Lola Montes : la vie sulfureuse d'une courtisane du XIXe siècle

Voici 140 ans mourrait Lola Montes, une des femmes les plus controversées du XIXe siècle.
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Sa vie relativement courte n’a pas empêché cette femme hors du commun de mener une vie tumultueuse.

Une jeunesse vagabonde

Marie Dolores Eliza Rosanna Gilbert est née le 17 février 1821 sur les terres irlandaises d’un capitaine d’armée, le capitaine Gilbert (qui combattit à Waterloo sous les ordres du duc de Wellington) et d’une mère Créole. Si Marie hérite de la peau lactescente de son père, elle bénéficie des cheveux ondoyants et du regard âpre de sa mère qui font d’elle une femme d’une incroyable beauté.

Son père, muté aux Indes en 1823, y amène toute sa famille, mais il meurt du choléra peu de temps après leur arrivé. Sa mère ne tarde pas à se remarier et envoie alors Marie vivre à Paris pour achever son éducation et ainsi se débarrasser d’elle. De retour en Inde, Marie subjugue les hommes par sa beauté rare. C’est un lieutenant, Thomas James, qui fait succomber son cœur. Une fois marié, le jeune couple retourne en Grand-Bretagne. Accueillie dans sa belle famille, Marie s’ennuie dans le manoir familial, et son mari, déjà, se lasse d’elle. Le couple se sépare cinq ans après leur union. Commence alors la vie tumultueuse de Marie Gilbert.

Une femme libre

En 1843, Londres découvre une nouvelle danseuse sous le nom de Doña Lola Montés (ou Montez) du théâtre de Séville . Et si ses débuts sur la scène londonienne sont quelque peu contrariés par certains qui la reconnaissent comme étant la femme du lieutenant James, Marie, alias Lola, conquiert rapidement le public avec ses numéros de danse dont la Tarantella Dance. Ainsi, Marie Gilbert, de père irlandais, devient Lola Montes , danseuse espagnole.

Lola/Marie multiplie alors voyages et conquêtes. Elle séduit le pianiste Franz Liszt qui l’amène avec lui dans sa tournée européenne; mais celui-ci, fatigué par ses multiples incartades et frasques, finit par la quitter. Elle est notamment arrêtée à Berlin pour avoir fumé dans la rue. Douée pour l’escrime, elle provoque un officier en duel et le blesse à Baden-Baden d’où elle est expulsée. Marie retourne à Paris, mais elle est interdite de représentations par la police de Louis-Philippe. Elle part pour la Bavière en 1846.

Une union controversée

Le roi Louis Ier de Bavière lui accorde une audience privée. Le monarque tombe immédiatement sous le charme de la danseuse et en fait sa maîtresse. Lola ne se fait pas prier, car elle voit l’intérêt qu’elle peut retirer d’une telle liaison. Le roi lui organise trois représentations à l’opéra de Munich qui sont un véritable fiasco. Elle est huée par le public qui, par ses sifflets, rejette tout autant la courtisane que le roi de Bavière honni de ses sujets. Louis jure alors que Lola ne dansera désormais que pour lui. Il lui octroie un hôtel, la fait comtesse, ce qui finit de les rendre impopulaires. Alors que la diplomatie échoue à écarter la courtisane de l’entourage de Louis Ier, c’est la population bavaroise qui a gain de cause pendant les évènements du Printemps des Peuples de 1848. Sous la pression populaire, le roi de Bavière se voit contraint de signer l’ostracisme de sa maîtresse.

Un come-back difficile

De retour en Angleterre, Lola tente de remonter sur les planches en mettant en scène une pièce qu’elle a écrite sur sa propre vie, Lola Montes ou la comtesse d’une heure . Mais l’Angleterre victorienne et sa reine lui interdisent toute représentation. Qu’à cela ne tienne, Lola trouve homme à qui se marier, mais elle est bientôt accusé de bigamie par son premier mari Thomas James. Ce dernier perd devant les tribunaux. Lola et son nouveau mari de partent pour la France où le couple divorce quelques mois plus tard. Lola repart alors aux Etats-Unis où elle arrive fin 1851. A New York, elle trouve enfin l’occasion de jouer son propre rôle dans Betty la tyrolienne. En 1853, elle part pour la Californie où elle épouse un autre homme et y représente sa pièce avant de rejoindre l’Australie en 1855. C’est à Melbourne semble-t-il que Lola met au point sa «Spider dance», jugée hautement séditieuse pour les bonnes mœurs de l’époque. En effet, elle soulevait si haut ses jupons que quiconque pouvait s’apercevoir qu’elle ne portait aucun sous vêtement. Mais si les notables décident de boycotter la danseuse, cela ne l’empêche pas de trouver la notoriété en Australie, notoriété encore accrue lorsque munie d’un fouet, elle poursuit le rédacteur en chef du Ballarat Times pour mauvaise critique.

Une fin consacrée à dieu

Elle rejoint une nouvelle fois New York où, en 1860, elle est victime d’un accident vasculaire. Son état de santé précaire ne lui permet plus de monter sur les planches. Sa double vie de danseuse et courtisane est terminée et Lola se retrouve sans argent. C’est alors qu’elle découvre la foi, se rapproche de Dieu et passe ses derniers jours auprès d’un prêtre de l’église méthodiste. Le 17 janvier 1861 et à l’aube de ses 40 ans, victime d’une pneumonie, Lola Montes s’éteint à New York où elle est enterrée au cimetière de Green Wood.

Aventurière, courtisane, sulfureuse, on lui prête de nombreux amants et non pas des moindres (Litz, Louis Ier, Alexandre Dumas fils, Richard Wagner). Mais avant tout , Lola Montes est peut être une femme qui voulait être libre de choisir sa vie dans une Europe engoncée dans de vieux principes. Ce personnage haut en couleur sera incarné au cinéma en 1955 par Martine Carol dans le film de Max Ophüls Lola Montès qui fut un désastre commercial. Le réalisateur ne se remettra jamais de cet échec et mourra en 1957. Max Ophuls fut peut être la dernière victime de la sulfureuse Lola Montes.


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