Noël: ni naissance de Jésus à Béthléem, ni rois mages

L'imagerie populaire autour de Noël (la naissance à Béthléem, les rois mages, etc.) ne correspond pas aux faits historiques, mais reste le message.
17

Les "mages" dont parle l'évangile de Matthieu ne sont ni rois, ni trois. Le lieu de naissance de Jésus est fort probablement Nazareth et non Béthleem, et, comme on le sait bien aujoud'hui, il y a une erreur sur la date de sa naissance telle que retenue pour le décompte de nos millésimes.

Pas de rois mages

Cherchons le mot « mage » dans Google. Il y a 3.840.000 résultats. Ceux qui viennent en tête concernent souvent ces mages dont parle l’Evangile. Mais très vite, on se rend compte qu’on ne sait pas bien, ni de quel genre de personnages il s’agit, ni d’où ils viennent, ni combien ils étaient, ni comment ils s’appelaient. Les mages, chez les Mèdes, apparaissent comme les membres d’une tribu dont tous sont prêtres. Mais, du point de vue des Grecs, les mages perses étaient des magiciens et des astrologues. Dans la tradition chrétienne, ce sont des rois, ils sont trois, ils s‘appellent Gaspard, Melchior et Balthazar. Mais on apprend en même temps que ni ce statut de rois, ni ce nombre de trois, ni ces noms qu’on leur donne, rien de tout cela ne se fonde sur une quelconque réalité historique.

C’est parce que l’Evangile de Matthieu parle de trois «présents» qu’ils apportent, «de l’or, de l’encens, de la myrrhe», qu’un certain Origène, au IIIe siècle, a dit que ces personnages étaient au nombre de trois, chacun avec son présent à offrir.

Ce n’est qu’au VI° siècle qu’un manuscrit leur attribue les noms qui leur sont restés.

Et c’est par référence à d’anciennes prophéties de la Bible qu’on en a fait des rois. Parlant d’un «messie» à venir, on peut lire, dans le livre d’Isaïe et dans les Psaumes, des phrases telles que: «Les rois de Tarsis et des Iles rendront tribu». «Les rois de Saba et de Seba feront offrandes». «Tous les rois se prosterneront devant lui». Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, il paraît contradictoire que ces personnages soient à la fois rois et mages.

Reste le message

Après tout, tant pis pour les rois mages, si ce n’est pas historique; cela reste une belle histoire. Et reste un message: l’évangéliste Matthieu, le seul qui en parle, signale, avec ces personnages mystérieux venus d’Orient, l’intérêt que pouvait présenter cette naissance à l’extérieur même d’Israël et jusque dans le lointain Orient.

Pas non plus de Béthléem, ni de naissance en l’an 1

Bethléem comme lieu de naissance ne serait pas non plus historique, pas plus que l’an 1 comme date de naissance. On sait bien aujourd’hui que l’an 1 de notre ère n’est pas exactement l’an 1 «après Jésus-Christ», car on est pratiquement sûr qu’il est né 6 ou 7 ans auparavant, c’est-à-dire, selon notre calendrier, en l’an 6 ou 7 «avant Jésus-Christ»!

Quant à Bethléem, c’est le lieu où l’évangéliste Luc le fait naître pour appuyer sa thèse d’une ascendance davidique de Jésus, mais les exégètes le font naître plutôt à Nazareth tout simplement. Bethléem est choisi par Luc comme lieu de naissance car, dit-il, c’est «la ville de David», où était inscrit Joseph (c’est donc là qu’il doit aller pour un recensement organisé par les occupants Romains) et il voulait ainsi montrer que Jésus, appelé «fils de Joseph», était «de la maison et de la lignée de David», c’est-à-dire de lignée royale.

Beaucoup d’autres données sur Jésus n’ont pas de fondement historique

A lire les historiens ou exégètes compétents (par exemple John Meier, Un certain Juif, Jésus, les données de l’histoire , 4 volumes, éd. du Cerf, 2004 à 2009), on voit s’estomper bien des pans de la réalité telle que les Evangiles la présentent: ni fuite en Egypte, ni eau changée en vin lors des noces de Cana, qui serait, d’ailleurs, un récit inventé, ni marche sur les eaux, etc… La liste des « ni » apparaît longue.

Les évangélistes, témoins d’une rencontre indubitable, mais sans prétention historique

Les narrateurs évangélistes n’attachaient pas du tout la même importance que nous à l’exactitude historique. Il leur importait avant tout de témoigner du message du Christ et tout argument susceptible de renforcer ce message, qu’il soit historique ou non, était bon pour appuyer leur témoignage. Leur but était de faire partager leur propre bouleversement d’avoir rencontré une personnalité hors du commun, ce Jésus qu’ils avaient côtoyé pendant un certain temps (s’agit-il d’un an, au minimum, ou de trois ans au maximum? Plutôt trois. Même sur cette durée de l’activité publique de Jésus, on n’a pas de certitude historique).

Sur le même sujet