D'où vient l'affirmation d'une naissance virginale de Jésus ?

Si Jésus, en tant qu'«envoyé de Dieu», préexistait en Lui, sa vie n'avait pas à être initiée par un géniteur, il lui suffisait de descendre en Marie. Voilà
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En disant «Et pourtant elle tourne», Galilée, bon chrétien, contredisait les autorités religieuses de son temps qui niaient la rotation de la terre autour du soleil. De même aujourd’hui bien des exégètes et théologiens catholiques, aux termes de leurs recherches, disent de Jésus: «Et pourtant il est né selon les lois de la nature humaine». Les évangélistes lui ont supposé une naissance virginale, car c’était dans la logique de l’affirmation de son identité d’«envoyé de Dieu» préexistant, n’ayant pas besoin de l’homme pour naître.

Une naissance virginale n’était pas inconcevable à leur époque, contrairement à la nôtre. Néanmoins l’intention des évangélistes, d’affirmer son identité d’envoyé de Dieu («Fils de Dieu»), n’est pas incompatible avec une naissance naturelle.

La «résurrection» le faisait découvrir comme «envoyé de Dieu»

Déjà la fréquentation de Jésus par les apôtres pendant plusieurs années le leur avait fait découvrir comme un personnage hors du commun et porteur d’une immense espérance. Après sa mort ils ont ressenti que subsistait, comme une présence stimulante, tout ce qu’il avait été pour eux. Ils ont parlé de sa «résurrection» et se sont rappelé l’intimité dont il témoignait par rapport à Dieu, la façon dont il en parlait «avec autorité», dont il le priait, dont il s’en arrogeait les prérogatives, interprétant les écritures, remettant les péchés, exerçant son charisme de thaumaturge au bénéfice des défavorisés. Il ne pouvait être dès lors qu’un «envoyé de Dieu» —ce qui se disait aussi «Fils de Dieu»—, c’est-à-dire prédestiné de tout temps à cette mission dans la pensée de Dieu.

Une naissance virginale n’était pas inconcevable à l’époque

Dans la pensée des évangélistes, la conception virginale de Jésus ne signifiait pas que Dieu (le Saint-Esprit, selon l’évangile de Luc) aurait eu le rôle d’un père humain comme dans les accouplements divins des mythologies grecque et latine. Mais, comme Luc le dit, «rien n’est impossible à Dieu»: il pouvait bien faire «descendre» son envoyé dans le corps d’une femme restant vierge. Le verbe grec employé est le même que celui de la «descente» du Saint-Esprit sur les disciples à la Pentecôte.

Tout était envisageable dans l’ignorance des lois de la génétique. Mais aujourd’hui se pose la question de la moitié des chromosomes apportés par le père: à quel père humain ressemblait Jésus? Et comment se fait-il qu’il ne soit pas une femme puisque le chromosome Y qui détermine la masculinité est apporté par le père?

La théologie critique requiert que Jésus soit né selon les lois de la nature humaine

C’est le dogme même de «l’incarnation» qui veut que Jésus soit un vrai homme. S’il n’est pas né selon les lois de la propagation de l’espèce —qu’aujourd’hui nous connaissons—, alors il n’est pas un être humain comme chacun d’entre nous, et dire que Dieu s’est fait homme n’a plus de sens et n’est plus le mystère insondable qui est au fondement du christianisme. Il n’y a plus là de foi à explorer. On ne sait plus de quoi on parle. Telle est la position, entre autres, de Joseph Moingt, théologien catholique de renom.

L’exégèse scientifique montre que Jésus avait des frères et sœurs

La tradition catholique a toujours prétendu que les frères de Jésus dont parlent les évangiles étaient en fait des cousins. C’est aujourd’hui contesté.

Le Père Boismard, dominicain, dans son livre Jésus, un homme de Nazareth, en 1996, avançait discrètement l’idée que les diverses occurrences des évangiles où il est question des frères et sœurs de Jésus avec sa mère «favoriseraient plutôt la conclusion que Marie aurait eu d’autres enfants après la naissance de Jésus».

John P. Meyer, prêtre américain et historien faisant autorité, affirme clairement que les mots employés signifient «frères» et «sœurs» et que Jésus avait 4 frères (Jacques, Josès, Jude et Simon) et au moins 2 sœurs et que, figurant en compagnie de leur mère, Marie, en plusieurs passages des évangiles, ils apparaissent comme ses enfants (Un Juif nommé Jésus, les données de l’histoire, tome 1, éd. du Cerf 2005). Et lorsque Luc dit que «Marie enfanta son fils, le premier-né», il emploie un mot qui «désigne presque toujours le premier né d’une série d’autres enfants» (Boismard, p. 69).

Le message fondamental n’est pas remis en cause

Si le présupposé d’une naissance virginale n’est pas le sujet premier du récit évangélique, mais seulement l’habillage aidant à comprendre le message essentiel, celui-ci n’est pas remis en cause par un nouvel habillage.

Les seuls évangélistes à s’être aventurés à parler d’une conception virginale sont, comme on le sait, Luc et Matthieu. Il n’en est pas question dans le reste du Nouveau Testament. Joseph Moingt constate qu’il n’en est pas question non plus dans la prédication des apôtres, ni dans celle des premiers disciples. On n’en parle pas avant le II° siècle. Il est donc difficile de le considérer comme un élément fondamental de la foi.

John P. Meyer remarque: «Un certain nombre de théologiens catholiques ne considèrent pas la conception virginale de Jésus comme une partie nécessaire de la foi».

L’intention des évangélistes subsiste

Les évangélistes Luc et Matthieu voulaient, par là, attirer l’attention sur l’identité tout à fait particulière de Jésus par rapport à Dieu, identité qu’ils traduisaient par les termes de «Fils de Dieu», ce qui ne signifiait, ni que Dieu lui tenait lieu de père humain, ni qu’il était Dieu lui-même en tant que personne de la Trinité, «Dieu le Fils», notion qui ne sera mise au jour que bien plus tard. «Fils de Dieu» est un titre qui est donné, dans la Bible, à des personnages investis d’une mission de la part de Dieu, une mission divine ; le roi David est dit «Fils de Dieu».

Il est d’ailleurs difficile de voir exactement ce qu’avaient en tête les évangélistes en appliquant ces termes à Jésus. Il leur apparaissait comme étant plus qu’un « envoyé de Dieu » comme il y en avait eu d’autres dans la Bible. Ils se doutaient bien qu’il était d’une façon tout à fait spécifique dans les affaires de Dieu. Faire «descendre» l’enfant Jésus directement de Dieu en Marie devait illustrer cette intuition qu’ils voulaient exprimer.

Le prologue de l’évangile de Jean, qui a eu le temps de méditer plus longtemps que les autres après la mort de Jésus, exprime en termes quasi philosophiques la notion d’incarnation: «Le Verbe s’est fait chair», mais il n’a pas besoin de la naissance virginale pour en parler.

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