Résolution de la crise malienne : un enjeu diplomatico-militaire

La communauté internationale continue de privilégier une solution politique au conflit nord malien tout en organisant les futures opérations militaires

Le projet de soutien à l’intervention d’une force militaire africaine afin de reconquérir le Nord Mali, qui est aux mains, depuis huit mois, des touaregs du mouvement islamiste d’Ansar Dine et de ceux du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), a fait l’objet d’un accord européen, lors d‘une réunion des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles le 19 novembre. C’est la première étape du processus politico-militaire préalable au lancement d’une opération de formation des soldats de l'armée malienne, avant l’adoption en décembre d’un nouveau principe européen de gestion de crises (CMC). La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a ainsi déclaré: "Nous sommes très inquiets de la dégradation de la situation au Mali, et notamment de la situation humanitaire qui empire (...). Nous sommes déterminés à aider le Mali. Le conseil a appelé toutes les parties à établir une feuille de route pour une transition rapide. Cela permettra de reprendre la coopération au développement. Le cadre du rétablissement de la sécurité sera défini par le conseil de sécurité de l'ONU" ( dw.de ). Il ne sera pas question pour l’Union européenne de participer directement aux combats, mais bien de déployer 250 formateurs dès janvier prochain, pour former quatre bataillons de 650 soldats maliens. Bien que les Etats-Unis et l’UE définissent les buts et les objectifs de l’opération militaire, il est prévu également de recourir à la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Cette dernière a élaboré un plan d'opération adopté par les chefs d'état-major d'Afrique de l'Ouest et validé par les dirigeants politiques de l’Union Africaine. Sous le nom de Micéma (Mission de la Cédéao au Mali), ce plan "prévoit que quatre pays - le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Togo - déploient chacun un bataillon d'infanterie d'environ 400 à 500 soldats au Mali"( rfi.fr ). Il permettrait ainsi à l’UE et aux Etats-Unis de restreindre leur champ d’action à la planification militaire, à la formation, au financement, et à l’approvisionnement en armes, tout en donnant "un visage africain" à l’intervention, limitant par la même les pertes en vies humaines et en blessés aux seuls soldats africains.

C’est encore la voie de la négociation qui est privilégiée

La résolution 2071 du Conseil de Sécurité donne "suite à la demande des autorités de transition du Mali tendant à ce qu’une force militaire internationale apporte son concours aux forces armées maliennes en vue de la reconquête des régions occupées du nord du pays" et invite "les États Membres et les organisations régionales et internationales, y compris l’Union africaine et l’Union européenne (...) à fournir aux forces maliennes leur aide et leur savoir-faire, en vue de rétablir l’autorité de l’État sur tout le territoire ( un.org ). Néanmoins, il faudra compter sept à huit semaines de formation pour chaque bataillon de l'armée malienne, soit un délai de six mois d’entraînement à partir de janvier 2013, date probable du déploiement des premiers formateurs occidentaux. Au-delà des délais techniques incompressibles, c’est encore la voie de la négociation qui reste privilégiée dans les prochains mois par la communauté internationale. Ainsi, lors d’une conférence de presse, le 20 novembre dernier à Rabat (Maroc), Romano Prodi, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahel, a déclaré: "une action militaire dans le Nord du Mali ne sera possible qu’en septembre 2013 (...). Ma mission c'est de faire tout pour la paix et éviter la guerre (...) pour la recherche d'une solution politique au Mali et dans le Sahel" ( jeuneafrique.com ). Outre, la logique internationale d’une solution politique, de nombreux problèmes se posent quant au coût, le budget de la mission européenne est estimé autour de cinq à six millions d'euros, à la sécurité des contingents occidentaux sur place, mais également, aux chances de réussite de la mission. Ainsi, les militaires américains jugent l’effectif africain insuffisant pour neutraliser le noyau dur des combattants du nord du Mali, soit entre 800 et 1 200 hommes. "Il est peu probable que 3 300 soldats d'Afrique de l'Ouest parviennent à réussir une opération militaire au nord du Mali, un terrain difficile pour eux car ils connaissent mal le désert et son climat", explique Andrew Mc Gregor, spécialiste du Mali à la Fondation Jamestown de Washington, ajoutant que "ces soldats s'exposent aux mêmes revers que ceux essuyés cette année par les forces régulières du Mali face aux insurgés du nord"( pressafrik.com ). A cela s’ajoute les conséquences du coup d'Etat du 22 mars sur l'armée malienne, telles que la dissolution d'unités et la perte d'équipements militaires. Selon Andrew Mc Gregor: "Il y a aussi des conflits au sein de l'armée malienne, entre les forces spéciales, les bérets rouges, et le reste de l'armée (...), l'idée de demander à cette armée malienne, un ensemble très hétérogène d'un point de vue ethnique, d'être en première ligne au nord du Mali, c'est aller droit dans le mur" ( rfi.fr ).

