Hollande Président : Un changement... de gouvernance

Le Président de la France, élu avec 51, 62% des voix, remporte une victoire nette mais sans ampleur dans un contexte national et international critique

"Le changement, c'est maintenant" serait non seulement le slogan gagnant de cette élection présidentielle du 6 mai 2012, mais également le modèle de gouvernance voulu par François Hollande, qui ne laisse pas de place aux effusions et promet l’enclenchement des principales réformes dès les 100 premiers jours. "Ici dans notre pays, sans même attendre le renouvellement de l'Assemblée nationale, j'engagerai, avec les nouveaux ministres et le nouveau gouvernement, les premières mesures contre la finance et pour la réforme bancaire". Ces mots prononcés lors du discours au Bourget le 22 janvier ( lenouvelobs.com ), de même que la décision de faire siéger l’Assemblée nationale durant une session extraordinaire cet été, comme lors de l’élection de 1981, pourrait s’expliquer par la volonté de profiter de l’état de grâce post-élection afin de soumettre des projets emblématiques au Sénat et ce, avant même d’obtenir la majorité à l’Assemblée nationale lors des élections législatives des 10 et 17 juin. Plus qu’un état de grâce, Roland Cayrol, directeur de recherche à Sciences-Po Paris, parle en fait "d’état d’attente sympathique", lequel serait de courte durée puisque "c’est à la rentrée de septembre octobre que les choses vont commencer à changer"( c-dans-l-air.fr ). Or, tant les problématiques nationales, comme la probable reconsidération des promesses électorales suite à un audit des comptes publics, tant l’exposition internationale prochaine, notamment en mai lors des sommets du G8 et de l’Otan aux Etats Unis, avant la réunion extraordinaire à Bruxelles, et le G20 en juin, pèsent déjà sur le calendrier présidentiel. Contrairement à la tradition socialiste, le redressement des finances prend l’ascendant sur la redistribution des richesses, ainsi "le premier acte de la nouvelle législature consistera à adopter, pour l'ensemble du quinquennat, un strict échéancier d'économies budgétaires afin de ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013 et à l'équilibre en 2017"( lenouvelobs.com ).

Une majorité honorable adhère au " Hollandisme "

Le report des voix sur François Hollande, soit 80% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 34% de ceux de François Bayrou, et 14% des voix de Marine Le Pen ( Ipsos.fr ), ont permis l’élection du nouveau Président avec un score solide. Une majorité de Français, composée notamment de 56% des moins de 35 ans, 58% des ouvriers, 62% des chômeurs, mais aussi 52% des professions libérales, a donc choisi de croire dans le changement socialiste. Les réformes économiques et sociétales promises, comme les 60 000 nouveaux emplois dans l’éducation, la proposition de taxer à 75% les revenus supérieurs à 1 million d’euros, ou la relance de la production industrielle pour favoriser la croissance et l’emploi, ancrent les futures actions présidentielles dans un cadre voulu clairement socialiste. Ainsi, François Hollande "revendique la continuité comme condition de crédibilité, et (…) regrette la culture d'autodénigrement que pratiquent nombre de socialistes à l'égard de leur parti"( lemonde.fr ). Justice sociale, jeunesse et Europe sont les leviers majeurs du Hollandisme, qui ne compte pas faire table rase du quinquennat précédent, comme le souligne Michel Sapin, responsable du projet présidentiel, qui a déclaré: "A quoi servirait-il de se lancer dans une bataille d'abrogation?", tout en précisant qu' "Il y a quelques lois emblématiques sur lesquelles il faudra revenir", comme la "circulaire Guéant" sur les étudiants étrangers, les peines planchers ou la réforme territoriale" ( lemonde.fr ). La présidence normale sera socialiste et ses propositions concernant l’ajout d’un volet de croissance au pacte budgétaire européen et une plus stricte régulation de la finance européenne et mondiale semblent, pour l’instant, positivement reçues par des gouvernances plus conservatrices en Europe et dans le monde, les marchés eux-mêmes faisant preuve d’une clémence temporaire. A noter l'observation de Jacob Funk Kirkegaard, analyste dans le New York Times, qui explique: "Les marchés n’attaqueront pas la France uniquement parce que François Hollande est socialiste"( france24.com ).

