Côte d'Ivoire : budget 2011, sous haute tension politique

Le budget 2011 de l'Etat ivoirien s'équilibre en recettes et en dépenses à 2907,3 milliards de franc CFA (environ 2,5 milliards d'euros).
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Le budget 2011 du peuple de Côte d’Ivoire, en hausse de 0,4%, par rapport à celui de l’année écoulée, s’inscrit dans un contexte de crise socio politique aigüe.

Un pays, deux présidents

L’élection présidentielle du 28 novembre 2010 censée remettre le pays sur les rails ne s’est pas soldée comme souhaitée. La Côte d’Ivoire a deux présidents. Du moins, un président déclaré par la Communauté Internationale, sur la base des résultats issus de la Commission électorale indépendante (Cei) et la certification des Nations Unies (Alassane Ouattara). Et un président proclamé par le Conseil constitutionnel ivoirien (Laurent Gbagbo). Conséquences : la Côte d’Ivoire est au bord d’une fracture sociale certaine. L’insécurité est grandissante. Les signaux de l’embrasement sont palpables. Les sanctions pleuvent. L’économie est au rouge.

En attendant que les deux grands leaders de la scène politique ivoirienne, sous l’égide de l’Union Africaine (UA), accordent leur violon, la nation saigne. Malgré le taux de 54,1%, qui lui est attribué, Alassane Ouattara est retranché au Golf Hôtel d’Abidjan. Il a mis en place un gouvernement dirigé par Guillaume Soro. Mais dans la pratique le pouvoir est détenu par Laurent Gbagbo, dont le premier ministre Gilbert Aké N’gbo, vient de dévoiler, par le truchement du ministère de l’Economie et des Finances, les grands axes du budget de l’Etat pour la présente année. C’était le mercredi 09 février 2011, à l’auditorium de la Caisse de Stabilisation à Abidjan-Plateau, à l’occasion de la rentrée budgétaire.

Les défis du budget 2011

La cérémonie solennelle de présentation du budget 2011 a débuté par une allocution du Ministre délégué auprès du ministre de l’économie et des finances chargé du budget, Koné Katina, qui a insisté sur la transparence et la rigueur dans la gestion des enveloppes budgétaires. « Chaque gestionnaire devra produire un rapport trimestriel d’exécution du budget qui fait ressortir clairement la liste des bénéficiaires des marchés, la nature des fournitures ou prestations. Ces rapports consolidés seront transmis au cabinet au plus tard le 15 du mois suivant la fin du trimestre pour être publiés » a-t-il expliqué. Le ministre Koné Katina a insisté sur sa foi en la Côte d’Ivoire et sa détermination à réaliser ses missions. « Il est dit de la Côte d’Ivoire qu’elle est un Pays pauvre très endetté (Ppte), mais je dis que le monde entier doit retenir qu’elle est un Ppta, entendez, Pays pauvre très ambitieux » a-t-il martelé.

Plusieurs communications ont été entendues. Le directeur général des Impôts, Lambert Kessé Feh, s’est voulu réaliste dans sa démarche pour réaliser sa part du budget. « L’élaboration de prévisions fiscales dans le contexte actuel de crise post-électorale est un exercice difficile en raison de la grande incertitude qui entoure les hypothèses de travail. Face à cette réalité, il convient plutôt de raisonner en termes d’objectifs de recettes à recouvrer » a-t-il soutenu. Dans cette grisaille le premier responsable des Impôts garde espoir et affiche un objectif de recouvrement de 1070,9 milliards de FCFA (1,6 milliards d’euros), contre 1007,9 milliards de FCFA (un peu plus de 1,5 milliards d’euros), réalisés en 2010, soit une progression de 6,3% par rapport à 2010.

Le directeur général des douanes ivoiriennes, le Colonel-Major Alphonse Mangly a affiché son intention d’atteindre la barre de 1000 milliards de FCFA de recettes. Un objectif légèrement au dessus des réalisations de 2010 qui se sont élevées à 938,58 milliards de FCFA (un peu plus de 1,4 milliards d’euros). Le Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, madame Simone Djédjé Mama table sur une prévision de recettes de 818 milliards de FCFA (1,25 milliards d’euros) en 2011, sans les appuis budgétaires extérieurs. Quant au Directeur général du Budget, Pokou Abo Guillaume, il a mis un accent particulier sur les grandes articulations du budget 2011, lesquelles, mettent en évidence entre autres, la part considérable accordée aux dépenses pro-pauvres qui s’élèvent à 796,3 milliards de FCFA (1,21 milliards d’euros).

Priorités

Pour 2011, en termes de diligence, figurent en bonne place, la gestion de la salubrité urbaine, le renforcement de la politique d’insertion des jeunes dans le tissu économique, l’entretien routier, le développement des infrastructures économiques de base, la poursuite de la normalisation de la situation sociopolitique. La poursuite des actions de lutte contre la pauvreté, notamment, le renforcement de l’accessibilité au soin de santé, à l’éducation, à l’eau potable, à l’électricité, n’est pas en reste.

Notons que le budget 2011 contient trois caractéristiques majeures : la prudence observée dans l’allocation des crédits budgétaires tenant compte de la capacité réelle de recouvrement des ressources, en particulier des recettes intérieures ; l’instauration d’une gestion progressive du budget par objectifs avec la mise en œuvre des Cadres de Dépenses à Moyen Terme (CDMT), dans des secteurs pilotes tels que l’Education/Formation et la Santé ; le maintien des relations avec les partenaires au développement à travers la poursuite des engagements budgétaires pris dans le cadre du Programme économique et financier et la programmation des remboursements des échéances de dette.

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