Le projet de concept stratégique pour la résolution de la crise malienne

La diplomatie européenne a néanmoins conditionné son aide au gouvernement malien, qui devra présenter une feuille de route à l’UE, dans laquelle il s’engage à rétablir l’Etat de droit et la reprise de contrôle des civils sur l’armée ; à organiser des élections grâce à un soutien financier et à une mission d’observation électorale ; à mettre en place un dialogue national "ouvert" avec toutes les forces du pays, notamment avec les "groupes armés, non terroristes qui reconnaissent l’intégrité du territoire malien", soit les mouvements touaregs Ansar Dine et du MNLA, mais pas ceux d’Aqmi et du Mujao ; enfin, à enquêter sur l’ensemble des exactions commises depuis le début de la crise, au nord et au sud du pays, notamment celles survenues à Diabali les 8 septembre et 24 octobre 2012 ( bruxelles2.eu ). Durant les prochains moins, l'objectif consiste donc à obtenir un accord-cadre dans lequel les Touaregs du MNLA renoncerait à l'indépendance de l'Azawad, tandis que le mouvement islamiste d’Ansar Dine abandonnerait le principe d'instauration d'une république islamique avec application de la charia, rompant ainsi avec les groupes terroristes d'Aqmi et de Mujao. Les deux groupes rebelles pourraient alors devenir des interlocuteurs crédibles pour négocier avec le pouvoir malien, lequel, issu d’un putsch en 2011, reste fragile et manque de légitimité. Pourtant, les Etats occidentaux, craignant que la prise de contrôle par les Islamistes radicaux du Nord Mali puisse envoyer un signal fort en faveur de soulèvements dans d’autres régions, ne peuvent laisser les terroristes islamistes s’installer aux portes de l’Algérie et donc de l’Europe. Dès lors, sans vouloir intervenir directement dans la région et être taxés d'impérialisme, l'Union Européenne et ses allés se préparent au possible échec des négociations entre les acteurs régionaux. Selon Amandine Gnanguênon, chargée d'études à l'IRSEM, "l'intervention militaire semble donc être une solution sur le court terme qui aurait pour principal objectif de déloger AQMI et les différents groupes criminels du Nord Mali. Derrière le terme "intervention", il s'agit bien d'éliminer les groupes armés terroristes qui menacent les populations. La sanctuarisation du Nord Mali par ces groupes est une menace non seulement pour les pays frontaliers (risques de rapprochement avec d'autres acteurs comme Boko Haram au Nigeria), mais aussi pour les pays sur l'autre versant de la Méditerranée et pour l'ensemble de la Communauté internationale"( lemonde.fr ). Malgré les tergiversations internationales, les puissances occidentales se sont accordées sur le principe de "qui veut la paix prépare la guerre" pour venir en aide à l'armée malienne, et résoudre le problème avec diplomatie les armes à la mains.

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