Apollodore le Mythographe, compilateur de la mythologie grecque

Une existence mystérieuse ponctuée par l'écriture d'une œuvre essentielle à la connaissance de la mythologie: telle fut la vie d'Apollodore le Mythographe.
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Débusquer les moindres anecdotes et précisions généalogiques de la mythologie grecque, dresser le plus exhaustif des tableaux géographiques de la Grèce archaïque, telle fut l’ambition sourde d’Apollodore le Mythographe lorsqu’il écrivit La Bibliothèque . Ouvrage unique, mais parfois dénigré, d’un auteur qui apporta une source précieuse à la connaissance mythologique.

Apollodore le Mythographe, un auteur mystérieux

Le mystère est longtemps resté complet sur cet homme dont l’existence ne nous est supposée qu’au travers de son ouvrage unique, La Bibliothèque . Longtemps forcés aux conjectures pour le démasquer, les chercheurs ont pu, malgré tout, cerner quelques éléments de sa biographie.

Un premier problème touche à son nom. Pendant un certain temps, celui-ci fut appelé Pseudo Apollodore , pour, de façon péjorative, souligner son homonymie avec Apollodore d’Athènes, auteur d’un Traité des dieux , auquel le patriarche byzantin Photios avait d’abord attribué la rédaction de La Bibliothèque . Formulée au IXe siècle, cette hypothèse fut cependant définitivement abandonnée en 1870.

A postériori, la confusion des auteurs laisse circonspect car, entre La Bibliothèque et le Traité des dieux, nombre de différences apparaissent comme évidentes. En effet, bien que les deux Apollodore aient tous les deux été passionnés par les anecdotes mythologiques, ils diffèrent sensiblement tant par l’esprit que par la méthode. Apollodore d’Athènes, friant de détails, montre une inclinaison manifeste pour les explications étymologiques. Son approche est souvent evhémériste, c'est-à-dire qu’elle vise à démythifier les récits et à voir derrière les dieux des forces naturelles ou des hommes à la vie illustre. A l’inverse, Apollodore le Mythographe ne cherche en rien à expliquer les légendes ou à les critiquer. Son propos est narratif et presque pratique.

Mais à tout cela s’ajoute un deuxième mystère: celui de l’époque à laquelle Apollodore vécut. Car l’auteur ne dit rien sur son époque. Ici, la datation de La Bibliothèque fut d’une aide précieuse. En effet, en croisant les critères internes de l’œuvre comme les particularités de son grec tardif avec le corpus de ses références intellectuelles, une datation fut possible. En tenant compte également de l’intérêt d’autres auteurs pour La Bibliothèque , il a été possible de dater l’œuvre entre -230 et -180 avant J.-C..

Cette fourchette montre qu’Apollodore vécut au tournant des IIIe et IIe siècles avant notre ère.

Enfin autre interrogation le concernant, celle de ses origines géographiques. D’évidence, le plus certain est qu’il vivait dans un grand centre culturel antique, afin de pouvoir consulter aisément les nombreuses sources utiles à son travail.

Les sources d’inspiration d'Apollodore

De fait, les références intellectuelles d'Apollodore le Mythographe sont nombreuses. Outre la tradition orale, elles le portent vers des sources écrites très anciennes et classiques. Qu’il s’agisse de textes poétiques d’auteurs archaïques ( Catalogues des femmes de Hésiode, L’Iliade , L’Odyssée d'Homère) ou hellénistiques (Sophocle, Euripide, Apollonios de Rhodes), ses références sont vastes. A cela s’ajoutent des ouvrages d’érudition aujourd’hui perdus, comme ceux de Phérécyde de Léros ou d’Acousilaos.

De même, l’étude comparative de La Bibliothèque avec certaines grandes fresques mythologiques incline à penser qu’il aurait vu les peintures de Polygnote, à Delphes, les tableaux de l’Erechthéion ou bien encore celles du temple de Dionysos Eleuthereus.

Son oeuvre: la Bibliothèque

C’est en restant fidèle et dévoué à ces sources qu’Apollodore a constitué son œuvre en compilateur de fables zélé et appliqué.

Il se singularise cependant par ses silences concernant les légendes romaines, alors que nombre de ses récits l’invitaient à s’y référencer (comme le récit des voyages d’Héraclès en Italie ou l’histoire d’Enée). En revanche, il porte une attention particulière à l’Asie. La carte géographique de cette mythologie racontée est essentiellement celle de l’Orient méditerranéen, allant même jusqu’en Inde lorsqu’il narre les légendes de Dionysos.

Dans cette reconstitution du puzzle mythologique grec, Apollodore, relève en sept livres la gageure d’une synthèse des mythes grecs depuis l’origine du monde jusqu’au retour des héros de la guerre de Troie. Tout y est narré, du plus prestigieux et connu (La Toison d’or, Thésée, Héraclès…), au moins connu (par exemple, comment Erechthée, en guerre contre Eleusis, dû sacrifier l'une de ses filles).

Dans un récit clair et synthétique, il rapporte avec un ton direct et simple les récits tels que les Anciens se les racontaient. Son but n’est pas d’embellir ou d’enjoliver mais simplement de compiler ce qui se sait déjà de façon orale et éparse. Son travail est celui d’un bibliothécaire consciencieux qui, en narrant tous ces récits, parvient à dresser des ponts entre les différentes légendes.

Ainsi, les trois premiers livres dressent une théogonie innovante, puis les descendances de Deucalion, Inachos, Pélasgos, Atlas, ainsi que des rois d’Athènes. De même, les livres VI à VII retracent l’histoire des Atrides. Bien souvent, ses précisions généalogiques sont suivies d’un récit synthétique. Dès lors, tout nous est conté de la guerre de Troie à la naissance de Paris, jusqu’au retour des héros achéens vers leurs patries.

Incontestablement donc, Apollodore le Mythographe est une source indispensable du récit mythologique grec.

http://www.kulturica.com/sources.htm

http://www.languesanciennesetlettres.org/bibliothequegrec.html

http://www.insecula.com/article/F0010583.html

http://ugo.bratelli.free.fr/Apollodore/DetailsLivres.htm

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