Tristan Egolf ou « le seigneur des porcheries »

Retour sur un écrivain trop tôt disparu qui aura laissé à travers son premier roman une œuvre pleine de rage, de violence mais aussi d'humour.

Il est des gens qui ne font qu'un bref passage sur notre planète mais qui pourtant laissent une souvenir indélébile. Tristan Egolf en fait partie.

Tristan Egolf, portrait d’un écrivain activiste :

Tristan Egolf est né en Espagne en 1971 sous le nom d’Evans, le nom de son père. Celui-ci était journaliste et sa mère peintre. Après le divorce de ses parents, Tristan prend le nom de son beau père, Gary Egolf, refusant de garder celui de son père, trop proche des idées d’une Amérique blanche. A 23 ans, las de la Pennsylvannie, symbole d’une Amérique profonde qui le subjugue mais qu’il honnit tout autant, Tristan prend son sac pour l’Europe et Paris. Pour subvenir à ses besoins, il joue de la guitare et chante Bob Dylan sous les ponts parisiens. Un soir de novembre 1994, Une jeune fille croise Tristan jouant sous le pont des Arts. Tous les deux commencent à discuter autour d’un café quand Tristan lui parle de son manuscrit. La jeune fille sous le charme décide de l’amener chez ses parents et de le présenter à son père qui n’est autre que Patrick Modiano. Celui-ci ne maîtrisant qu’imparfaitement la langue shakespearienne, confie la lecture du roman à sa femme qui, à l’aide d’un dictionnaire, lit et décrypte la masse de pages rédigées avec une écriture en patte de mouches. Arrivée à ses fins, Dominique Modiano n’hésite pas à déclarer « Attention chef d’œuvre ». Aussitôt, Patrick Modiano le fait parvenir à son éditeur, Gallimard qui, plus qu’enthousiasmé par le roman, en achète les droits mondiaux mais au lieu de le publier en anglais, le fait traduire et l’édite en français. Le seigneur des porcheries est né et rencontre un succès public immédiat. Tristan Egolf n’en retire pas de fierté particulière, fierté qui aurait pu être légitime de la part de l’auteur qui après avoir essuyé pas moins de 70 refus de la part de maisons d’éditions américaines, voit son chef d’œuvre édité. Tristan Egolf n’a alors que 27 ans et beaucoup crient au génie.

Il décide de retourner aux Etats Unis se lance de nouveau dans le militantisme politique, lui qui avant de venir en Europe, évoluait dans le milieu punk, de la boxe amateur et de la tauromachie. En 2004, au passage de Georges Bush dans la ville de Lancaster (Pennsylvanie), il met en place une pyramide humaine composée de corps nus, dont le sien, pour protester contre les tortures infligées dans la prison d’Abu Ghraib, ce qui lui vaut d’avoir des démêlées avec la justice fédérale. Il mettra toute son énergie dans la campagne présidentielle pour faire barrage à la réélection de Georges Bush, en vain. Entre temps, en 2002, il sort un nouveau roman Jupes et violons qui connaîtra un moindre succès. Mai 2005, à Lancaster, souffrant d’une grave dépression, Tristan Egolf, décide de mettre fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête après avoir achevé son troisième roman et donné naissance à une petite fille. Il avait 33 ans. Son troisième et dernier roman Kornwolf , dans la même fibre que le premier, est sorti à titre posthume.

Le temps venu de tuer le veau gras et d’armer les justes

Tel est le sous titre aussi bizarre qu’indéchiffrable du roman Le seigneur des porcheries . A travers son héros ou antihéros, John Kaltenbrunner contre qui le sort s’acharne, dont la vie n’est jalonnée que de malheurs, John que sa communauté voit comme un ennemi car trop différent, à travers ce triste héros, Tristan Egolf trace le portrait peu glorieux d’une Amérique du Middlewest, une Amérique raciste, homophobe, alcoolique, figée et réactionnaire dont il décrit les divers strates par des adjectifs peu flatteurs « rats d’usine », les « trochecollines » ou les « rats des rivières », les exclus de la société. John, exaspéré et en lutte contre toute la ville, tentera de donner un grand coup de pied dans cette fourmilière certes par des moyens violents mais occasionnant aussi des situations plus que cocasses. C’est un roman énervé, foisonnant, violent et avant tout drôle, le roman d’un auteur qui règle ses comptes avec une Amérique qu’il hait tout autant qu’il l’aime. C’est un roman qui donne un souffle sinon libertaire du moins de liberté à cette Amérique engoncée dans des vieux principes rigides. A lire ou à relire !

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