Torture porn : un cinéma sans limite…

Depuis quelques années, se multiplient sur les écrans des films d' horreur mais qui vont bien au-delà du classique. Ces films sont appelés « torture porn"
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C’est gratuit, ça joue sur les instincts les plus bas du spectateur. Le cinéma « torture-porn » ne semble vouloir respecter aucune limite jusqu’à voir certains films interdits de diffusion dans de nombreux pays. Article pour public averti.

Les origines du torture-porn

Si le terme est apparu dans les années 2000, les origines de ce cinéma de genre sont floues et chacun peut les faire remonter à un film précis, film qui peut donc servir de point de départ de la naissance du « torture-porn ». Si certains font remonter la création de ce sous genre de cinéma d’horreur à Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini datant de 1975 ou encore au fameux cannibal holocaust de 1980, d’autres se réfèrent plutôt à une date plus proche avec Seven de David Fincher datant de 1995 bien que dans ce dernier film seul le résultat soit montré et les actes d’atrocité dès lors seulement suggérés contrairement à Salò où la caméra n’hésite pas à filmer le calvaire d’adolescents. Cependant, difficile de classer ces films dans le genre « torture-porn » car l’expression n’est née qu’en 2006 avec le premier Saw. Quoiqu’il en soit, ce genre de films existe bel et bien et ne montre aucune retenue dans la surenchère du gore.

Ce qu’on appelle le torture porn

Ne pas chercher un scénario de haute voltige dans ce genre de cinéma, c’est un peu du ras des pâquerettes, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas des films de qualité, du moins dans ce style. Un torture-porn pourrait se résumer en deux mots : torture et sexe auxquels pourrait être rajouté le terme teenager, cible privilégiée des producteurs/réalisateurs. Le but est de montrer une violence sans limite, une violence à laquelle peut s'ajouter au départ une goutte de sexe mais qui dans certains films peut déraper vers de la pornographie.

Le postulat de départ est souvent le même, des jeunes gens, un classique pour les films d'horreur, ce sont toujours des jeunes qui en prennent plein la figure, à quand un film où ce serait le 3è âge la victime?, Des jeunes donc, sont enlevés par des inconnus pour être torturés et/ou violés si affinité. Et la fin ne peut plus surprendre car elle est toujours la même, ces pauvres gens meurent après d’atroces souffrances. Certains arrivent peut être à se venger. Un constat qui pourrait sembler classique pour des films d’horreur si ce n’est qu’il existe une véritable surenchère dans les images…

De Saw à…

La saga Saw serait donc à ranger dans cette catégorie et marquerait la naissance du genre car c’est ainsi que le premier épisode de la saga fut qualifié par le critique David Edelstein pour le New York Magazine S’il est vrai que le premier Saw tient ses promesses, il révèle aussi les limites de ce style d’histoires. En effet, alors qu’un pauvre torturé pose la question à son bourreau, pourquoi tant de cruauté, la réponse ne tarde pas à fuser : « parce que.. » Ah bon. Le scénario semble donc directement inspiré d’une célèbre publicité pour Orangina rouge . Cependant, il faut avouer que dans le genre machiavélique les deux premiers épisodes de la saga, qui en compte sept, fonctionnent très bien. Après, classiquement, ça s’épuise et les épisodes suivants paraissent presque réchauffés par rapport à ce qui a pu être fait depuis ou entre temps. Mais, James Wan avec Saw semble donc avoir ouvert la boîte à tortures, boîte dans laquelle nombre de réalisateurs vont fouiller.

Dans le genre torture-porn, le premier volet Hostel d’ Eli Roth , se pose là. Les images sont choquantes et le propos (non pas le scénario) peut interpeller et nous laisser à imaginer que oui, il y a bien des gens assez fous sur cette terre qui paieraient pour pouvoir torturer. Et oui, il y a des réalisateurs qui prennent leur pied à faire ce genre de films. Et oui, il y a des spectateurs qui prennent leur pied devant ce genre de films. S'en est suivi un 2è volet Hostel - Chapitre II complètement inutile ne rajoutant rien au propos sinon une violence absolument gratuite.

Un film français sort aussi du lot. Martyrs , réalisé en 2008 par Pascal Laugier , montre très crument les souffrances et tortures subies par des adolescentes. Sous prétexte de recherche pseudo spirituelle ou métaphysique, des jeunes filles subissent les pires tortures…à en vomir son quatre heures.D’autres films ont vu le jour comme Train qui tend vers encore plus de violence gratuite et injustifiée mais il y a pire…

…L’inmontrable

D’autres ont été réalisés sans qu’ils aient le droit pour certains d’apparaître sur les écrans. C’est le cas pour A Serbian Film alliant pornographie et torture jusqu’à pas de limites, interdit notamment en France alors que ‘il avait eu droit de cité au festival de Cannes. C’est le cas aussi pour Snuff 102 film argentin racontant le calvaire de trois femmes piégées par un psychopathe (le nombre 102 suggérant qu’il ya eu 99 victimes avant les trois femmes humiliées, torturées par le même fou) film qui bat tous les records dans l’horreur et interdit dans le monde entier.

Ainsi, sous le terme du nouveau genre « torture-porn », certains réalisateurs s’autorisent à filmer l’horreur, mêlant torture, pornographie, sadisme gratuits, titillant en cela les plus bas instincts de voyeurisme de l’être humain. Cependant, à vouloir trop faire le buzz, à pousser les limites trop loin, à ne considérer qu’il n’existe aucun tabou au cinéma, qu’il est permis de tout montrer, la censure est là pour rappeler qu'il existe certaines frontières difficilement franchissables. Et lorsque l’on voit que les adeptes de ces films peuvent être le plus souvent des adolescents ou du moins un public jeune, il faut se poser des questions. Ces films ayant tendance, volontairement ou non, à banaliser et rendre ordinaire ce qui ne peut l'être.

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Snuff 102 ou le 7è art dévoyé

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