Légalisation du cannabis : enjeux, bénéfices et dangers

Légaliser le cannabis, à chaque élection, certains partis le proposent ou le promettent après étude. Quels sont les enjeux et les conséquences possibles ?
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Comme on le sait, les législations diffèrent d'un pays à l'autre concernant l'usage, la culture, et la vente de cannabis. La France a toujours considéré le cannabis comme un stupéfiant et condamné pénalement sa culture, vente et consommation. Malgré cela, certains enfants de mai 68, pour ne citer qu'eux, militent, politiquement, pour un légalisation à différents degrés.

Pourquoi vouloir légaliser le cannabis ?

La première des raisons invoquée par les pro-légalisation est non pas l'innocuité, mais le peu de différences qu'il y a entre les nuisances du cannabis et celles occasionnées par l'alcool ou le tabac. L'argument est faible car souvent mal étayé (peu d' études sérieuses sur les bienfaits ont été menées) et il ignore les études qui cherchent -et trouvent- les effets nocifs d'une consommation régulière : inhalation de 4 à 6 fois plus de goudrons et monoxyde de carbone que le tabac, troubles sensibles de la mémoire immédiate, potentiel de déclenchement d'états psychotiques chez les sujet prédisposés. Ceci étant, il est difficile de considérer les effets de l'alcool ou du tabac comme moins nocifs et moins dommageables pour une société.

L'argument politique est probablement le plus frappant et raisonnable. Légaliser le cannabis, de sa culture à sa consommation, dynamiterait une économie parallèle, illégale, et qui échappe de fait à tout contrôle. L'Etat pourrait en effet sortir ce marché du banditisme et de l'argent sale.

Plus encore, dès lors qu'un produit devient légal, autorisé à la vente et la consommation, il est, de fait, contrôlé : quel consommateur de cannabis sait (à moins de le cultiver lui-même) ce qu'il fume précisément ? Sait-il de quelle filière provient le produit qu'il consomme ? Sait-il quel réseau son argent alimente ? Non. Le marché et le produit restent nimbé de ce secret intimement lié à l'illégalité. Une culture du cannabis encadrée (comme toute autre culture) par l'Etat pourrait garantir et la nature du produit et sa provenance. Dans cette configuration, l'Etat jouerait un rôle de protection du consommateur et d'assainissement d'un marché tenu par des mafias diverses.

La médecine est, elle aussi, sur les rangs. Les application médicales et les recherches encore menées ont convaincu jusqu'au Etats-Unis. Les vertus analgésiques, antispasmodiques et anti-nauséeuses ont été les premiers effets constatés, notamment dans le cadre des chimio-thérapies. Les plus récentes découvertes démontrent même des vertus anti-cancéreuses , le cannabis faisant régresser les tumeurs. Bien entendu, le cadre est ici plus restreint que celui d'une légalisation totale, ne s'appliquant qu'à la prescription médicale.

Pour finir, du côté du consommateur, c'est le droit à disposer de sa personne, sans nuire à quiconque, qui est revendiqué. La comparaison avec la consommation d'alcool et l'inégalité de traitement avec la consommation de cannabis est le fer de lance de l'argumentation sur le sujet : certains sont saouls chaque soir sans pour autant avoir à craindre la justice, pourquoi un consommateur de cannabis ne pourrait-il pas fumer chaque soir sans être inquiété ?

Pourquoi refuser la légalisation du cannabis ?

C'est la médecine et la santé publique qui sont cette fois au premier rang de l'opposition à la légalisation. Les effets nocifs sont mis en avant pour prouver que la légalisation n'est souhaitable en rien : possibilité de troubles du comportement, possibilité de troubles psychologiques et psychiatriques graves chez les sujets prédisposés, apathie et cas de dépression chez les plus gros consommateur, manque d'études sur les effets à long et très long terme de la consommation régulière de cannabis (le THC, substance psycho-active du cannabis, est liposoluble et stockée dans les graisses du corps humain pendant un certain temps, et l'on en ignore les conséquences à long terme). Le principe de précaution s'applique alors.

D'un point de vu sociétal, la consommation légale d'alcool et de tabac sont déjà largement remises en cause et placées sur le banc des accusés. Pour les anti-légalisation du cannabis, la question se pose alors en ces termes : nous avons déjà deux substances nocives en vente et consommées légalement avec les effets dévastateurs qu'on leur connaît : pourquoi alors en ajouter une troisième avec le cannabis ?

Le dernier argument massue des détracteurs de la légalisation est la croyance d'un passage quasi mécanique de la consommation des drogues douces à celle des drogues dures. Or, s'il a certes été constaté que les consommateurs de drogues dures ont majoritairement commencé par des drogues douces, la conversion des fumeurs de cannabis aux drogues dures n'est, elle, absolument pas prouvée par les études.

Une situation paradoxale

La culture, la vente et la consommation de cannabis est illégale en France. En revanche, la vente de graines depuis l'étranger et leur détention est tolérée (tant que rien ne pousse). Dans les villes ou sur Internet, les boutiques destinées aux consommateurs de cannabis sont pléthores. On y trouve tout le matériel nécessaire pour cultiver soi-même ses plans ainsi que des accessoires pour consommer le cannabis sous toutes ses formes et tous les modes, le plus souvent sous couvert de vente d'articles pour fumeurs de tabac. L'illégalité ne semble donc pas empêcher la consommation de ces substances interdites, ni freiner l'économie et le commerce afférant.

Dès lors, la véritable question est : la légalisation augmenterait-elle drastiquement la consommation de ces substance psychotropes et quelles seraient les conséquences sur la santé publique ?

Bilan et perspectives

Les enjeux économiques, le manque d'études complètes et les enjeux de société rendent la question de la légalisation du cannabis complexe et probablement insoluble en l'état. Les pro-légalisation militent trop sur le terrain de la liberté individuelle en ne creusant pas les autres aspects d'une telle mesure. Le discours des anti-légalisation est souvent manichéen et pauvrement étayé.

Dans les deux cas, la question reste en suspens et n'est pas traitée comme elle le devrait. Car, en marge de ce questionnement, les vendeurs vendent, les consommateurs consomment sans cadre, sans contrôle, au sein d'une économie et de flux financiers colossaux qui échappent à l'Etat , et qui en plus de cela, participent à la grande délinquance et au blanchiment d'argent sale.

Entre l'éradication d'un marché illégal, le contrôle du produit et de la production, et le risque de la légalisation, la France ne semble pas prête à trancher cette véritable question de société.

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