Le changement… de gouvernance

Le temps politique de la nouvelle présidence française est bel et bien tributaire de la politique économique européenne et mondiale. Dès lors, on peut se demander si une autre politique économique est possible, ou si le choix de François Hollande répond principalement à une volonté de changement de style et de gouvernance. Le politologue Dominique Reynié explique ainsi : "Les Français le savent bien. Ils peuvent changer de style présidentiel (…) de type de présidence, d’exercice de la fonction, d’interprétation, mais ils sont bien conscients, compte tenu de leur niveau d’information et de préoccupation, qu’en ce qui concerne le déficit public (…) il n’y a pas de baguette magique"( c-dans-l-air.fr ). Certes, François Hollande a pu crédibiliser le fait qu’une autre gestion de la crise est nécessaire, l’austérité ne pouvant répondre seule à la question du déficit, il a su incarner un autre possible, en confrontation avec le modèle "merkosy", déclarant que son "premier déplacement sera pour rencontrer la chancelière d'Allemagne et pour lui dire que nous devons ensemble changer l'orientation de l'Europe vers la croissance et dans le lancement de grands travaux"( lenouvelobs.com ). Mais, n’est-ce pas aussi un anti-sarkosysme intime qui explique la victoire du candidat Hollande ? Or, selon Roland Cayrol, "Il y a eu une évolution au fil des derniers mois. Au départ (…) il fallait d’abord battre Nicolas Sarkozy (…). On a vu un vote d’adhésion s’ajouter à ça, voire même le surpasser"( c-dans-l-air ). Certains sondages semblent aller dans ce sens, et révèlent que 55% des électeurs déclarés de Hollande votent "parce (qu'ils souhaitent) qu'il devienne Président de la République" contre 45%, "parce (qu'ils ne souhaitent) pas que Nicolas Sarkozy soit réélu Président de la République", tandis que parmi les électeurs déclarés de Nicolas Sarkozy, 46% répondent voter Sarkozy "parce (qu'ils souhaitent) qu'il reste Président de la République" et 54% "parce (qu'ils ne souhaitent) pas que François Hollande devienne Président de la République"( sondages-en-france.fr ).

Une élection sur des valeurs

Dans son discours du Bourget, Hollande définit le nouveau modèle de gestion des affaires publiques : "Pas un instant nous ne resterons inactifs. Le quinquennat ne sera pas une volte-face, un zigzag, une contradiction. D'ores et déjà, nous savons où nous voulons aller. Nous connaissons les temps, les périodes, les rythmes"( lenouvelobs.com ). Au-delà du clivage idéologique, le nouveau président doit œuvrer pour imposer une nouvelle forme de gouvernance en contradiction avec le pacte émotionnel de l’ancien hyper-président. Il a déjà choisi un positionnement gagnant "le président normal", contredisant le style pour le moins antagoniste de Nicolas Sarkozy, décrit dans une somme d'articles, parue dans Le Monde, comme à la fois "un sujet "affranchi" de nombreux tabous, un individu vibrionnant qui, à travers une inconstante "sincérité de l’instant" (D.Bertrand et J.L.Missika), dessine une nouvelle figure du pouvoir qui joue l’émotion contre la raison, s’adresse aux pulsions davantage qu’aux institutions (...) (J.Attali). Ou bien, au contraire, qui restera dans l’histoire comme un extraordinaire marqueur du temps présent (G.Sorman)" (N Truong, Le Monde, 13 mars 2012). En quoi les méthodes de gestion sont, toujours, déjà, de l’action politique, ou comment elles ne relèvent pas de la simple formule ou du style, mais portent un contenu politique? En fait, c’est à coup d’emblèmes et de slogans tout autant qu’à coup de corpus idéologiques que se joue la bataille pour le pouvoir. Du "Ensemble, choisissons la France", slogan de l’UMP pour les législatives, au "Donner une majorité au changement" socialiste, de la Merkozy (Merkel-Sarkozy) à Homer (Hollande-Merkel), il reste à espérer que le peuple français et européen n’aura pas à prononcer le célèbre « d'oh! » du héros des Simpson, ajouté à l’Oxford English Dictionary comme "expression de frustration après la prise de conscience que les choses ont mal tourné ou de façon imprévue, ou que l'on a fait ou dit quelque chose de stupide"… ( wikipedia.org )

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