Sacco et Vanzetti : un procès symbole de la lutte des classes

Cette affaire reste dans les mémoires comme l'une des plus retentissantes injustices que connut le XXe siècle, une affaire qui va au-delà du simple procès.
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Le 23 août 1927, à minuit, Bartolomeo Vanzetti et Nicolas Sacco meurent par électrocution suite au verdict rendu lors d’un procès tronqué, accumulant de grossières erreurs. Pourquoi ces deux hommes ont-ils été victimes d’un tel acharnement de la part de la machine judiciaire américaine?

Un vrai braquage, deux faux coupables

La Première Guerre mondiale finie, les Etats-Unis comme l’Europe connaissent de graves difficultés économiques. Grèves, répression, arrestations, hold-up et attentats, notamment anarchistes , se multiplient. C’est dans ce contexte tendu qu’a lieu, le 24 décembre 1919, un premier braquage à Bridgewater non loin de Boston puis un second le 15 avril 1920 à South Braintree, à quelques 20 kilomètres de Boston. Lors de ce braquage, deux caissiers, Alessandro Berardelli et Frederic Parmenter, qui transportent la paie des salariés d’une fabrique de chaussures de la ville sont abattus et l’argent envolé: 16 000 dollars qui ne seront jamais retrouvés.

L’inspecteur Stewart chargé de l’enquête oriente ses investigations dans les milieux extrémistes italiens. Pour lui, comme une bonne partie des Américains, les troubles ne peuvent provenir que de ces nouveaux migrants Italiens, qui plus est catholiques dans un pays où le protestantisme est majoritaire. Ne reposant sur aucune preuve tangible, Stewart fait arrêter Sacco et Vanzetti le 5 mai 1920.

Portrait de Sacco et Vanzetti

Nicolas Sacco naît en 1891. Troisième fils d’une famille de 17 enfants, il quitte l’école à quatorze ans pour travailler la terre. Il embarque bientôt pour les Etats-Unis et arrive à Boston en 1908. Là, il est embauché dans une usine de fabrication de chaussures où il fait la connaissance d’un groupe anarchiste et en devient peu à peu un élément actif. Il partage son temps entre meetings et collectes de fonds pour soutenir les grévistes ce qui lui vaut quelques déboires avec les autorités.

Bartolomeo Vanzetti est né en 1888. Excellent élève, il ne peut cependant poursuivre ses études faute de moyens. A la mort de sa mère, il choisit aussi de traverser l’Atlantique. Sur place, alors qu’il multiplie les petits boulots, son dernier métier est poissonnier ambulant, il trouve du temps pour lire des auteurs révolutionnaires. Rêvant d’un monde meilleur, il se lie aux anarchistes, organise des grèves, appelle à la révolte contre le capitalisme sans prendre pour autant part à une quelconque action violente.

Innocents mais Italiens et anarchistes

Le 16 août 1920, Vanzetti comparaît pour un premier braquage. Il est condamné à 15 ans de prison. Le 28 septembre 1920, les deux hommes comparaissent pour l’affaire de South Braintree, cinq mois seulement après les faits. Défendus par l’avocat ouvriériste Fred Moore, le procès dure des semaines. Cependant, et malgré la fougue de leur avocat, la sentence paraît inexorable. Le juge Thayer, à travers ce procès, défend les intérêts d’une classe dominante à la fois libérale et conservatrice, et des institutions mis en place par cette même classe. Dès lors, Sacco et Vanzetti sont érigés en parangon de la menace ouvrière, anarchiste et communiste. De ce fait, ils sont condamnés sans aucune preuve à la peine capitale le 14 juillet 1921.

Un jusqu’au boutisme aveugle

A l’annonce du verdict, des centaines de milliers de personnes se soulèvent participent à des manifestations souvent violentes, contre cette ineptie judiciaire. Malgré les recours déposés par leur avocat, tous rejetés par le juge Thayer, et malgré les comités de soutien, la sentence ne sera jamais revue. Elle est définitivement confirmée le 12 mai 1926. Deux semaines plus tard, un bandit, Celestino Madeiros, avoue être l’auteur du hold-up de South Braintree mais cet aveu ne change rien à l’intransigeance de Thayer. Il refuse de rouvrir le dossier.

Entre temps, Sacco et Vanzetti qui ont du être internés dans un service psychiatrique, demandent à leur avocat de laisser tomber. Dans la nuit du 22 au 23 août 1927, soit six ans après le procès, Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont exécutés sur la chaise électrique suscitant une immense émotion et réprobation à travers le monde. Deux innocents étaient sacrifiés sur l’autel à la fois du libéralisme et du conservatisme.

A titre posthume

23 août 1977, soit 50 ans après leur exécution, le gouverneur Michael Dukakis réhabilite les deux italiens et déclare que «tous les déshonneurs devaient être enlevés de leurs noms pour toujours». Entre temps, sur une musique d’ Ennio Morricone , Joan Baez avait composé une chanson, Here's to You en hommage à Sacco et Vanzetti. Cette chanson qui fait partie de la bande originale du film Sacco et Vanzetti est directement inspirée des paroles que Vanzetti a tenues au juge Thayer et notamment « Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré: un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire autant pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes… »

Sources:

  • Sacco et Vanzetti film de Giuliano Montaldo, 1971
  • Jean Préposiet, Histoire de l’anarchisme, Editions Tallandier ,1993, 500 pages
  • Francis Russel, L’Affaire Sacco et Vanzetti , Editions Robert Lafont, 1970, 526 pages

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