Requiem pour une tueuse

Le manoir isolé, la blonde glaciale, les meurtres, l'empreinte des grands maîtres du genre marque le premier polar de Jérôme Le Gris
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Au cinéma le 23 février 2011

Réalisation : Jérôme Le Gris

Avec Mélanie Laurent, Clovis Cornillac, Tcheky Karyo

Un dernier contrat

Lucrèce est jeune, belle et dotée d’une voix magnifique. Elle aurait pu être chanteuse lyrique, elle a choisi d’être tueuse à gages pour le compte du mystérieux Arménien, insaisissable commanditaire de meurtres indécelables.

Or malgré ses talents criminels et le succès indéniable de son dernier contrat, la jeune femme s’essouffle. Elle aspire à une vie rangée, elle rêve de s’occuper de sa fille et de ne plus cacher son métier à ses proches.

Mais l’Arménien ne l’entend pas de cette oreille. Il doit faire liquider Alexander Child, un riche héritier écossais pour le compte d’une multinationale pétrolière. Il a donc besoin de Lucrèce et de son arme favorite, le poison, pour un meurtre propre et rapide.

Huis-clos étouffant

L’héritier en question est en effet, la tête d’affiche d’un récital lyrique, dans un manoir en Suisse. Or, qui mieux que la jeune femme pourrait chanter à ses côtés ? Lucrèce accepte ce dernier contrat. Elle entre dans la peau d’une chanteuse lyrique pour le week-end.

Mais Lucrèce ignore que les services du contre-espionnage français ont également infiltré l’orchestre. Rico, leur agent, doit empêcher le meurtre et arrêter le tueur après l’avoir identifié.

Un jeu de chat et de souris commence dès lors pour Alexander Child qui ignore tout du danger qui pèse sur ses épaules, Rico à qui le temps manque et Lucrèce qui trouve ses plans perpétuellement contrecarrés.

De morts suspectes, en trahisons et rebondissements, c’est désormais chacun pour soi.

Hitchcock ou Christie...

Lorsque tout le monde se met à suspecter tout le monde, on ne peut s’empêcher de penser aux livres d’Agatha Christie et aux films d’Alfred Hitchcock, chacun maître en la matière dans deux styles différents.

Jérôme Le Gris plonge en effet, ses spectateurs dans une noirceur réjouissante, peuplée de personnages inquiétants qui vont vivre un chassé croisé trépidant. Et comme ses illustres prédécesseurs, Le Gris utilise le manoir comme un personnage. Il est immense et devient pourtant vite étouffant. Il laisse les personnages s’emmêler avant de refermer le piège sur eux. Pour cela, le directeur du festival représente le bras du manoir qui s'abat sur ses proies.

Le choix scénaristique de donner au spectateur une longueur d’avance sur les personnages est dès lors, jouissif. On sait quand les protagonistes sont ignorants. En cela, on s’éloigne de l’atmosphère décrite par Christie pour effleurer un autre type de policier classique populaire (Columbo).

Et la musique lyrique d’apporter finement une dimension d’autant plus angoissante, le climax musical correspondant au point culminant de l’histoire, comme dans bien des films de Monsieur Hitchcock.

Une femme fatale

Pour honorer la mémoire des maîtres, il fallait aussi que le rôle de Lucrèce soit particulièrement léché. Mélanie Laurent se révèle particulièrement vénéneuse tout en provoquant l’empathie du spectateur. Elle est femme fatale dans tous les sens du terme, blonde platine aux yeux bleus évoluant dans des décors de couleur rouge et noir, rappelant le sang, la noirceur des gens et le meurtre.

Sa blondeur glaciale, sa présence, relègue les autres personnages au second plan. Le policier est d’ailleurs longtemps perçu comme l’antihéros et la victime, finalement laissée en retrait. On n’est pas tant curieux de savoir s’il va mourir que si Lucrèce va sortir indemne de cette dernière mission à hauts risques... La preuve que l’on peut construire un bon polar moderne en reprenant les classiques du genre.

A propos de Jérôme Le Gris

Issu de l’école Louis Lumière, Jérôme Le Gris a réalisé trois courts métrages et écrits plusieurs scénarii avant de mettre au point le scénario de "Requiem pour une Tueuse". Il avoue volontiers être fan du cinéma d’Alfred Hitchcock et avoir souhaité suivre ses traces en réalisant ce film.

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