Rentrée budgétaire 2012 : la Côte d'Ivoire dévoile ses ambitions

L'Etat ivoirien affirme sa volonté de lutter contre la corruption afin de favoriser l'investissement et la relance économique.

Le règne de la corruption au sein de l’administration publique est une réalité dans de nombreuses nations. En Côte d’Ivoire, pays gangrené par une décennie de crise militaro civile (19 septembre 2002 – 11 avril 2011), le phénomène est palpable. Afin de juguler le mal et aider l’Etat à construire son développement, le Gouvernement ivoirien est à pied d’œuvre. Lors de la rentrée budgétaire, le jeudi 23 février 2012 à Abidjan, le Ministre de l’Economie et des Finances, Diby Koffi Charles, a abordé avec dureté la question de la corruption. Outre la saine gestion des affaires publiques, le Ministre s’est préoccupé de façon concrète des voies et moyens pour booster l’économie nationale. Il avait à ses côtés ses plus proches collaborateurs. Tous ont révélé, à travers différentes communications, des indications claires sur les ambitions du budget 2012.

Le budget 2012 s’équilibre en ressources et en charges à 3160 milliards de FCFA environ, 4,8 milliards d’euros. Il a été adopté en Conseil des Ministres, le mercredi 29 décembre 2011. Les charges du budget 2012 sont constituées du service de la dette pour 882,1millards de FCFA (1,3 milliards d’euros), les charges de personnel estimées à 918,7 milliards de FCFA (1,4 milliards d’euros), des autres charges de fonctionnement, évaluées à 683 milliards de FCFA (1,04 milliard d’euros), des dépenses d’investissements pour 620, 3 milliards de FCFA, près d’un milliard d’euros, et des dépenses de sortie de crise (55,1 milliards de FCFA), soit 83,9 millions d’euros. Le budget 2012 est en hausse relativement à celui de 2011, arrêté à 3050 milliards de FCFA, soit 4,6 milliards d’euros.

Traquer la corruption, garantir l’investissement

« L’agent corrompu oublie l’onde de choc de son comportement. Nous ne devons pas être égoïstes. Nous devons penser aux conséquences de nos actes. Je souhaite prendre le premier, il servira d’exemple » a averti le Ministre Diby pour qui la corruption est une gangrène, une sangsue pour l’économie du pays. Pour tenter de résoudre le problème, le premier responsable de l’Economie a annoncé l’opérationnalisation de la brigade anti corruption, pilotée par l’Inspecteur général des Finances, avant la fin du mois de mars 2012.

L’objectif du Ministre, à travers cette fermeté est de créer un cadre propice pour attirer les opérateurs économiques. «Les dépenses d’investissement sont fixées à 620,3 milliards de FCFA (environ un milliard d’euros). C’est la plus grosse enveloppe octroyée aux investissements publics, ces dix dernières années …. J’exhorte chaque agent de la Fonction publique à la probité morale pour garantir l’investissement » a-t-il souligné.

Afin d’assurer un bon taux d’investissement projeté à 8,5% contre un taux de -5,1% en 2011, le ministre a fait savoir que l’Etat s’y impliquera. « Désormais l’Etat prendra en charge le tiers des investissements escomptés, en général, dans le pays. C’est le prix à payer pour que la Côte d’Ivoire atteigne assez rapidement un niveau d’investissement de 25 à 30%, du Produit intérieur brute, gage d’une évolution incisive vers le rang de pays émergents » a-t-il soutenu, assurant que « tous les marchés afférents, devront être attribués par appels d’offres au plus tard, le 31 mars 2012 ».

Outre la corruption et l’investissement, le ministre Diby s’est intéressé à la question de l’Initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). Un sujet passionnant puisque l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative PPTE, attendue à la fin du premier semestre 2012, pourrait permettre l’annulation de dette extérieure de la Côte d’Ivoire estimée à environ 6000 milliards de FCFA, un peu plus de 9 milliards d’euros. Mais le ministre prône la prudence. « Le point d’achèvement n’est le point d’arrivée » affirme-t-il. Et cela à juste titre. Qui v eut aller loin ménage sa monture.

Cap sur la relance économique

Le budget 2012 met assurément le cap sur la relance économique. A cet effet, la note introductive du Projet de budget proposée par le Ministre Diby Koffi Charles à la signature du chef de l’Etat était sans équivoque. « Le Projet de budget 2012 s’inscrit dans la dynamique de poursuite du soutien au processus de normalisation socio économique, en vue de redonner confiance et de susciter l’espoir des populations et des opérateurs économiques. Il s’agit d’un budget de relance économique qui matérialise la volonté du Gouvernement d’augmenter les investissements » atteste le document.

La relance économique implique la résolution de questions importantes notamment la lutte contre la pauvreté et la mise en place de programmes de reconstruction. Les plus hautes autorités de l’administration financière ivoirienne en sont conscientes. Elles ont exprimé leur détermination à atteindre les objectifs budgétaires à leur assignés par le Gouvernement.

Les communications

Le Directeur général de l’Economie, N’dri Narcisse a affirmé que l’année 2012 devrait consacrer l’avènement d’une nouvelle ère caractérisée par la relance économique soutenue en partie par la promotion des investissements publics et privés. Il s’est prononcé sur le thème « Evolution de l’économie ivoirienne en 2011 et perspectives 2012 ». Le Directeur général des Impôts, Abina Pascal a révélé qu’en 2012, les ressources fiscales sont renforcées. Il a fait savoir qu’il est prévu des travaux cadastraux visant à permettre l’amélioration du rendement des impôts fonciers. Et cela, autour du thème « Prévisions de recettes fiscales intérieures et dispositions d’accompagnement de la gestion 2012 ».

Au titre des Douanes ivoiriennes, le Directeur général adjoint Da Pierre a planché sur « Les Prévisions de recettes douanières et les dispositions d’accompagnement de la gestion 2012 ». Il a souligné que l’encadrement de proximité des agents fait partie des actions à mener pour atteindre les objectifs de recettes de 953,9 milliards de FCFA (1,4 milliards d’euros) à l’administration douanière. Le Directeur général du Trésor et de la comptabilité publique, Koné Adama s’est engagé pour sa part, à ne pas accumuler de nouveaux arriérés et à privilégier l’apurement de la dette flottante estimée à 98,7 milliards de FCFA. C’était autour du thème « Autres ressources du budget 2012 et situation e trésorerie 2012, y compris l’apurement des arriérés intérieurs ».

« Présentation du cadrage budgétaire et des dépenses 2012 ». C’est sur cet intitulé que le Directeur général du budget et des finances Tahi Michel Martial s’est appesanti. Il a fait savoir que e budget 2012 porte la marque de l’espoir du retour à une croissance soutenue à travers le niveau important des dépenses d’investissement. L’inspecteur général des finances Sylla Lassana a noté que l’évaluation des Directeurs des Affaires Administratives et Financières et la mise en place de la brigade de la lutte contre la corruption sont deux mesures majeures de bonne gouvernance visant la croissance du pays. Quant au Directeur de cabinet du Ministre de l’Economie te des finances Ahoutou Koffi Emmanuel, il a présenté « Les mesures d’accompagnement de la gestion budgétaire 2012 ». Les communications ont été suivies d’échanges.

La rentrée budgétaire est une plate-forme d’échanges destinée à présenter au grand public, la vision et les grandes orientations du budget de l’Etat. Elle a été initiée en 2007 par le Ministre Diby Koffi Charles.

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