Dissertation : méthode de l'exercice royal du bac à l'université

Du collège, en passant par le bac et jusqu'à l'université, l'élève doit se plier à la composition. Sa méthodologie reste souvent incomprise et malmenée.
5

La France est le pays qui impose l'apprentissage de cet exercice le plus tôt dans le cursus de l'élève. Alors qu'on le réserve aux cycles universitaires dans bien des pays, on commence dès le collège à initier les élèves français à cet art. Histoire, français, philosophie, économie, bien des matières exigent que l'on maitrise ce format académique sur lequel on se casse souvent les dents, et qui fait trembler dès le baccalauréat.

Thèse, antithèse, synthèse

Qui n'a pas entendu ces trois mots en guise de recette imparable ? Soit, c'est un début. Si l'on suit la dite recette, la dissertation consisterait donc a exposer une thèse, puis son contraire dans une seconde partie, pour finir par un savant mélange des deux positions dans une troisième partie. Si l'on se laissait aller à la caricature un brin sarcastique : versons de l'eau chaude d'un côté, de l'eau froide de l'autre, puis finalement mélangeons les deux pour en faire une eau tiède qui satisfera tout le monde. C'est oublier que la dissertation est une démonstration, visant à atteindre une position, une interprétation, et non un consensus. Le coeur de la dissertation, c'est sa problématique.

Un sujet = une problématique

Inutile de chercher à articuler une pensée ou à rédiger un texte avant d'avoir compris le sujet et d'en avoir dégager l'essence : sa problématique. La problématique est une traduction du sujet en question, à laquelle on s'évertuera de répondre.

Un professeur de latin de la Sorbonne Nouvelle, aurait, il y quelques années, donné pour sujet à ses étudiants en histoire romaine "Rome et Super Man". Un sujet, quatre mots, et une consternation qui se répéta d'étudiant en étudiant, d'année en année, les veilles de partiels, dans une terreur proche de la panique collective. Pourtant, comme n'importe quel sujet, on peut s'en sortir en recherchant sa problématique (il n'en existe d'ailleurs pas qu'une pour chaque sujet !).

Prenons ce sujet atypique pour exemple. Que cherche-t-il à mettre au jour ? Rome d'un côté, Super Man de l'autre : quelle question, à laquelle on s'attèlera à répondre, peut émerger de ce sujet ? Il faut alors analyser chaque partie de l'intitulé :

  • Rome, et dans le cas de ce cycle universitaire, celle des 12 Césars
  • Super Man, super-héros de comics et de cinéma contemporain

Il en va de même pour tous les sujets. 50% de la réussite d'une dissertation tient à la problématique qu'on aura su dégager du sujet. Pour cela, il s'agit de toujours se demander à quelle question on souhaite nous voir répondre au-delà d'un sujet, qu'il soit absurde, sibyllin ou long comme le bras. Reste alors à construire son plan pour répondre à cette question.

Disserter, c'est faire progresser la pensée au fil d'un texte

Bien mener un dissertation c'est répondre à sa problématique en parvenant à en envisager tous les angles et tendre vers une réponse. Les trois parties canoniques ne sont guère négociables.

La première partie doit servir à poser des postulats, les éléments les plus évidents, et les décortiquer. La seconde doit faire progresser la première partie, soit en apportant des nuances et de nouveaux angles de lecture, soit en présentant une critique des éléments exposés et expliqués. On n'y cherche donc pas l'opposition à tout crin : non, on attend pas "je dirai tout dans ma première partie, puis tout son contraire dans la seconde". La troisième partie doit permettre au rédacteur de mener son lecteur vers ce qu'il souhaite démontrer, vers la réponse qu'il souhaite apporter à la question posée par la problématique. Elle doit enrichir et dépasser les propos des deux premières parties. Pour reprendre le sujet cruel évoqué plus haut, on pourrait grossièrement mener les choses ainsi (bien qu'il y ait une infinité de développements possibles) :

  1. Guerriers, demi-dieux, hommes providentiels : de Rome à nos jours le héros existe.
  2. Comme les romains, l'image du héros existe dans nos sociétés, mais diffère par la non-religiosité du phénomène ainsi que par la proportion réalité/fiction.
  3. Mythologie antique, mythologie moderne : une constante aux différents visages.

La conclusion : cerise sur le gâteau

Une conclusion ne doit pas :

  • n'être qu'un résumé de la dissertation
  • être le paragraphe où l'on donne la réponse à la problématique, c'est la fonction de la troisième partie

A lire, ouvrage de référence depuis 1965 ! "L'Art de la Dissertation", D. Huisman aux éditions SEDES

Sur le même sujet