Les bonnets rouges ou la révolte du papier timbré

Quand le peuple breton se souleva contre le pouvoir central.
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L’année 1675 vit une partie de la Bretagne se révolter contre Louis XIV et son ministre Colbert. Ce fut une révolte antifiscale, antiseigneuriale mais aussi citoyenne qui fut réprimée dans le sang.

Les origines du soulèvement

En 1672, Louis XIV déclara une nouvelle guerre contre les Provinces Unies, guerre qui s’enlisa après que les Hollandais eurent décidés de noyer volontairement leurs terres. Le souverain, pour financer cette guerre, décida avec son ministre Colbert de lever de nouveaux impôts. Ainsi furent mis en place la gabelle et le papier timbré qui était une taxe sur tout document officiel. Il instaura aussi le monopole du tabac ainsi qu’une nouvelle taxe sur les objets en étain. Tout était bon au souverain et à Colbert pour trouver de l’argent. Cependant, ces nouvelles taxes furent rejetées par les Etats généraux de Bretagne qui, depuis 1532, c'est-à-dire l’union de la Bretagne à la France, avaient droit de décision sur tout nouvel impôt.

Des villes à la campagne

Les premières émeutes eurent lieu à Rennes, en avril 1675, émeutes qui virent la population piller, brûler et briser toutes les presses du Parlement. D’autres villes se soulevèrent à leur tour, Nantes, Saint-Malo, Vannes, entre autres. Cependant, ce que craignait le pouvoir central en la personne du duc de Chaulnes (surnommé an hoc’h lart : le gros cochon en breton) alors gouverneur de Bretagne, finit par se produire. La révolte s’étendit aux campagnes, notamment à celles du Poher et du pays Bigouden. Ainsi commença la révolte des Bonnets Rouges appelée aussi révolte du papier timbré.

La misère d’un peuple et un code paysan

Si les paysans du Pays Bigouden prirent le bonnet bleu comme signe de ralliement, ceux du Poher optèrent pour le bonnet rouge et c’est ce bonnet qui reste gravé dans les mémoires car ce fut au centre de la Bretagne que les heurts furent les plus violents. Mais au-delà des évènements, du soulèvement mené par Sébastien ar Balp, ce fut bien une révolte de la misère qui entraîna les Bretons à prendre les armes contre les autorités. En effet, la région bretonne, alors fortement peuplée, commençait à ressentir durement les conséquences de l’économie de guerre de leur souverain. Ajoutées à cela les pressions fiscales de certains seigneurs locaux, les paysans bretons et les populations modestes des villes voyaient leurs moyens de subsistance fortement diminués. Qui plus est, les nouveaux impôts instaurés touchaient bien plus durement le petit peuple que les nobles. Et ce fut dans ce contexte de révolte que naquît le code paysan qui reste un des points marquants de ce soulèvement. Les paysans bretons y inscrivirent toutes leurs revendications de justice et antifiscales comme la fin du champart qui pouvait être vue comme la revendication la plus radicale car le champart était alors la principale source de revenus de seigneurs bretons. Ce code paysan (appelé aussi code «pessovat», ce qui est bon en breton) qui a marqué les esprits dans l’Europe de ce XVIIe siècle peut être vu par son contenu comme l’origine des revendications établies dans les cahiers de doléance de 1789.

Des émeutes à la répression

Les émeutes se succédèrent notamment au centre Bretagne là où les paysans étaient les plus pauvres, pour atteindre leur paroxysme au milieu de l’été 1675 qui vit les villes de Pontivy et Carhaix saccagées et pillées.Les agents du fisc, représentants de l’Etat et les prêtres alors symbole de la gabelle, devinrent les cibles des révoltés. Fort de 30000 hommes, le chef des bonnets Rouges, Sébastien ar Balp s’apprêtait à l’insurrection générale quand il fut assassiné par le marquis de Montgaillard, alors son prisonnier. Avec la mort de le Balp, qui eut lieu la veille de l’insurrection générale, celle-ci n’avait plus de guide et elle fut rapidement réprimée par le duc de Chaulnes à qui Louis XIV octroya 6000 hommes pour rétablir l’ordre. Les tortures et pendaisons se multiplièrent, notamment à Combrit où l’on put compter jusqu’à quatorze pendus sur le même arbre. Les clochers qui avaient sonné le tocsin de la révolte furent détruits. Louis XIV ordonna le transfert du Parlement à Vannes pour une durée de quinze ans et imposa à la Bretagne le paiement de 3 millions de livres au trésor de guerre.

Ainsi s’acheva la révolte Des Bonnets Rouges en Bretagne, la seule révolte paysanne durant le règne de Louis XIV, une révolte de la pauvreté mais aussi une révolte de citoyens qui voulurent instaurer des progrès sociaux-économiques à travers le code paysan. Le résultat fut une intense répression et l’installation permanente de soldats, à la charge de la région, qui se comportèrent en pays ennemi conquis multipliant les exactions. La région Bretonne était matée et ruinée.

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