schéma type : un père, une mère et des enfants.

Ces constats peuvent mener à penser que ces films traitent indirectement des conséquences de la guerre. Beaucoup de femmes ont perdu leur mari lors des affrontements, beaucoup de mères ont perdu leurs enfants lors de cette guerre. Enfin, nombreuses sont les familles qui ont été séparées et l’absence de ces êtres proches parfois violemment assassinés ( Princess Aurora, The Host, Secret Sunshine ) ne peut-elle pas évoquer les affres de la guerre ? Ces familles complètement déstructurées ne seraient –elles pas le résultat de la brutale instauration d’une frontière qui sépara alors de nombreuses familles dont les membres pris d’un côté comme de l’autre de la frontière, seraient devenus des fantômes hantant les esprits de chaque côté du 38è parallèle?

Il est donc possible de croire ou d’imaginer qu’à travers tous ces films que tous ces réalisateurs sud-coréens parlent, de façon sous-jacente, allégorique voire sciemment des désastreuses conséquences du conflit coréen. Cependant, eux seuls ont la réponse…

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