Les Croisades : Hugues Ier de Vaudémont du mythe à la réalité

Pendant seize ans, Hugues de Vaudémont, parti en croisade, fut attendu par sa femme Anne de Bourgogne, telle Pénélope attendant Ulysse.
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Hugues Ier est un de ces nombreux nobles qui partirent en croisade combattre les Infidèles. Son aventure dura bien plus longtemps qu’il ne devait l’escompter.

Quand Anne de Bourgogne prend pour modèle Pénélope

Organisée et mise en place par le roi de France Louis VII (1120-1180), la deuxième croisade qui se déroula de 1147 à 1149, regroupa plus de 200 000 croisés, et malgré ce nombre impressionnant, elle fut un véritable échec. Comme les dates l’indiquent, cette croisade (il y en eut neuf au total s’étalant de 1095 à 1272) ne dura que deux ans or, Hugues Ier de Vaudémont resta seize ans en Palestine…

De cet homme, les textes ne racontent que peu de choses sinon qu’il fut effectivement comte de Vaudémont (aujourd’hui dans l’actuel département de Meurthe et Moselle) de 1108 à 1155. Il épousa Anne de Bourgogne en 1130. Parti donc en 1147, Hugues ne revint sur ses terres qu’en 1153. Sans doute fut-il fait prisonnier lors de la croisade. Quoiqu’il en soit, tout un chacun pensait qu’il était mort, tous sauf sa femme qui aurait résisté à toutes les sollicitations de mariage espérant et attendant le retour de son mari. Et c’est donc ici que l’histoire semble rejoindre la mythologie.

Telle Pénélope, qui attendit pendant vingt ans le retour d’Ulysse parti combattre la cité de Troie, telle Pénélope qui repoussa tous les prétendants au mariage pensant eux aussi qu’Ulysse ne reviendrait jamais, Anne de Bourgogne attendit donc durant seize longues années le retour de son aimé et l’histoire lui donna raison. Elle le retrouva. Malheureusement, le destin voulut qu’Anne ne puisse profiter du retour de son mari que deux petites années car celui-ci mourut en 1155.

La sculpture de l’église des Cordeliers à Nancy

Cette histoire qui peut ressembler en tout point à un roman de chevalerie, a été immortalisée par une sculpture visible encore aujourd’hui en l’église des Cordeliers à Nancy. Elle représente Hugues de Vaudémont de retour de Terre Sainte, habillé en haillon, accueillie par sa femme. Cette sculpture pourrait à elle seule symboliser toute l’imagerie et l’imaginaire des Croisades. Cependant, la vérité est autre.

L’homme part au combat, la femme attend, une image galvaudée ?

Cette histoire fait donc partie de nombreuses histoires qui alimentent les clichés et l’imaginaire découlant des croisades. L’homme, preux chevalier part combattre les infidèles tandis que sa femme attend paisiblement son retour. Cependant, cette image largement répandue est en partie erronée. En effet, beaucoup d’entre elles suivaient leurs maris dans la conquête de la Terre Sainte. Elles le faisaient sans doute par amour et elles avaient peut-être aussi quelques intérêts. En effet, si d’aventure leur mari respectif parvenait à obtenir un fief et si par malheur ce mari arrivait à mourir, c’était la femme qui en héritait. Ceci était vrai avant que les lois saliques ne fassent leur apparition au XIVe siècle et ne relèguent les femmes au second plan dans la vie politique, des lois qui ont laissé pendant longtemps des traces, pendant très longtemps même.

source:

Robert Delort, L a vie au Moyen Age , Editions Seuil, collection "Points histoire", 1982.

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