Iran-Israël : la rhétorique de guerre est enclenchée

De la bataille diplomatique à la guerre ouverte, les démonstrations de force entre Iran et Israël s'intensifient.

Tandis que le président Obama a réitéré ce mardi, lors de la 67e Assemblée générale de l’ONU, la menace que représente la détention de l’arme nucléaire par l’Iran, pour l‘existence d’Israël, la sécurité des pays du Golfe, et la stabilité économique mondiale, confirmant une fois de plus que "les Etats-Unis feront ce qu'ils doivent faire pour empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire", tout en disant vouloir "résoudre ce dossier par la diplomatie"( leparisien.fr ), le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, continue de multiplier les déclarations d’une possible attaque unilatérale contre les installations nucléaires iraniennes, déclarant mardi : "Je vais rappeler à la communauté internationale qu'il est impossible de tolérer que le pays le plus dangereux du monde se dote de l'arme la plus dangereuse au monde"( lepoint.fr ). Quant à l’Iran, son commandant en chef des Gardiens de la révolution, le général Mohammad A. Jafari, a mis en garde l'Etat hébreu et son allié américain: "La guerre finira par arriver mais il n'est pas certain quand et où elle aura lieu". "S'ils commencent (l'agression), cela conduira à leur destruction"( lenouvelobs.fr ). La possibilité d’un conflit armé ouvert, jusqu’alors qualifié de "bluff" par les dirigeants iraniens, contredit les efforts de la diplomatie internationale, les cinq membres du Conseil de sécurité et l'Allemagne, ayant une fois encore "évoqué la nécessité pour l'Iran d'agir d'urgence", selon les mots de Catherine Ashton ( lenouvelobs.fr ), et ce d’autant plus, que des exercices de simulation de guerre ont déjà été mis en œuvre aux Etats-Unis. En effet, "l'armée de l'Air américaine recourt à des exercices de simulation grandeur nature pour réapprendre à ses pilotes (…) à affronter des ennemis bien équipés", et à "faire face à des situations similaires à celles qu'ils pourraient rencontrer si les Etats-Unis décidaient un jour de bombarder des installations nucléaires enterrées en Iran ou en Corée du Nord"( 20minutes.fr ). A cela s’ajoutent les "manœuvres navales sous commandement américain (…) dans le Golfe du 16 au 27 septembre, associant une vingtaine de pays, [auxquelles] succéderont, fin octobre, les manœuvres conjointes israélo-américaines "Austere Challenge 12" [qui] donneront lieu au déploiement sur le territoire israélien de batteries antimissiles américaines"( lemonde.fr ).

Seulement six à sept mois séparent désormais l’Iran de la bombe atomique

Après une guerre de l’ombre poursuivie depuis des années, qu’il s’agisse des assassinats ciblés en Iran de cinq savants atomistes et d'un général responsable du programme de développement de missiles à longue portée, ou de la cyberattaque dont l’Iran dit avoir été victime avec le déploiement du virus "flame", une cyberarme découverte en mai dernier qui aurait affecté les réseaux iraniens ces dernières années, le déploiement visible de stratégies militaires témoigne d'une accentuation des moyens dans la démarche dissuasive. L’Amérique voudrait ainsi, tout en renforçant la pression, continuer à jouer la carte de l’endiguement grâce à un régime de sanctions internationales et à l’embargo pétrolier, ayant pour effet de précipiter la chute du régime sans avoir recours à l’intervention militaire. Mais, B.Netanyau vient de réclamer jeudi à l'ONU l'établissement d'une "ligne rouge claire", arguant que l’IRAN a déjà 70% du matériel nécessaire, alors qu'il suffit d'en avoir 90% pour assembler la bombe. Selon le premier ministre, " au printemps prochain, au maximum l'été prochain au rythme où ils poursuivent actuellement l'enrichissement (...). Ils pourront passer à l'étape finale". "Ils n'ont besoin que de quelques mois, peut-être quelques semaines avant d'avoir suffisamment d'uranium enrichi pour la première bombe"( lenouvelobs.fr ). Le secrétaire américain à la défense, Leon Panetta, avait parlé d'un délai "d'un peu plus d'un an", Washington jugeant par ailleurs qu'une attaque ne ferait que retarder le programme de deux ou trois ans, provoquant une nouvelle guerre dans la région. Mais, au-delà de ce différend concernant le calendrier et la stratégie à adopter, la conviction que l’Iran veut se doter de la bombe semble partagée par les deux pays. Selon Robert Malley, Directeur du Programme Moyen-Orient à l’International Crisis Group: "il est très possible que l’Iran soit déterminé à continuer son programme nucléaire coûte que coûte (…). L’Irak n’avait pas de bombe nucléaire, le régime de Sadam Hussein a été renversé, Kadhafi a arrêté son programme d’armes de destruction massive, renversé, (contrairement à) la Corée du nord toujours là, le Pakistan et l’Inde, toujours là"( france24.fr ).

