Pornocratie ou la décadence de la papauté au Xe siècle

Durant une partie du Xe siècle, la papauté connut une période de déchéance dite pornocratie, nom donné parce que des femmes dominaient Rome et les papes.
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Les papes se succédèrent durant le Xe siècle: père et fils occupant parfois le même siège tandis que d’autres furent installés par la seule volonté des grandes familles romaines. Durant cette période, il semble bien que l’autorité pontificale eut bien moins d’importance et d’influence que certaines femmes.

Le gouvernement des courtisanes

C’est sous le règne du pape Serge III (904-911) que commence la période désignée, depuis le XVIIIe siècle, sous le nom de «gouvernement romain des courtisanes» venant de l’allemand « Römisches Hurenregiment » et qui, selon les chroniqueurs de l'époque, fut une période de débauche initiée par la famille du sénateur Théophylacte, sa femme et ses deux filles, Théodora et Marozie. Cette dernière devint, à l'instigation de sa mère et dès l’âge de 13 ans, la maîtresse du futur Serge III. La famille Théophylacte décida de l’avenir de la papauté durant une bonne partie du Xe siècle.

Rome était donc sous la coupe de papes fantoches, laïcs, incompétents, tous à la solde des deux sœurs, qui étaient maîtresses du jeu, et de leurs envies. Leur mère les initia en faisant nommer Serge III, amant de sa fille et pape aux mœurs très dissolues. ,Après la mort d' Anastase III (911-913), successeur de SergeIII et qui fut sans doute emprisonné puis empoisonné par Morazie, les deux sœurs firent désigner un de leurs favoris, Landon (913-914). Certains ont alors prétendu qu'étaient nommés papes ceux qui assouvissaient au mieux les appétits sexuels des deux sœurs. Quoiqu'il en soit, Landon mort prématurément, Théodora choisit de faire élire son amant pour le remplacer. Cet amant, après avoir été évêque de Bologne puis de Ravenne, prit donc l’évêché de Rome et devint pape sous le nom de Jean X (914-928) se singularisant par la relative longévité de son pontificat pour cette époque.

Jean X, finit par tomber sous les intrigues de Marozie qui le fit mettre aux fers puis étouffer entre deux matelas. Et celle qui était alors considérée comme la maîtresse de Rome nomma Léon VI (928-929) qu’elle fit emprisonner au bout de quelques mois; puis elle désigna Etienne VII (929-931) à sa place. Enfin, en 931, Morazie décida d’asseoir Jean XI sur le trône pontifical, qui n’était autre que le fils qu’elle eut avec le pape Serge III.

La papauté aux mains d’une famille

Alors que Marozie fit assassiner son mari afin de pouvoir épouser le frère de celui-ci, Hugo, roi de Lombardie, un de ses fils, Albéric II, fils d’un premier lit, se mit à la tête d’une troupe romaine, chassa Hugo de la cité, fit emprisonner sa mère, Marozie et son fils (donc son demi frère), le pape Jean XI. Alors que Marozie mourut en prison, Jean XI tomba entièrement sous la tutelle d’Albéric et ne posséda plus aucun pouvoir. Certains considèrent que la papauté n’est jamais tombée plus bas qu’à partir Jean XI. Albéric remplaça sa mère dans l’obtention du siège papale, fit et défit les papes, nomma successivement Léon VII (936-939), Etienne VII (939-942) qui ourdit un complot contre Albaric mais ce dernier le découvrit et le déjoua et nomma Marin II (942-946) pour le remplacer; puis Agapet II (946-955) leur succéda.

Albaric, peu de jours avant sa mort, fit promettre aux nobles romains de nommer son fils à la papauté. Ce qu’ils firent et Octavien (dont il est dit qu’il ne connaissait même pas la grammaire latine) fut nommé pape sous le nom de Jean XII à l’âge de seize ans. Il est décrit par le chroniqueur Liutprand de Crémone comme étant le plus débauché et le plus scandaleux des papes Jean. D’autres chroniqueurs le désignent comme «l’Antéchrist siégeant dans le temps de Dieu». Ainsi, fils et petit-fils de Morazie montèrent sur la chaire papale avant que sa sœur Théodora ne plaçât elle aussi un de ses fils, en 965, Jean XIII (965-972).

Cette période appelée pornacratie, évoque les heures les plus sombres du pontificat, période que certains situent de 904 à 932, au temps de l’emprise de Marozie sur Rome, d’autres de 903 à 964 c'est-à-dire jusqu'à la fin du règne de Jean XII, petit-fils de Marozie, enfin période qu’il est peut-être possible de pousser jusqu’à la fin du règne de Jean XIII, membre de la même famille. Quoiqu’il en soit, cette époque fut troublée pour la papauté dépossédée de tout pouvoir. Ce pouvoir était aux mains de femmes très influentes, ce qui a amené certaines personnes à dire «nous avons des femmes pour pontifes». Cette situation donna même naissance à une légende – tenue pour vraie pendant très longtemps par la papauté elle-même – , affirmant qu'une femme avait réussi à s’immiscer et se faire élire en tant que pape. Cette papesse serait morte en mettant au monde un enfant lors d’une procession. L'histoire aussi fausse soit-elle, est malgré tout révélatrice de la décadence de la papauté durant ce siècle et de l'emprise des femmes sur cette institution.

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