Syrie : l'Etat meurtrier

Des milliers de morts, des milliers d'emprisonnés. Le régime de Bachar al-Assad réprime à tout va mais résistera t-il à la pression de la rue?
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Les Syriens sont de plus en plus nombreux au fil des jours à manifester leur colère contre le régime de Bachar al-Assad, président et successeur de son père Hafez el-Assad au pouvoir de 1970 à 2000. Tenu par une main de fer par ce dernier et par le parti BAAS (parti arabe socialiste), le pays semble vouloir mettre fin à la dictature et en paye le prix.

Une répression sauvage

Malgré un timide signe d’apaisement et de maigre ouverture du président Bachar al-Assad qui a levé l’état d’urgence en vigueur depuis 48 ans, les Syriens sont descendus de nouveau dans la rue manifester leur mécontentement et leur aspiration à plus de liberté.

A Deraa, ville du sud de la Syrie, là où la contestation a commencé le 15 mars, ils auraient été 10 000 aujourd’hui à gronder leur colère contre le régime en place alors qu’à Qamishi au nord-est du pays, ils auraient été pas moins de 5000. A Damas, le chiffre annoncé de 200 manifestants peut paraître dérisoire; cependant, c’est la première fois depuis le début de la contestation que des voix s’élèvent au sein même de la capitale.

Comme il fallait s’y attendre, le régime en place a utilisé la force, sans discernement, pour réprimer les manifestations se désavouant encore un peu plus aux yeux de son peuple si cela était possible. Ainsi, Au moins 14 personnes ont été tuées dans la localité d'Ezreh, dans la province de Deraa (au sud de Damas) alors qu’une 15e personne a été tuée à Hirak, également dans la province de Deraa. A Douma, au nord, près de Damas, ce sont 9 victimes de plus que la répression a fait tirant sur la foule à balle réelle.

Les revendications d’un peuple

A l’origine, et donc à Deraa, les premiers manifestants ne demandaient qu’un peu plus de liberté. Aujourd’hui, à la sortie des mosquées, le mouvement s’est radicalisé et après la prière, les manifestants, arabes, kurdes et chrétiens assyriens ont commencé à défiler, toujours à Deraa, en brandissant des drapeaux syriens ainsi que des banderoles dénonçant la corruption. Les manifestants réclament également la dissolution des services de sécurité, principal artisan de la répression et glaive du régime en place.

Face à l’attitude du pouvoir, l’opposition commence à s’organiser et annonce le rassemblement des «Comités locaux de coordination» en collectif. Il rassemble pour le moment 14 comités locaux qui ont fait part de leurs revendications, notamment :

  • La fin de la torture
  • La fin des arrestations et des violences à l'encontre des manifestants pacifiques.
  • La libération immédiate de tous les prisonniers politiques.
  • L'ouverture d'une enquête indépendante sur les violences commises depuis le début du mouvement.
  • L'élection des conseils locaux.
  • Une réforme constitutionnelle et notamment l'abolition de l'article 8, qui consacre la mainmise du parti Baas sur la vie politique.

La Syrie, au même titre que la Libye, semble être pris dans un engrenage de violence, le pouvoir ne paraît pas vouloir céder. Que va faire la communauté internationale? Intervenir comme en Libye au risque d’être accusée d’ingérence dans toute la région ? A-t-elle seulement les moyens d’intervenir elle qui est engagée sur plusieurs fronts (Irak, Afghanistan, Libye). Et comme redouté, le printemps arabe s’achèvera-t-il dans un bain de sang ?

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