Le marin : ses superstitions et ses croyances

Si le monde de la mer est un monde fascinant, il est aussi dangereux, ce qui peut être une explication des nombreuses superstitions et croyances du marin.
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Du lapin au curé, en passant par l’avocat jusqu’à l’albatros, le marin, face au danger de la mer, a essayé de se protéger en s’appuyant sur de nombreuses croyances qui, pour certaines, datent de la nuit des temps. Ces superstitions concernent notamment les humains et les animaux.

Le marin face aux humains :

La femme : Jusqu’au XVIIIe siècle, la présence d’une femme porte malheur. En effet, les marins séparés souvent durant de long mois de leurs femmes, pouvaient avoir des tentations et cette présence pouvait créer des dissensions dans l’équipage. Acceptée uniquement comme passagère, la femme pouvait être vue comme la responsable de tous les problèmes qu’un navire pouvait connaître et subir dès lors un sale quart d’heure.

Le prêtre : il était aussi vu d’un mauvais œil sur les navires peut être à cause de sa soutane qui rappelait la robe des femmes mais aussi par la couleur noire de cette même soutane qui était noire donc funeste. Il était interdit de prononcer les mots prêtre, curé ou recteur que les marins remplaçaient par « Cabestan ». En Bretagne, le curé est appelé « empêch », celui qui porte la poisse.

L’avocat : il n'est pas non plus le bienvenu sur un navire car pouvait créer des dissensions dans l'équipage. Sa toge comme la soutane du curé pouvait aussi rappeler la femme.

La marraine : Essentielle, la marraine est la femme qui préside au lancement d'un navire. D’une part, elle doit être vigoureuse afin de casser la bouteille d'un seul coup, d’autre part elle ne doit être ni enceinte ni mariée sinon le bateau pourrait sombrer.

Le marin et les animaux :

Le lapin : il est sans doute le plus célèbre des interdits sur un navire et l’animal le plus honni des marins. A l’origine, le lapin est embarqué pour être mangé mais ce charmant animal est un fan du chanvre. Or, tout ce qui est cordage est en chanvre donc à la merci du grignotage du mammifère. En outre, le calfatage des planches se faisait avec de l'étoupe de chanvre le lapin pouvait ronger amenant des voies d'eaux fatales au navire. Il est à un tel point détesté du marin qu’il l’appelle soit « la bête aux grandes oreilles », « pollop » ou « le cousin du lièvre » pour éviter de prononcer le mot.

Le corbeau : un corbeau proche du bord de mer et selon qu’il croasse ou non pendant la nuit ou au petit matin, c'est présage de tempête ou de beau temps.

Le cormoran : Le pêcheur n'aime pas cet oiseau, car en voir un, signifie que la pêche sera maigre, surtout si une mouette suit. Les cris du cormoran annoncent une prochaine dégradation de la météo.

Le goéland : il représente l’ Âme d'un mort. Il abrite l'âme d'un noyé dont on n'a jamais retrouvé le corps. Il ne faut donc pas toucher au goéland pour ne pas léser le défunt. Il en est de même pour la mouette.

Le rat : sur un navire, il véhicule parasites et maladies, dévore tout. C'est un fléau. Cependant, un bateau sans rat est mauvais signe car les rats ayant senti un danger l’auront quitté.

Le chat : il est à bord du navire pour chasser le rat. Pourtant, utile, il n’est pas non plus apprécié du marin surtout s’il est noir. Mais les attitudes sont changeantes selon les pays. Les anglais pensent que s’il remue la queue, il va prévenir les coups de tabac. En Bretagne, voir un chat avant d’embarquer peut être un motif d’annulation. Cependant, un chat qui monte de lui-même sur un bateau ne peut être jeté car cela provoquerait les tempêtes.

Le marin et ses diverses croyances :

L’âme : pour le marin, un bateau est doté d'une âme.

La bonne chance : il ne faut jamais la souhaiter à un marin en train de s'embarquer au risque de lui attirer la malchance durant toute la traversée.

Cracher : cet acte vaut protection contre le mauvais sort. En outre, les pêcheurs crachaient sur leurs filets pour assurer une bonne pêche.

Siffler : beaucoup de marins n'aiment pas que l'on siffle à bord. C'est pour eux appeler la tempête et attirer le diable. Seul le cuisinier pouvait siffler à bord car pendant ce temps là, il ne mangeait pas la nourriture.

Le doigt : montrer du doigt un bateau qui quitte le port, c'est le condamner à un naufrage certain.

Le juron : nul ne jure à bord d'un navire car ça fait fuir le poisson.

Le mort : avoir un mort sur un navire est un très mauvais présage. Le défunt peut considérer le bateau comme son cercueil et le faire couler.

Le tatouage : il est une protection. Le marin se tatoue notamment au cœur pour le protéger mais aussi aux bras car signe de puissance.

L’anneau à l'oreille : Le marin le porte depuis longtemps. Depuis l'antiquité, il le protège de la noyade et des naufrages. L'anneau d'or était aussi destiné au curé pour payer ses obsèques si le marin venait à mourir loin de son pays. Il est le symbole des fiançailles entre le marin et la mer et de trophée pour le marin qui avait réussi à franchir le Cap Horn .

La corde : Un mot qu’il ne faut pas prononcer sur un bateau car il est réservé à nommer le cordage pour pendre les mutins. Le marin emploie les termes « Bout » (prononcer boute) ou cordage.

Ceci est donc un petit tour d’horizon des croyances et superstitions du marin. Mais, cette liste n’est pas exhaustive car le marin a beaucoup d’autres croyances notamment liées aux objets ou au monde végétal…


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