François Hollande à la recherche de son image présidentielle

Après un premier meeting de campagne convaincant au Bourget le 22 janvier, le candidat du P.S. aurait-il réussi à donner un sens à sa candidature?

Il semble que le rituel initiatique du premier grand discours, lorsqu’on est candidat à la présidence de la république, consiste moins dans l’exposition d’un programme concret que dans la consolidation du lien entre un leader et ses partisans, entre une ambition individuelle et le destin d’une nation. Ainsi, le discours du candidat François Hollande, à l’image de l’engagement politique de l’homme, tend à s’inscrire dans un récit national et républicain, ayant pour fonction de fédérer le camp socialiste tout en présidentialisant sa posture. Si la figure tutélaire de sa campagne reste François Mitterrand, dont l’élection de 1981 est un moment clé de sa propre histoire politique, la sémantique, elle, a changé, dans la mesure où la finance n’est plus l’ennemi, comme c’était le cas pour Mitterrand, mais l’adversaire. "Mon véritable adversaire, c'est le monde de la finance" clame F.Hollande, "il ne sera jamais candidat, et ne sera donc jamais élu. Et pourtant, il gouverne ( lemonde.f r). Le rapport au capitalisme a évolué. En ces temps de crise, la droite comme la gauche prône le nécessaire contrôle de la finance. Dès lors, le clivage idéologique ne se joue plus sur le pro- ou l’anti-capitalisme, mais sur les moyens à mettre en œuvre pour résoudre les problèmes sociétaux. François Hollande, qui se voudrait le "président de la fin des privilèges", revendique la justice comme principe moteur de sa volonté de présidence et guide de son action réformatrice. L’appel à la solidarité et à la protection au niveau européen contre les dérives du système financier devrait commencer, selon lui, par la séparation des activités de crédit de spéculation, l’encadrement des bonus et des stocks options, la mise en place des taxes sur les transactions financières, et l’interdiction des "produits financiers sans lien avec les nécessités de l’économie réelle" ( lemonde.fr )

"Le candidat de l’espérance lucide" (Aimé Césaire)

François Hollande propose également "l'élaboration d'un nouveau traité franco-allemand" pour fonder "une Europe de croissance, de solidarité, de protection" ( lemonde.fr ). Outre ces mesures, il promet, au niveau national,une réforme fiscale alliant la remise en question des "allégements de l'impôt sur la fortune" et le projet de porter "à 45 % la tranche de l'impôt sur le revenu pour ceux qui touchent plus de 150 000 euros. Et pas d'avantage fiscal au-delà de la somme de 10 000 euros de diminution d'impôts par an" ( lemonde.fr ). Des annonces populaires donc, qui devraient créer un consensus aussi bien dans le monde de la finance que dans le camp de l'extrême gauche. Pourtant, le politologue Gérard Grunberg prévient: "On mélange inégalité et inefficacité". Selon lui, faire payer les riches serait juste, mais ne suffirait pas à solutionner efficacement les problèmes économiques ( c-dans-l-air ). Néanmoins, la mise en avant de la justice comme gage d’efficacité trouve un écho très favorable dans l’opinion française, à l’image de l’égalité, l’autre valeur phare du récit républicain de François Hollande à propos de ce qu’il nomme " La France du rêve ", arguant que "chaque nation a une âme. L'âme de la France, c'est l'égalité" ( lepoint.fr) . Reprenant les mots d’Aimé Césaire (lenouvelobs 19-25/01), il se définit comme "le candidat de l’espérance lucide", et s’engage à restaurer ce qui a été dégradé tant au niveau du pouvoir, qu’au niveau de la société. "Ce n’est pas l'égalitarisme, c'est la justice; ce n'est pas l'assistanat, c'est la solidarité. Les Français n'ont rien à craindre de l'égalité, de la redistribution", affirme F.Hollande, qui promet ainsi des mesures favorisant l’accès au logement pour tous, telles que la mise à disposition par les "collectivités locales (de) tous ses terrains disponibles dans un délai de cinq ans", et le doublement du plafond du livret A pour contribuer au financement des logements sociaux ( lepoint.fr) .

