Fishbone: enfin un docu sur les pionniers du skapunkfunkmetal

Deux documentaristes américains retracent la carrière des vétérans du funk-rock dans "Everyday Sunshine: The Story of Fishbone"
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Questlove, l'emblématique batteur de The Roots , déclarait dans une interview que la plus grande aspiration, mais aussi la plus grande peur de son collectif de rap alternatif était de devenir les "Fishbone du hip-hop": le groupe le plus influent mais aussi le plus obscur. Heureusement pour les Roots, ce ne fut pas le cas, vainqueurs cette semaine de trois Grammy Awards pour leur dernier album How I Got Over , mais pour Fishbone, le succès de leur anciens fans devenu superstars doit probablement avoir un gout amer.

En 2009, Lev Anderson et Chris Metzler décident de se pencher sur l'histoire d'un groupe sans aucun équivalent dans Everyday Sunshine - The Story of Fishbone ( voir la bande annonce ). L'histoire d'une bande de gosse afro-américain de Los Angeles, réunis dans le même lycée à la fin des années 1970 par la politique d'intégration raciale du "busing" de l'époque (on inscrivait les enfants des minorités défavorisées dans des établissements scolaires à l'autre bout de la ville pour les éloigner de l'influence néfaste de leurs quartiers d’origine et favoriser la mixité sociale). Rapidement, leur musique s'affranchit des genres, mélangeant rythme ska, agressivité punk, extravagance funk et quelques notes de jazz. Dans leur ghetto (le célèbre quartier de Compton, lieu de naissance du gangsta rap) ils s’habillent comme des hipsters, arborent des coiffures punk (mohawk, cheveux en piques), jouent du saxophone et slam-dancent durant leur concerts.

Au milieu des années 80, ils deviennent rapidement la coqueluche de la scène alternative californienne grâce à leurs performances live complètement déjantées aux cotés des Red Hot Chili Peppers (qui aujourd'hui encore admettent leur devoir énormément), Jane's Addiction et Suicidal Tendencies. Parmi leurs jeunes fans, Gwen Stefani et les futurs membres de No Doubt, sur qui ils laisseront une marque indélébile.

Au tournant des années 1990, alors que le genre musical rock "fusion" - ou funk/métal - explose commercialement avec Rage Against The Machine, les Red Hot ou encore FFF en France, Fishbone semble sur le point de conquérir le monde avec leur album-référence The Reality of My Surroundings (1991); ils signent sur un gros label qui croit en eux (Sony), multiplient les apparitions remarquées sur MTV et le Saturday Night Live, et Spike Lee réalise le clip de leur single Sunless Saturday . Hélas, le succès n’est pas au rendez-vous, et après un deuxième bide malgré l’excellent Give A Monkey A Brain And He'll Swear He's The Center Of The Universe au son plus métal, leur label les lâche, la moitié du groupe abandonne et Fishbone se retrouve condamné à errer dans les limbes de l'industrie musicale à jamais, enchainant les tournées éreintantes aux Etats Unis et en Europe (leur management est aujourd'hui un label français, les bretons de Terre a Terre) pour survivre.

Un film documentaire

Comme le montre le documentaire, ainsi que de nombreux journalistes s'étant penchés sur le sujet , plusieurs raisons peuvent expliquer l'échec commercial absolu d'un des groupes rock le plus prometteur et original des 30 dernières années: le racisme latent de l'industrie du disque (markétant les artistes selon l'équation stupide et inflexible: rock pour les blancs, rap et r'n'b pour les noirs), les vives tensions à l'intérieur du groupe (leur leader Angelo Moore, un mix entre Charlie Chaplin, Iggy Pop et James Brown, avait un comportement bien trop bizarre et égoïste à supporter) et une poignée de fait-divers glauques : leur guitariste Kendall Jones, alors au sommet de leur gloire, se fit enrôler par son propre père dans une secte évangéliste dont le bassiste Norwood Fisher tenta de l'extraire, se faisant condamner pour kidnapping au passage.

Il n'en reste pas moins que le groupe continue de tourner et leurs concerts restent une référence en matière d'énergie et de communion avec le public, encore aujourd'hui. Espérons que ce documentaire , célébrant les vingt-cinq d’existence du groupe et qui a reçu d'excellentes critiques aux Etats Unis lors de sa tournée dans les festivals l'an dernier, les remette sur le devant de la scène, ne serait-ce que pour une heure et demie.

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