Le Soudan, au bord d'un nouveau conflit

Le Soudan pourrait une nouvelle fois s'embraser suite au référendum du 29 janvier 2011 qui prévoit l'indépendance du Sud du pays pour juillet.
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Le Nord et le Sud du Soudan sont en conflit larvé depuis des années. Cependant, depuis le référendum de janvier qui donne dans un premier temps une semi-autonomie au Sud avant l’indépendance attendue pour juillet, la poudrière semble une nouvelle fois se rallumer entre les deux camps.

Le Sud accuse le Nord d’attaques répétées

"Nous avons des détails sur une conspiration visant à renverser le régime du Sud-Soudan, supervisée par le président Omar el-Béchir." Cette déclaration faite samedi 12 mars 2011 par Pagan Amum, secrétaire général du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), ex-rebelles sudistes, révèle clairement la tension qui règne entre les deux parties qui composaient jusqu’ici un seul pays, le Soudan. Pagan Amum accuse donc directement Omar el Béchir, président et homme fort du Soudan depuis son coup d’Etat en 1989, d’être à l’origine de ces opérations de déstabilisation dans le sud du pays, avec l’aide des services secrets de l’armée de Khartoum ainsi que des responsables de la sécurité au gouvernement.

Selon un communiqué de l’armée sud-soudanaise, l’attaque du samedi 12 mars des miliciens de Georges Athor, en guerre contre le sud depuis plus d’un an, a fait plus de 40 morts qui se répartiraient ainsi : 40 miliciens tués contre 2 soldats de l’armée du sud. Cette attaque visait la capitale Malakal, capitale de l’Etat du Haut-Nil. Les miliciens ont attaqué cette ville puis pris en otage une centaine d’enfants dans un orphelinat avant de les relâcher, de perdre leur position et d’être chassés par l’armée du Sud-Soudan. Le communiqué ne précise pas s’il y a eu des victimes civiles alors qu'elles apparaissent généralement clairement dans les froides statistiques dans ce genre de conflit.

Cet énième accrochage armé entre le sud et le nord révèle donc le long chemin qui reste à parcourir entre les deux camps pour espérer une paix. Les antagonismes et les intérêts à défendre sont nombreux. Le Sud a aujourd’hui coupé tout contact avec le Nord tant que ce dernier continuera de l'attaquer et a même menacé de couper tout approvisionnement en pétrole, pétrole qui constitue une des raisons d’une possible guerre à venir.

Religion et pétrole, sources du conflit

Le Soudan vit dans la guerre depuis des années notamment à cause de la question religieuse. En effet, entre un Nord musulman et un Sud chrétien-animiste, les tensions n’ont jamais cessé et les conflits se succèdent.

A l’indépendance du pays en 1956, le Nord promettait un Etat fédéral au Sud. Promesse non tenue qui a entraîné le premier conflit entre les deux régions (1956-1972). En 1983, le président Nimeiri veut étendre le droit musulman, c'est-à-dire la charia sur tout le pays, ce qui va engendrer un nouveau conflit appelé par certains « la guerre de religion ». A travers ce nouvel épisode dramatique, il est aussi question de différence culturelle entre un Nord arabo-musulman et un Sud tribal. Ce conflit n’a jamais cessé et a été attisé encore un peu plus par l’arrivée au pouvoir d’el Béchir en 1989, un des plus vieux dictateurs en place. En 1991, il réaffirme sa volonté d’instaurer la charia sur tout le territoire, ce qui revient à vouloir imposer la volonté du Nord sur le Sud.

De guerre civile en famine, le Soudan est en pleine perdition: plus de deux millions de morts, quatre millions de personnes déplacées. Avant qu’un nouveau conflit n'éclate de nouveau avec le Sud du pays, conflit qui est appelé « guerre du Darfour » et qui va révéler au monde la pauvreté extrême de cette partie du Soudan. 2005 voit la signature d’un traité de paix qui aboutit à la situation d’aujourd’hui et met fin à plus de 20 ans de guerre. Cependant, si les conflits ethno-religieux paraissent aujourd’hui faire partie du passé, les tensions restent vives car une nouvelle donne a vu le jour au Sud, le pétrole.

En effet, le Sud commence son développement économique et avec lui l’essor de la production pétrolière. Or, environ 80% de la production de brut (environ 475 000 barils par jour) est aujourd’hui extraite du Sud. Pagan Amum a déclaré que le dirigeant du Sud-Soudan, Salva Kiir, lui avait ordonné « d'étudier la possibilité d'arrêter les exportations de pétrole via le Nord et de se pencher sur des routes alternatives" alors que Juba, nouvelle capitale du Sud et Khartoum sont censées régler le problème de partage des revenus pétroliers avant la déclaration d’indépendance au mois de juillet.

Le Soudan a donc semble-t-il encore beaucoup de chemin à parcourir et de négociations à mener avant d’espérer trouver la paix. Et il constitue un des points du globe les plus à risques.

source: AFP, liberation.fr, lemonde.fr

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