Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Oui, indignons-nous !

Stéphane Hessel surprend avec plus de 600 000 exemplaires de son "Indignez-vous" déjà vendus et 5 retirages. Indignons-nous aux côtés de cet homme de paix.

Né à Berlin en 1917, d'une famille de souche juive polonaise, déporté dans les camps, évadé, rejoignant Londres et la Résistance en mai 1941 : c'est cet homme de 93 ans, qui sans désespoir, mais avec force, demande aujourd'hui aux générations héritières des sacrifices des résistants, du programme du Conseil national de la résistance, de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, de s'indigner.

Indignez-vous !

Trois euros, 28 pages, un petit ouvrage que l'on voudrait offrir ou distribuer comme des tracts, tant il sonne juste.

Si sa carrière diplomatique a permis à Stéphane Hessel d'agir et de résister, c'est peut être moins à une révolution immédiate qu'il appelle qu'au réveil des consciences, avant toute autre chose. Rappeler aux générations oublieuses d'où elles viennent : cette France exsangue en 1945, qui pourtant a su panser ses plaies en créant, par exemple, la sécurité sociale. Toutes ces grandes avancées sociales qu'aujourd'hui, dans un pays 40 fois plus riche qu'en 1945, nous nous laissons retirer une à une, écrit-t-il.

Un jour, des hommes et des femmes se sont indignés, et ont résisté, fusse au prix de leurs vies, pour que les générations futures vivent dans un monde plus juste. Ils ont écrit un programme politique, celui du Conseil National de la Résistance , qui parmi d'autres mesures prévoyait que les banques, la production, les assurances, la presse, etc. servent le bien commun et la justice sociale.

L'indignation comme motif de Résistance

Comme le dit Stéphane Hessel, "l'indignation est le motif de la résistance", son carburant, sa raison. Cet homme de paix pourrait, à de nombreux titres, être désespéré par ce que les générations qui l'ont suivi, ont fait du combat qu'il a mené aux côtés de la résistance, puis auprès de toutes les forces de paix et de justice sociale. Pourtant, c'est avec espoir qu'il lance un véritable appel : Indignez-vous ! Autrement dit, ouvrez les yeux et voyez autour de vous l'injustice grandir, les idéaux se perdre, les acquis gagnés au prix du sang être foulés au pied. Voyez-les, vous vous indignerez, alors, et alors seulement, vous voudrez résistez.

Circonstances atténuantes, accordées à nos générations avec une bienveillance qui peut paraître étonnante, Hessel nous dit qu'il était facile d'identifier l'objet de l'indignation en 40 : l'occupation et le nazisme. Il nous dit même que s'indigner pour l'Algérie était facile. Plus qu'aujourd'hui parce que : les causes étaient identifiables, moins intriquées, plus lisibles en somme.

S'indigner aujourd'hui n'est possible qu'en comprenant globalement le monde et ce qui s'y trame de terrible : c'est comprendre les collusions entre le pouvoir, l'économie, la presse. C'est comprendre que le monde est ordonné, gouverné, pour l'intérêt du plus petit nombre et non plus du bien commun.

Les détracteurs

La critique de cet appel ne s'est pas faite attendre. "Stéphane Hessel enfonce des portes ouvertes", lit-on ça et là. Le bon sens et la simple observation du monde qui nous entoure donnerait plutôt envie de conclure que Stéphane Hessel tente d'enfoncer des portes bel et bien fermées, voire verrouillées de l'intérieur.

L'évocation de la cause palestinienne, pour laquelle Hessel a beaucoup oeuvré, a de même provoqué les réactions radicales habituelles dès que l'on touche au sujet. Pourtant, s'il parle de l'insupportable condition des Gazaouïs, il dit aussi que l'on peut défendre la cause des Palestiniens sans pour autant nier l'idée d'un Etat d'Israël.

Analyse d'un succès

Ceux qui ont tenté, avant Noël, d'acheter Indignez-vous en 5 ou 6 exemplaires pour les offrir ont compris à quel point ce petit livret se vendait vite. Il s'agit pourtant d'un opus politique, et non pas d'un roman attendu ou d'un best-seller annoncé. La petite maison d'édition Indigène n'en revient pas, les libraires non plus.

Le succès de ce petit ouvrage tient probablement à la sincérité vibrante et à la légitimité de Stéphane Hessel à lancer cet appel. Gaulliste de la Résistance, il ne reconnaît pourtant plus dans notre société les grandes valeurs qui devraient présider. Humble et bienveillant, il tente au travers de ses propres engagements de nous faire comprendre ce qui est en train de se déliter sous nos yeux. Plein d'espérance, il appelle chacun à résister, essayer, même pour de petites choses, en tous lieux, et peu importe si cela ne marche pas, dit-il. Il faut juste, sans se décourager, lutter pacifiquement, tomber, recommencer.

"Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous, d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l'histoire et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, vers plus de liberté mais pas cette liberté du renard dans le poulailler. Ces droits, dont la Déclaration universelle a rédigé le programme en 1948, sont universels. Si vous rencontrez quelqu'un qui n'en bénéficie pas, plaignez-le, aidez-le à les conquérir."

Loin de cette charité organisée (Resto du coeur, Téléthon...) assumant les devoirs de l'Etat qui s'en réjouit, dans ce monde où la "solidarité" vient supplanter les droits (à la santé, à la sécurité alimentaire, au logement, etc. ) Stéphane Hessel fait sonner le cor du rassemblement des troupes : résister est une manière d'être un Homme, c'est une façon de voir le monde et de le vivre. C'est un combat que chacun peut mener. Il nous le dit, avec douleur et confiance.

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