Une menace existentielle pour Israël

Jusqu'à présent, les résolutions de l’ONU demandant l’arrêt de l’enrichissement, tant que la nature pacifique du projet nucléaire iranien n’est pas reconnu, n'ont pas été respectées. Ainsi, dans son dernier rapport, l'Agence Internationale à l’Energie Atomique affirme qu’elle "continue à vérifier le non-détournement de matières nucléaires déclarées dans les installations nucléaires et les EHI déclarés par l’Iran (...) mais, étant donné que l’Iran n’apporte pas la coopération nécessaire (…), elle n’est pas en mesure de donner des assurances crédibles quant à l’absence de matières et d’activités nucléaires non déclarées en Iran, et donc de conclure que toutes les matières nucléaires dans ce pays sont affectées à des activités pacifiques."( iaea.org ). L’une des principales zones d’ombre concerne le site militaire souterrain de Parchin, situé à trente kilomètres de Téhéran, et soupçonné par l’AIEA de disposer d’"un conteneur pour tester des modèles d'explosion applicables à des armes atomiques"( lemonde.fr ). Incapable d’accéder au site, l’Agence observe l’activité de Parchin grâce à des images satellitaires, dont les dernières, obtenues en août 2012, "montrent que le bâtiment abritant la cuve de confinement est en grande partie enseveli". Officiellement, l’Iran disposerait de "189,4 kg (...) d’UF6 enrichi jusqu’à 20 % en Uranium 235". Or, une fois l’enrichissement d’uranium 235 effectué à 20% selon les limites fixées par l’AIEA, il n’est pas difficile de l’enrichir aux 85 % nécessaires à la fabrication d'ogives nucléaires. Les Iraniens auraient donc déjà virtuellement la possibilité de produire des bombes, si son intention n’est pas comme il le prétend de mener à bien un programme strictement civil. A cela s’ajoute le problème du site de Fordo, creusé à 90 mètres de profondeur dans une montagne, destiné à accueillir des milliers de centrifugeuses de nouvelle génération, où l'Iran a déjà doublé sa capacité d'enrichissement d'uranium. La question de l’intensification de la production de combustible, ainsi que l’ensevelissement des sites, entravent fortement une résolution exclusivement diplomatique du conflit. Selon Camille Grand, Directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, quelque soit le cas de figure, "la capacité technologique de se rapprocher du seuil nucléaire militaire", "la possibilité d’avoir une bombe clandestine", ou le fait de "devenir une puissance nucléaire ouvertement et sortir du protocole de non prolifération", il y a "une menace existentielle" pour Israël" ( france24.fr ).

"L’une des peurs serait que les Etats-Unis soient poussés à finir le travail" New York Times

Ainsi, le risque d’un conflit ouvert est devenu une réalité dans l’opinion israélienne. Selon un sondage, 61% des juifs israéliens s'opposent à une attaque contre l'Iran sans l'accord des Etats-Unis. Mais, Israël a-t-il réellement besoin de l’allié américain? Le pays a déjà élaboré le scénario d'une guerre de 30 jours sur plusieurs fronts, qui pourrait faire environ 500 morts, et jouit d’une expérience militaire en solitaire dans la région, avec la destruction du réacteur nucléaire irakien à Osirak en 1981, et les attaques chirurgicales contre un réacteur syrien en 2007. Néanmoins, dans le cas iranien, un premier obstacle consisterait dans le survol de l’espace aérien par au moins 100 avions sur plus de 1000 km. Ainsi, pour attaquer les cibles déjà déterminées par Israël, soit "quatre sites nucléaires majeurs – les facilités d’enrichissement d’uranium de Natanz et de Fordo, le réacteur d’eau lourde de Arak et le site yellowcake-conversion d’Isfahan", il existe "trois routes potentielles : par le nord à travers la Turquie, par le nord à travers l’Arabie Saoudite, ou prendre la voie centrale à travers la Jordanie et l’Irak"( nytimes.com ). Le débat est lancé depuis des mois à Washington sur l’aide militaire à apporter à Israël pour renforcer sa crédibilité stratégique au travers de vente d’armes, telles que les bombes anti-bunker GBU-31, et d’avions citernes ravitailleurs nouvelle génération, promis par les Etats-Unis au premier ministre Nétanyahou, à la condition qu’il n’y ait pas d’attaque contre l’Iran cette année. Selon le New York Times: "L’une des peurs serait que les Etats-Unis soient poussés à finir le travail"( nytimes.com ). Mais, d’une manière ou d’une autre, l'Amérique serait l'unique pays à pouvoir apporter une solution militaire en cas de conflit ouvert, dans la mesure où elle dispose déjà des bombes anti-bunker, répondant au doux nom de “Massive Ordnance Penetrator”, spécialement dessinées pour l’Iran et la Corée du Nord. Espérons donc qu’aucun Penatrator américain n’ira vérifier l’adage : ”Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais je sais qu'il n'y aura plus beaucoup de monde pour voir la quatrième”, dont l’auteur, un certain Albert Einstein, avait plus d’un atome de bon sens…

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