La Proie

Un braqueur évadé de prison devient l'ennemi public numéro un, lorsque son ancien codétenu se met à lui coller ses crimes atroces sur le dos.

Sortie cinéma le 13 avril 2011

Réalisateur : Eric Valette

Avec Albert Dupontel, Alice Taglioni, Sergi Lopez, Natacha Régnier, Stéphane Debac

Braqueur au regard de tueur

Franck Adrien purge une peine de prison pour braquage. Lui seul sait où l’argent du délit est caché. Sa femme et sa fille attendent sa sortie pour une vie meilleure. Il ne fait confiance à personne et reste la plupart du temps, silencieux, ne se mêlant pas aux autres prisonniers.

Une nuit, trois détenus à la solde d’un surveillant véreux, débarquent dans sa cellule et s’en prennent à Maurel, son discret codétenu, accusé de viol sur mineure.

Adrien se sent obligé d’intervenir. Maurel lui en est reconnaissant. Mais Adrien écope d’une peine supplémentaire et s’attire l’antipathie du gardien et des trois gars. Il sait qu’il doit désormais redoubler de vigilance. Malgré tout, Adrien ne tarde pas à se faire agresser. Il est envoyé à l’infirmerie. C’est là que Maurel vient lui annoncer sa sortie et lui proposer d’aider sa famille. Adrien accepte allant ainsi à l’encontre de tous ses principes.

Le voleur volé

Bien mal lui en prend. Il réalise vite qu’il a fait une erreur et profite d’une nouvelle rixe pour s’évader en tenue de surveillant.

La brigade des fugitifs est immédiatement mise sur le coup. Adrien devient la cible de l’inspectrice Claire Linné. Maurel devient la cible d’Adrien. Et Adrien, celle de Maurel qui entreprend de le faire accuser de ses crimes. Loin de son image lisse et discrète, Maurel est en effet, un redoutable tueur en série qui a kidnappé la fille d’Adrien et mis la main sur le magot du braquage.

La chasse à l’homme est ouverte. Plusieurs chasseurs, plusieurs proies... Justice sera-t-elle finalement rendue ?

Huis-clos

L’univers carcéral étouffant, la violence sous jacente, les visites au parloir déshumanisées. Dès les premières scènes, le ton est donné. Il s’agit d’un film noir et impénétrable, comme les yeux de Franck Adrien alias Albert Dupontel. Ici pas question de l’innocent jugé coupable. Le personnage d’Adrien a un passif lourd qui lui colle à la peau. Un héros abîmé qui peut se montrer implacable si nécessaire. En quelques scènes ultraviolentes, Dupontel et Adrien ne font plus qu’un et le spectateur retient son souffle. On est à la limite de l’asphyxie. Le film vient de commencer.

Chasse à l’homme

La scène d’évasion physique et spectaculaire permet heureusement de relâcher la pression temporairement. Dupontel-qui effectue toutes ses cascades- est bluffant, insaisissable. Il emporte le spectateur dans son sillage, impose son rythme à l’intrigue. Cette fois, plus question de retenir son souffle, au contraire ! L’action est filmée tambour battant à coup de cut. Paradoxalement, plus l’étau se resserre autour d’Adrien, plus sa progression entre les mailles du filet semble fluide.

Un affreux Monsieur-tout-le-monde

A contrario, plus l’intrigue avance et plus le personnage de Maurel devient glaçant ! Il tue comme il achète du lait, sac banane accroché à la taille, chaussures d’écolier attardé aux pieds. On se sent d’autant plus écrasé par le poids de l’innommable que la femme de Maurel-interprétée par Natacha Régnier- est la complice des atrocités de son mari. La tension physique du début laisse alors définitivement place à une tension psychologique insoutenable.

L’un fait courir, l’autre tétanise. Et l’heure de l’inévitable confrontation finale sonne.

Un thriller tétanisant

Une telle expérience cinématographique n’est pas sans conséquences.

Officiellement, on sort lessivé de cette Proie, comme si on avait sprinté aux côtés d’Albert Dupontel pendant 1h42 sans entraînement préalable.

Officieusement, la tête est pleine de scènes choc et de questions existentielles sur une société qui fabrique des tueurs en série comme Maurel.

Plus tard, c’est l’évidence d’un film d’action maîtrisé qui frappe. Un thriller au cordeau qui pourrait valoir à Eric Valette une belle carrière parmi les spécialistes américains du genre.

A propos d’Eric Valette

Toulousain de naissance, Eric Valette est diplômé en sciences et techniques de communication audiovisuelle. Son premier court métrage, déjà un thriller, Samedi, dimanche et aussi lundi remporte le Grand prix du Festival de Cognac en 1999. Maléfique, son premier long métrage, est remarqué à Gérardmer. Après un passage discret aux Etats-Unis pour le remake d’un thriller japonais, il réalise Une affaire d’Etat (2009). En parallèle, il est aussi metteur en scène de sketches pour les Guignols de l’Info sur Canal +.

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