Miracles de Jésus, renaissance des personnes plus que prodiges

Ce qu'il y a de réalité historique dans les miracles de Jésus, ce ne sont pas les prodiges, mais la revitalisation des personnes concernées

Jésus avait certainement un don de guérisseur, mais les évangiles le montrent réticent à en faire état publiquement. Quant à l’historicité des miracles sur les éléments de la nature, elle est faible. C’est la libération intérieure des personnes que visait Jésus en s’appuyant sur leur désir de guérison physique.

Réticence de Jésus lui-même à l’égard des miracles

Dans le monde où ont été écrits les évangiles, un prophète devait se faire reconnaître par des miracles, c’était le signe que Dieu était avec lui. On voit des pharisiens demander à Jésus des signes. Mais Jésus refusait d’en donner.

le murmure d’une brise légère

ch. 7, etc.).

Les récits de miracles ont un substrat historique

Les critères d’historicité appliqués par John P. Meier (historien et prêtre catholique) «confirment —écrit-il— de manière impressionnante le caractère historique du fait que Jésus a accompli des actions extraordinaires, reconnues comme miracles par lui-même et par d’autres. Les traditions de miracles concernant le ministère public de Jésus sont déjà largement attestées dans différentes sources et formes littéraires vers la fin de la première génération chrétienne, si bien que, d’un point de vue pratique, une fabrication de toutes pièces par l’Église primitive est impossible» ( Un certain Juif, Jésus, les données de l’histoire, éd. du Cerf, tome II p. 473). Et, ajoute-t-il, «les types de miracles les plus attestés dans les évangiles sont les exorcismes et les guérisons», tandis que «les récits incorrectement étiquetés ’’miracles de la nature’’… semblent avoir été créés par l’Église primitive pour servir différents objectifs théologiques» (p.753). Ces «miracles de la nature», ce sont: la malédiction du figuier, la pêche miraculeuse, la marche sur les eaux, etc.

Au sujet de la multiplication des pains il écrit: «Le récit semble remonter à un repas de Jésus particulièrement mémorable et symbolique, célébré avec une grande foule au bord de la mer de Galilée … et que l’Église primitive a pu interpréter seulement plus tard comme miraculeux» (pp. 752 et 754). De même «la résurrection de Lazare n’est pas une pure création de l’évangéliste», mais «comme pour les autres récits de résurrection, il ne nous est pas possible … de savoir ce qui s’est effectivement passé. Il est possible qu’un récit concernant la guérison par Jésus d’un certain Lazare malade et en danger de mort soit devenu un récit de résurrection» (p. 628).

Jésus un guérisseur comme un autre, mais pour la renaissance d’une personne

Il est significatif que, lorsqu’on lui amène un paralytique —que l’on descend devant lui par une ouverture du toit, à cause de la foule qui l’entoure—, il commence par traiter son malaise intérieur, son «péché»: «Voyant leur foi, il dit : mon ami, tes péchés te sont remis» (5,20). Ce qui lui importe, plus que de guérir, c’est la libération intérieure de la personne. Ce n’est qu’ensuite, pour montrer qu’il ne dit pas n’importe quoi, qu’il exerce son don de guérisseur.

«On est conscient aujourd'hui qu’il y a de nombreuses maladies psychosomatiques. Il y a des cancers qui se déclarent suite à un pardon qui ne peut pas se donner. Et il y a des paralysies physiques probablement liées à des paralysies intérieures» (extrait du site «Cénacle»).

Quant aux démons que Jésus chasse, de quoi s’agit-il? De maladies nerveuses, telle que l’épilepsie, ou de maladies mentales, ou d’une mystérieuse «possession par un démon»? Dans la mentalité de l’époque, les démons sont à l’origine des maladies. Quoi qu’il en soit, il s’agit toujours d’une libération de la personne.

Bonne foi et confiance comme source de la guérison

A de nombreuses reprises, lorsqu’une personne a été guérie, Jésus lui dit: «Ta foi t’a guérie» ou, plus souvent: «Ta foi t’a sauvée».

Ce rôle de la confiance comme source de la guérison est particulièrement mis en évidence dans l’épisode de la femme hémorroïsse, car c’est à l’insu même de Jésus qu’elle est guérie: «Jésus dit: "Quelqu'un m'a touché; j'ai bien senti qu'une force était sortie de moi." Voyant qu'elle n'avait pu passer inaperçue, la femme vint en tremblant se jeter à ses pieds; elle raconta devant tout le peuple pour quel motif elle l'avait touché, et comment elle avait été guérie à l'instant même. Alors il lui dit: " Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix."» (Luc, 8, 44-48).

Michel Benoit (docteur en biologie, théologien, historien), dans son blog, dit que Jésus «s’assure du désir de guérison du malade, de sa confiance ( pistis =équivalemment confiance, ou foi). Jamais il ne lui dit «Je te guéris», mais «ta confiance (ta foi) t’a guérie»… J amais Jésus n’attribue la guérison à son action personnelle. C’est sa confiance (sa foi) qui a guéri le malade, Jésus n’est là que pour l’attester face au malade et à la foule».

Des guérisons inexplicables à la pelle, encore aujourd’hui

Il y a dans toute guérison une part inexpliquée. «Cette part peut varier de 1 à 99% » déclare le professeur François-Bernard Michel, pneumatologue au CHU de Montpellier, interviewé par le journal La Croix (23/11/2004). Il estime que les facteurs subjectifs ont un rôle considérable dans la guérison.

Les évangélistes fabulistes? En lisant La Fontaine, tout le monde comprend qu’une cigogne n’a jamais invité un renard à déjeuner et qu’un corbeau n’a jamais lâché par vanité un fromage face à un renard qui l’a provoqué. De même tout le monde comprend que Jésus n’a jamais marché sur les eaux, mais que ses apôtres, apeurés dans leur barque battue par les vagues, se font une raison en se représentant le Christ venant à eux qui leur dit: «n’ayez pas peur».

Conclusion

Le don de guérisseur dont il se sent investi, il l’utilise pour libérer les gens de leurs handicaps, de leurs maladies, de leurs démons intérieurs, qui les empêchent de vivre. Il ne veut pas passer pour un faiseur de prodiges. La plupart du temps il ne veut pas qu’on en parle. Il ne répond pas aux demandes de miracles comme preuves du label divin de son action. Ce qu’il fait, c’est changer les cœurs, les libérer pour ouvrir la voie à une vie plus humaine, plus fraternelle, plus soucieuse des malheurs et des attentes des gens.

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