Cap sur la moralisation et la recherche d’authenticité de la fonction de président

Comment le candidat Hollande tend à ancrer son image présidentielle non seulement dans son histoire personnelle : "Je remercie (…) ma mère parce qu'elle m'a transmis ce qu'il y a de plus beau, l'ambition d'être utile : la gauche je l'ai choisie, je l'ai aimée, je l'ai rêvée" ( lepoint.fr) , mais également dans la moralisation et la recherche d'authenticité de la fonction de président, revendiquant " une simplicité qui n'est pas une retenue mais la marque de l'authentique autorité mon secret, que j'ai gardé depuis longtemps : j'aime les gens quand d'autres sont fascinés par l'argent" ( lemonde.fr ). L’analyste financier Jean-François Gilles explique en quoi "il faut qu’il y ait un consensus (car) qui dit action collective, partage de l’effort, dit morale (…). Dans son discours (François Hollande) s’est positionné comme quelqu’un de moral qui allait essayer de traiter cette passe difficile pour tous avec le plus d’honnêteté et de sincérité" ( c-dans-l-air ). Sans jamais le nommer, le candidat de gauche stigmatise habilement la présidence et la personnalité de Nicolas Sarkozy, et construit son image de président sur une autre vision du pouvoir et de la fonction. "Il ne se voit pas comme un homme providentiel. Mais comme un guide porté par un élan collectif" (lenouvelobs 19-25/01). Vainqueur sur le plan de la popularité, l’enjeu était pour Hollande de renforcer sa crédibilité. En effet, "le problème pour lui, c’était de donner raison aux gens qui avaient envie de voter pour lui mais qui ne savaient pas bien pourquoi…sans doute avec le Bourget, il leur aura donner des arguments", explique Gaël Sliman, directeur du pôle opinion de BVA, dont un sondage, publié le 23 janvier dans Le Parisien-Aujourd’hui, indique que F.Hollande domine ses adversaires sur " 7 des 9 thèmes testés : "Pauvreté et précarité", "Pouvoir d'achat", "Chômage", "Ecole et éducation", "La croissance économique", "Les impôts et les taxes" et "La dette publique en France " ( francetv.fr ). Selon cette même enquête, N.Sarkozy "s’effondre de 32 points". Grâce à ce discours de posture, le candidat de la gauche semble avoir gagné la bataille de la crédibilité comparée, l’UMP devrait donc logiquement cesser de se concentrer sur son problème de leadership pour s’attaquer à sa capacité à faire et au programme chiffré révélé jeudi 26 janvier.

"La France n'est pas un problème, la France est la solution" (François Hollande)

Citant Nicholas Shakespeare (La vision d'Elena Silves), Hollande déclame : "ils ont échoué parce qu'ils n'avaient pas commencé par le rêve." "Le rêve, c'est la confiance dans l'avenir, la démocratie qui sera plus forte que les marchés, que l'argent, que les croyances, que les religions. Le rêve, c'est... la promesse républicaine autour de l'école, de la laïcité, de la dignité. C'est le creuset qui permet d'être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c'est une force, c'est le projet que je vous propose" ( lepoint.fr ). Lyrique, François Hollande vient d'interpréter le premier acte de sa "promesse républicaine", donnant à sa candidature une tonalité consensuelle et crédible. Imposant son tempo politique, il orchestre fortissimo sa victoire au deuxième tour et relègue au pianissimo les critiques de ses adversaires. Même si sa présidentialisation n’est plus une simple fiction socialiste, la question, d'un autre Shakespeare, "to be or not to be" président reste suspendue à la réponse d’une nation, qui voudrait bien voir, un jour, se réaliser le rêve d’avenir meilleur que les politiques font pour elle dans leurs meetings de campagne…

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