Jésus et le divorce

Le mariage, dans l'esprit de l'Évangile, n'est pas une obligation sacrée d'indissolubilité, mais un idéal d'amour pour la vie.

Comme tout «commandement», l’indissolubilité du mariage est un principe général. «Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas». Cette parole du Christ (Evangile de Marc, chap. 10) ne vient pas plomber le mariage de Fanchon et Fanchette sous prétexte que le sceau apposé par Dieu dans l’acte sacré du mariage les lierait pour la vie.

Le Christ répondait aux questions des apôtres sur la répudiation. Il les renvoie à la Bible: «Que prescrit Moïse?» Or Moïse prévoit la possibilité légale de la répudiation «à condition d’établir un acte de répudiation». Alors Jésus explique: Moïse a concédé cette possibilité «en raison de l’endurcissement» des cœurs; mais tel n’était pas le dessein de Dieu; et pour illustrer ce dessein de Dieu, il cite le Livre de la Genèse (ch 2, v 24): «Au commencement de la création, il les fit homme et femme; à cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un». Et il ajoute: «Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas!»

On voit qu’il s’agit d’une question de principe: dans l’idée du créateur, selon la Bible, le mariage est une union pour la vie. Mais c’est également une question de principe que de ne pas tuer. «Tu ne tueras pas» est l’un des dix commandements. Or on peut être amené à tuer en cas de légitime défense. Pour l’union de l’homme et de la femme, le créateur définissait un idéal. Il ne visait pas Fanchon et Fanchette en particulier. Ceux-ci, en demandant à l’Eglise de bénir leur union, s’inscrivent dans la perspective de ce dessein de Dieu sur le mariage en général. Mais ils sont peut-être encore bien loin de correspondre à cet idéal. Il ne faut donc pas considérer que, parce qu’ils se sont mariés à l’église, ils se trouvent piégés par un acte sacré qui les lie malgré eux et dont, quoi qu’il arrive, ils ne peuvent pas se dépêtrer, même si leur vie commune devient impossible.

Ce que condamne le Christ, c’est le mépris de l’autre dans le divorce égoïste

Qu’ils aient compris la parole du Christ comme cela ou non, les apôtres sont troublés par cette formule, «ce que Dieu a uni, que l’homme ne se le sépare pas». Ayant alors interrogé à nouveau Jésus sur cette question, ils s’entendent dire: «Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d’adultère». Est-ce que cela signifie que l’homme et la femme mariés sont piégés par le caractère sacré, intouchable, du mariage? Non, il n’est question ni de sacré, ni d’intouchable, mais bien plutôt de condamner le mari qui méprise sa femme, la renvoyant pour en épouser une autre, ou de condamner une femme qui méprise son mari en le renvoyant pour en épouser un autre. Ce qui est condamné par le Christ, ce n’est pas la violation d’une obligation sacrée, c’est le mépris de l’autre.

Dans l’esprit de l’évangile, aucune obligation religieuse n’est opposable au souci de l’humain

L’attitude du Christ, dans toute sa vie et toutes ses rencontres, a toujours été de la plus grande humanité, voulant avant tout guérir, libérer, épanouir, remettre les gens dans leur vérité, les relancer dans la vie. Et cela impliquait de relativiser la religion. De la loi juive du repos le jour du sabbat il disait: «Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat».

L’indissolubilité du mariage comme règle absolue n’est qu’un exemple des avatars de l’esprit de liberté et de respect de l’évangile que l’on a transformé en préceptes sacrés, en raison de la cristallisation du christianisme en religion.

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