Front de gauche : l'héritier des collectifs antilibéraux

Jean-Luc Mélenchon, intronisé candidat du Front de gauche par le Parti communiste, n'a pas créé cette dynamique de rassemblement. Quelles sont ses racines ?
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Le Front de gauche sera donc représenté par Jean-Luc Mélenchon lors de l'élection présidentielle de 2012. Le but affiché de l'homme : rassembler autour d'un programme de gauche, anti-libéral, et profondément réformateur, toutes les forces de gauches qui voudront s'y joindre. Le Parti communiste, en s'alliant à cet élan, en devient un moteur, s'en veut et le garant et le grand bénéficiaire dans les urnes.

Un parti né de la précédente présidentielle

L'élan du Front de gauche n'est, de fait, pas né avec Jean-Luc Mélenchon. La campagne présidentielle de 2007 a en effet connu un trublion : les Collectifs.

Dans chaque département, par groupes, des citoyens, rarement adhérents de partis politiques, des élus, des encartés, des intellectuels, des gens de terrain, des hommes et des femmes de gauche se sont rassemblés pour réfléchir et travailler. Leur but : repenser la politique, la dé-professionaliser, la tourner de nouveau vers le bien commun et la rendre aux citoyens. 125 propositions chiffrées, validées par des économistes, toutes orientées dans le sens de la répartition des richesses, de la protection de tous, et la réforme du système.

L'autodestruction des collectifs

Ce sont les partis, invités à participer à la réflexion et au travail, qui ont fait chuté les collectifs au moment de la nomination d'un candidat unique. Sa désignation devait être démocratique : votée au sein des collectifs. Sentant que Marie-Georges Buffet, candidate à la candidature, ne serait pas élue, le Parti communiste impose sa dirigeante. Jean-Luc Mélenchon vient de quitter le Parti socialiste et est lui aussi candidat avec une dizaine d'autres.

Intronisée par le putch communiste, Marie-George Buffet n'est cependant pas la candidate légitime des collectifs qui se reportent sur une candidature de José Bové. Les dissidents des partis, communistes et LCR unitaires notamment, restent à la fois dans les collectifs et dans leurs partis en soutenant Bové... avec l'insuccès que l'on sait.

L'autodestruction est donc toute relative : c'est la minorité encartée qui a fait basculé le mouvement. La force-vive citoyenne, elle, aura une nouvelle fois été balayée par la politique des partis. La victoire de Nicolas Sarkozy finira de réduire à peu l'espoir et la force des collectifs.

2012 vers une Front de gauche uni ?

Pour la première fois en France, le Parti communiste a choisi un non communiste pour le représenté à l'élection présidentielle. Les erreurs du passé semblent porter du fruit. C'est cependant à cette date le seul parti "institutionnel" qui fasse ce choix courageux. Les socialistes, forts de leur position dominante au sein de la gauche, et préoccupés de leurs primaires plus que du reste, ne souhaitent naturellement pas s'allier et former un groupe uni et éligible. Olivier Besancenot a quant à lui renoncé à représenté le NPA en 2012, mais il n'a pas pour autant renoncé à la logique de parti qui tue dans l'oeuf toute possibilité d'union.

Mélenchon, un problème ?

L'une des lignes fortes qui sous-tend le programme du Front de Gauche et qui animait la pensée des Collectifs, c'est la dépersonnalisation du pouvoir et de la politique. Comment, à toutes les échelles de responsabilité, un seul homme ou une seule femme peut-elle avoir les compétences, le temps, l'intelligence, le discernement, la connaissance de la théorie autant que celle du terrain ? Et comment accepter d'être représenté par un égo plus que par des idées ?

Le spectacle médiatique qu'offre Mélenchon n'est cependant guère dans les clous. Beaucoup de coups de gueules sans discours de fond, peu de chiffres, plus d'altercations avec la presse que de déclarations fortes sur le programme... tout ceci agace les uns, inquiète les autres. Mais monsieur Mélenchon se souviendra, on l'espère, une fois la campagne véritablement lancée, tout l'espoir qu'il porte et qu'il doit porter s'il veut que les urnes parlent pour lui.

Perspectives

Une interview de Jean-Luc Mélenchon dans Politis qui lui offre sa une en juin 2011 nous donne l'occasion de découvrir le programme du Front de Gauche et les mesures qui suivraient son arrivée au pouvoir. Enfin du fond et un discours politique étayé, sobre, et responsable. Il y envisage avec réalisme ce qui pourra être mis en place rapidement et ce qui demandera du temps, la consultation du peuple, un changement de république.

Actuellement semé dans les sondages, le Front de gauche peut réserver encore beaucoup de surprises dans les mois à venir, particulièrement face à un PS déchiré et atone.

A lire :

Les 125 propositions des collectifs anti-libéraux de 2007 (à lire en ligne ou télécharger)

Interview d'Olivier Besancenot mai 201 1

Le Blog de Jean-Luc Mélenchon

Politis

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