Megamind

C'est connu, la notion du Bien n'existerait pas sans celle du Mal. Mais alors que devient le Grand Méchant, s'il tue malencontreusement le Super Gentil ?
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Un fauteuil pour deux

Alors que sa planète est sur point de disparaître, un nouveau-né à la peau bleue et au cerveau surdimensionné traverse l’espace dans une capsule pour échapper à son tragique destin. Pour tout bagage, il trimballe une tétine et un affreux poisson qui lui sert de nounou. Pendant son voyage interstellaire, il rencontre un autre bébé, lui aussi propulsé vers la Terre.

Deux graines de super-héros dont les parcours bifurquent dès leur atterrissage chaotique à Metrocity. Pendant que l’un déboule dans une famille aisée, aimante et ouverte à tout type de superpouvoir, l’autre est éjecté dans la cour d’une prison d’Etat.

Malgré une vive intelligence et une grande volonté d’être accepté par ses camarades, « petit bleu » alias Megamind apprend toutes les ficelles du parfait criminel. Pendant ce temps, son ex-compagnon d’infortune devient Metroman, le sauveur attitré de la ville. Laissant ainsi le rôle du méchant à Megamind qui trouve enfin un sens à sa vie.

Méchant 1 – Gentil 0

Dès lors, les attaques de Megamind contre Metroman rythment le quotidien des habitants de Metrocity. Et chaque fois le même scénario : Megamind s’évade de sa prison et enlève la journaliste Roxanne Ritchie. Metroman se précipite pour la sauver et bat Megamind qui se retrouve de nouveau incarcéré.

Jusqu’au jour où par erreur, Megamind tue Metroman.

La ville est atterrée. Megamind est euphorique. Le Mal triomphe enfin. Megamind impose illico sa dictature maléfique à la population. Mais au bout de quelques semaines, Megamind commence à s’ennuyer. Malgré ses dons polymorphes, ses marottes destructrices et Roxanne qui lui tient tête, des questions existentielles l’assaillent. Que devient un Génie du Mal sans super héros à défier ?

Qu’à cela ne tienne, Megamind décide de recréer un Gentil à partir de l’ADN de Metroman. Malheureusement, son super plan est loin d’être au point et le cobaye, loin d’être le candidat idéal... De méga-complications en perspective surtout, lorsqu’au milieu du chaos, l’amour pointe le bout de son nez...

Super antihéros

Bandes dessinées, dessins animés, longs métrages, produits dérivés, etc. Depuis les années soixante, le super héros a été vu, revu, scruté, corrigé, relooké... Son succès n’a jamais été démenti mais le genre est désormais très balisé. Dans ces conditions, difficile de trouver un angle nouveau, même en 3D.

Choisir le « Méchant » comme personnage principal et faire du super héros une tête à claques presque antipathique s’avère une idée intéressante. Cela dit, un film d’animation comique qui oblige le spectateur à cautionner son propre côté obscur, est bien plus attrayant encore.

Certes, Megamind a un faux air de martien belliqueux à la Tim Burton ( Mars Attacks ! ). Mais il est bleu, une couleur pacifique. Il est mégalo, monomaniaque, gesticulant et évidemment porté sur les mauvaises actions. Mais il est drôle, attachant, ingénieux et même séduisant sous les traits de l’humain Bernard. Un équilibre fragile, savamment maintenu tout au long du film en partie grâce à la 3D qui plonge le spectateur au cœur de l’action incessante et colorée, le forçant délicieusement et sans aucun scrupule, à encourager Megamind dans ses actions les plus viles.

Des voix magiques

Evidemment, tout a été prévu pour que le processus d’identification au vilain soit agréable. Notamment un casting vocal minutieusement étudié, stratégie marketing des Studios par ailleurs essentielle au succès d’un film d’animation. En effet, qui oserait nier le capital sympathie et le potentiel comique de Will Ferrell (vo) et de Kad Merad (vf) ?

Drôle mais...

Les divers ingrédients du parfait film d’animation sont donc subtilement dosés pour que Megamind reçoive un excellent accueil public. D’ailleurs, c’est a priori le film familial de fin d’année 2010. Mais à y regarder de plus près, les nombreuses références aux films de super héros passés (en particulier Superman), la critique acerbe de notre société (attentisme, sécuritarisme) et une large partie des blagues-dont une irrésistible concernant la campagne d’Obama- sont inaccessibles aux moins de dix ans qui risquent de trouver le temps et les gesticulations de Megamind un peu (trop) longues.

A propos du réalisateur Tom McGrath

Tom McGrath travaille dans l’animation depuis plus de vingt ans. Après avoir occupé divers postes dans des films comme Space Jam (animateur principal), Comme Chiens et Chats (concept et storyboard) ou The Grinch (storyboard), il se lance dans l’interprétation de voix ( Souris City, Shrek le troisième ) puis la réalisation. On lui doit les deux énormes succès Madagascar et Madagascar 2 , dans lesquels il est aussi la voix du chef des pingouins.

Sortie dans les salles françaises le 15 décembre 2010

Réalisateur : Tom McGrath

Avec les voix américaines de Will Ferrell, Brad Pitt, Tina Fey, Jonah Hill, David Cross, Ben Stiller.

Avec les voix françaises de Kad Merad, Franck Dubosc, Géraldine Nakache, Charles Pestel, Pierre Tessier.

Site officiel : www.megamind.fr

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