Moyen Orient : d'un printemps arabe à un printemps sanglant?

Libye, Yémen, Bahreïn, Syrie... Les évènements s'accélèrent et semblent contredire l'espoir de changements en douceur.
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Alors que le monde et les media se félicitaient des bouleversements survenus dans un calme relatif dans certains pays du monde arabe, les épisodes de ces derniers jours peuvent faire craindre le pire dans un avenir proche.

Le Moyen Orient : au seuil de l’embrasement

Le renversement des régimes de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte avait laissé espérer que d’autres pays de cette région du monde auraient pu eux aussi connaître la même transition en évitant un bain de sang. En effet, ces deux révolutions se sont effectuées avec un nombre limité de victimes, les pouvoirs en place n’ayant pas résisté longtemps à l’exaspération et à la pression de la rue. Ce qui leur valut le nom du « Printemps arabe » en référence d’une part au « Printemps des peuples » de 1848 qui avait vu les peuples d’Europe se soulever contre les régimes monarchistes du XIXe siècle, et d’autre part, appelé peut-être aussi printemps car ces soulèvements se sont déroulés sans heurts véritables. Malheureusement, les évènements de ces derniers jours laissent présager d’un printemps qui tourne à l’hiver où violences, heurts et aujourd’hui guerre se multiplient.

La Libye, début du conflit 19 mars 2011, fin… ?

Les hostilités engagées par la coalition internationale contre le régime du colonel Kadhafi ont débuté le 19 mars et beaucoup craignent déjà l’enlisement. L’escalade de la violence a franchi rapidement des paliers avec d’incessants bombardements sur les postions de Kadhafi, bombardements qui selon les responsables de la coalition devraient perdre de leur intensité au vu des résultats.

Cependant, le colonel Kadhafi qui combat et les insurgés, qui ont entamé leur résistance depuis début février, et les forces internationales, ne cèdera pas. Il s’est, semble-t-il, figé dans une attitude jusqu’au boutiste quitte à voir son pays détruit et sa population pâtir des bombardements. Or, il est désormais clair que la mission de la coalition est de chasser le colonel Kadhafi du pouvoir alors qu’elle était, dans un premier temps, de protéger les populations, notamment de Benghazi, fief de la résistance. Ainsi, nul ne peut prédire aujourd’hui combien de temps durera ce conflit et quelles en seront les conséquences.

Yémen, Syrie, Bahreïn, vers la guerre civile ?

Dans ces pays, les évènements se sont aussi accélérés :

  • Au Yémen, le président Saleh, au pouvoir depuis 1990, a proposé de quitter son poste en 2012 après avoir violemment réprimé des manifestations le 18 mars faisant 52 morts. Cette offre a été repoussée par l’opposition qui exige un départ immédiat. Saleh est de plus en plus isolé sur la scène internationale et dans son pays où les défections au régime se multiplient. Cependant, il ne semble pas redouter d’entraîner son pays dans une guerre civile.
  • La Syrie ne paraît être qu’au début d’une ère de révoltes mais celles-ci semblent se multiplier contre le régime du président Bachar el Assad. Ainsi, dimanche, des milliers de manifestants qui défilaient pour réclamer plus de liberté et la fin de la corruption, ont fini par incendier le siège du parti au pouvoir, le parti BAAS, dans la ville de Deera, essuyant les tirs des forces de sécurité qui auraient fait un mort et 200 blessés. Mais, les manifestations ont repris et peuvent s’étendre à tout le pays.
  • Au Bahreïn, un semblant de calme semble être revenu mais au prix de l’instauration d’un couvre-feu et de la loi martiale et après avoir délogé sans ménagement les manifestants de la place de la Perle, place où les manifestants avaient l’habitude se rassembler. Et par symbole, le pouvoir monarchique a détruit la statue érigée sur cette place. La répression continue dans le silence: opposants arrêtés, personnes disparues, répression menée aussi avec l’aide de troupes du voisin saoudien.

Des régimes forts aux pieds d’argile

La liste ci-dessus n’est pas exhaustive. D’autres peuples de d’autres pays tentent eux aussi de renverser les pouvoirs en place ou d’obtenir au moins des réformes. C’est le cas au Maroc ou encore en Algérie où les manifestations sont sévèrement réprimées, voire empêchées. Mais pour combien de temps ? De son côté, l’Arabie Saoudite a promis des réformes sociales tentant de contrer des possibles contestations. Oman et le Soudan peuvent eux aussi à tout moment basculer dans le chaos.

Ainsi, il semble que ce soit toute une région qui soit sur le point de s’embraser, du Maghreb aux limites du Moyen Orient. Les forces occidentales seront-elles prêtes à intervenir dans tous ces pays pour défendre les libertés de ces peuples ou seulement dans des pays où il y a du pétrole comme certains le soupçonnent déjà dans le cas de la Libye ? Qui plus est, les répercussions du printemps de 1848 avaient été dramatiques avec une montée des nationalismes qui avait eu pour conséquence le premier conflit mondial. Il est à espérer que l'Histoire ne se répète pas.

Source : liberation.fr, le monde.fr, AFP,

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