Écrire pour Suite101, une école de la pensée?

Lorsqu'il s'agit d'un sujet de réflexion, les exigences rédactionnelles de Suite101 amènent à repenser le sujet de l'article à écrire.
12

Lorsque le sujet de l’article est relativement complexe, philosophique, historique, politique, religieux, les contraintes rédactionnelles de Suite 101 obligent à des reformulations successives et à des réorganisations du propos qui vous font aller plus au cœur du sujet et ainsi à le concevoir de façon plus fine.

Outre l’exigence d’originalité et d’objectivité, il s’agit essentiellement des limites impératives de longueur, du titre, du chapô et de l’ensemble de l’article, ainsi que de l’organisation de celui-ci en paragraphes relativement courts, introduits par des intertitres. Et, pour commencer, avoir à répondre, dans un paragraphe liminaire, aux 5 W (Qui? Quoi? Où? Quand? Pourquoi?), oblige à élaborer une courte synthèse des divers aspects de la question et ainsi à mieux en cerner l’essentiel. L’ensemble de ces contraintes est un facteur de créativité intellectuelle.

L’originalité suppose un acte de pensée

Que le sujet soit original revient à dire qu’il soit pensé à neuf, soit qu’il s’agisse d’un nouvel apport de pensée, soit qu’il s’agisse de présenter de façon nouvelle un sujet déjà connu. Il ne s’agit surtout pas de simplement rapporter des informations trouvées ailleurs, pour lesquelles il suffirait d’indiquer un lien vers la source qui en parle. Un sujet connu est repensé lorsqu’il est repris d’un point de vue nouveau, d’un point de vue personnel, ou en se plaçant du point de vue d’un certain public, ou en faisant un rapprochement avec une autre question, etc. Il est toujours possible de parler de façon originale d’un sujet connu, en le repensant d’un certain point de vue.

Le souci d’objectivité est le gage d’une pensée authentique

Etre compris, non seulement de ceux qui pensent comme vous, mais de ceux qui ne sont pas de votre école de pensée, de votre parti politique, de votre religion, c’est le gage d’un propos universel. Or le propre d’une pensée authentique est d’être universelle. Pour être ouvert à l’universalité, un point de vue original doit se situer par rapport à d’autres points de vue et produire ses sources, ses références. Pour être audible par tout le monde, ce qui est une condition d’authenticité, le propos se garde de tout caractère tendancieux.

Les limites de longueur obligent à des reformulations créatives:

Un titre exactement indicatif d’un contenu complexe, limité à 65 signes, un chapô résumant ce contenu en une phrase de 156 caractères maximum, un texte d’ensemble ne dépassant pas 1000 mots, cela n’est obtenu qu’au prix de reformulations simplificatrices, en jouant sur les synonymes, l’ordre des mots, l’organisation de la phrase, le remplacement d’un substantif par un verbe, la suppression d’un article, d’un adjectif, l’invention d’une formule elliptique, voire l’abandon d’un aspect jugé non essentiel.

A force de travailler ainsi la reformulation pour réduire un texte, on finit par trouver le mot, la tournure de phrase, qui éclaire la pensée, la traduit au mieux; on découvre ce que l’on ne saisissait qu’imparfaitement: «voilà bien ce que je voulais dire».

Paragraphes progressifs, intertitres expressifs, un exercice d’élucidation de la pensée

Toutes les connaissances que l’on voudrait communiquer, les divers aspects d’une question que l’on voudrait mettre en évidence, après les avoir énumérés, il faut les trier pour les réduire, les organiser en une succession de paragraphes faisant ressortir la progression de la pensée, et introduire ceux-ci par des intertitres qui en indiquent le contenu. Cela suppose un effort d’analyse et de synthèse, ainsi que de jugement pour distinguer ce qui est essentiel et ce qui est adventice. Par ce travail on arrive à clarifier pour soi-même ce qui fait la spécificité du sujet et l’on tend à l’exprimer de la façon la plus facile à comprendre, en passant par des étapes successives s’enchaînant le plus naturellement et ponctuées par des intertitres donnant de la respiration. Le soin mis à se faire comprendre fait partie de l’élucidation de la pensée. Une pensée incompréhensible pour autrui se comprend-elle elle-même? A-t-elle un sens?

Obtenir un style dépouillé aboutit à tout dire avec plus de clarté

On gagne en clarté, et on rend la lecture plus agréable, en général, en élaguant, tout en ne supprimant rien de ce qui est essentiel à la compréhension du propos. C’est souvent en simplifiant une formulation qu’elle devient plus claire. Les écrivains de talent éliminent jusqu’à obtenir l’élégance de tournures expressives dans leur raccourci même. Cela met en œuvre une pensée inventive en quête d’expressions concises cernant de plus près le sujet traité.

Des règles rédactionnelles à exporter?

Ces règles rédactionnelles se proposent ainsi comme un exercice de pensée pour les auteurs de Suite 101. Elles pourraient servir de consignes pour les notes de synthèse qui sont demandées dans certains concours (par exemple pour l’entrée à l’École de Guerre), et pour les notes que réclament de leurs collaborateurs les grands décideurs que sont les hommes politiques, les chefs d’entreprise, les officiers généraux, les directeurs de recherche, etc.

Boileau à la rescousse, dans son Art poétique (1674):

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

Polissez-le sans cesse, et le repolissez,

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Sources : www.suite101.fr

Espace auteur/Guides et tutoriels

Sur le même sujet