Le président Sarkozy, cible de diplomates français

Une partie du corps diplomatique français s'en prend à "l'amateurisme" de Sarkozy dans la gestion des affaires étrangères

Alors qu’il y a peu, les diplomates américains décrivaient le président Sarkozy en ces termes :"pro-américain", "brillant", "frénétique", "impulsif", "autoritaire", "stressant", aujourd’hui, ce sont des diplomates français qui pointent du doigt le chef de l’Etat français et sa politique étrangère qualifiée « d’impulsive » et d’amateurisme » dans une tribune publiée ce jour dans Le Monde.

Ce groupe de diplomates qui s’est baptisé groupe Marly, du nom d’un café proche du Quai d’Orsay, multiplie les reproches à l'encontre du Président et de ses collaborateurs. Ils évoquent tour à tour les carences au niveau de la gestion de la crise au Maghreb et au Moyen Orient, tout comme ils soulignent la soudaine tension entre la France et le Mexique avec au centre l’affaire Florence Cassez qui selon ce groupe, aurait dû être gérée avec discrétion et non étalée sur la place publique.

Ainsi, ce groupe composé autant de diplomates retraités qu’actifs s’exprime en ces termes pour qualifier la politique du président Sarkozy : « À l’écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l’amateurisme, à l’impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme (...) Un WikiLeaks à la française permettrait de vérifier que les diplomates français ont rédigé, comme leurs collègues américains, des textes aussi critiques que sans concessions ».

Le blues du corps diplomatique français

Les restrictions budgétaires, les voyages très controversés de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot Marie en Tunisie, accusée d’avoir soutenu les régimes de Ben Ali et de Moubarak, les faux-pas multipliés au cours des années de présidence de Nicolas Sarkozy exaspèrent certains diplomates français. Ils lui reprochent notamment de s’être aveuglément aligné derrière les Etats-Unis contrairement à une tradition diplomatique française qui a toujours souligné sa volonté d’indépendance vis-à-vis de son partenaire d’Outre Atlantique, et pire, de n’en retirer aucun bénéfice.

Le Quai d’Orsay a donc le blues, se sentant totalement déconsidérés et accusant le chef de l’Etat de se fier plus à des analyses venant d’intérêts privés qu’à celles des ambassadeurs : “Nous sommes à l’heure où des préfets se piquent de diplomatie, où les plumes conçoivent de grands desseins, où les réseaux représentant des intérêts privés et les visiteurs du soir sont omniprésents et écoutés ».

Outre les piétinements de la politique française au Maghreb, Machrek et Moyen Orient, la polémique suscitée dès son arrivée par le nouvel ambassadeur en Tunisie, Boris Boillon, le groupe Marly souligne encore les carences de la France à travers le Monde comme de délaisser l’Afrique francophone, de ne pas avoir fait aboutir l’Union méditerranéenne ou encore la perte de considération et d'impact par rapport à la Chine. Depuis 2007, le Quai d’Orsay ne se sent plus écouté, ne sent plus considéré et accuse le Président de la République d’avoir confié les rênes de la politique étrangère à son entourage en l’occurrence Hervé Guéant et Jean David Levitte.

En guise de conclusion, les diplomates du groupe Marly souhaitent aussi que « notre diplomatie puisse à nouveau s'appuyer sur certaines valeurs (solidarité, démocratie, respect des cultures) bien souvent délaissées au profit d'un coup par coup sans vision. » au risque de voir « l’instrument » se briser comme l’annonçaient Alain Juppé et Hubert Védrine dans le Monde du 7 juillet 2010.

Après, la justice, la police, l’éducation nationale, c’est donc un autre grand corps de l’Etat qui se soulève contre la politique de son Président.

Source: AFP, le Monde.fr

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