Chirurgie esthétique : la course effrénée à la perfection

Le recours au bistouri se démocratise pour corriger des défauts physiques, améliorer son apparence. Quelles sont les motivations de ceux qui sautent le pas?
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«La beauté est quelque chose de socialement inscrit dans la société. Le goût est construit. La beauté d’aujourd’hui est différente de celle de la Renaissance.» Pour Gianni Haver, sociologue de l’image et historien des médias à l’Université de Lausanne, la beauté est en constante redéfinition. «D’ailleurs, Marilyn Monroe aurait probablement dû perdre quelques kilos pour faire carrière aujourd’hui.»

Depuis toujours, l’Homme intervient sur son corps pour le sublimer. En effet, les transformations corporelles (tatouages, …) sont très anciennes. «Les progrès de la médecine, couplés à une société capitaliste, ont créé un besoin, un marché pour la chirurgie esthétique.» La société d’aujourd’hui accorde une importance de plus en plus grande à la beauté. Autrefois des bijoux, une voiture ou la maison suffisait à prouver sa «beauté».

Chirurgie esthétique: une pratique qui reste cachée

Les transformations liées à la chirurgie esthétique sont désormais considérées comme sûres et acquises. En Suisse, les proches ne sont plus étonnés de voir des personnes y recourir et ne considèrent plus ces personnes comme des tricheurs. Toutefois la beauté reste liée au naturel et la publicité pour la chirurgie esthétique met toujours en avant ses résultats «naturels».

Les personnes qui y ont recours évitent le plus souvent d’en parler. Ou quand elles le font, elles se sentent obligées de se justifier. «C’est probablement dû à une certaine retenue helvétique, à notre héritage protestant. C’est encore mal vu car l’idée de triche est sous-jacente. Au Brésil au contraire, on aborde le sujet comme si on était allé chez le coiffeur. Cette pratique est clairement intégrée et elle est un symbole de richesse et d’un statut social élevé.»

Des opérations de plus en plus banales

Les facteurs qui amènent à recourir à la chirurgie ou la médecine esthétique (botox, peeling, etc.) sont multiples. D’abord, il y a des motifs liés à un défaut qui implique de faire de la chirurgie reconstructive: «Ce type d’interventions est globalement bien accepté par la société. D’ailleurs, on ne voit plus personne avec des oreilles décollées! Dès la Première guerre mondiale, en France, ces interventions réparatrices étaient prises en charge pour les mutilés du visage que l’on appelait les ‘gueules cassées’.» Ensuite, la baisse des coûts et la multiplication de lieux dédiés a rendu cette pratique accessible au plus grand nombre.

«En Suisse, nous avons les Rolls de la chirurgie. Mais les classes moyennes se rendent dans les pays de l’Est ou du Magreb non seulement pour des raisons de tarifs mais aussi parce que cela leur permet de rentrer dans un cocon pour sortir papillon en évitant l’étape du bandage devant les collègues de travail.» La métamorphose du vilain petit canard en un magnifique cygne est ainsi cachée et facilitée.

Beauté: une société sous influence

Les médias et la société influencent aussi clairement l’image que chacun se fait de la beauté ainsi que la démocratisation de la chirurgie esthétique. En effet, que ce soit dans le milieu professionnel ou même tout simplement dans la rue, très vite chacun est classé selon qu’il est beau ou non. A compétences égales, une personne au physique agréable trouvera plus facilement un emploi.

Dans le monde politique aussi, la beauté revêt aussi une importance particulière. «La beauté est un capital supplémentaire pour les personnalités publiques. Cela a clairement été le cas pour Obama et peut-être encore plus pour Kennedy lors de son débat face à Nixon.» Et Gianni Haver d’ajouter : «Les médias montrent régulièrement Berlusconi sortant d’une clinique de chirurgie esthétique et les bourrelets de Sarkozy sont effacés grâce à Photoshop.» Le professeur cite encore toutes ces émissions de téléréalité qui misent uniquement sur la beauté pour faire de l’audience, voire, aux Etats-Unis, qui proposent directement des programmes de chirurgie esthétique. Par ailleurs, en présentant des mannequins filiformes et infantilisés qui ne sont plus que des «cintres», les médias valorisent une beauté presque mystifiée, irréelle, et ce, par Photoshop interposé. «Le chirurgien esthétique est le Photoshop de la réalité.»

Une standardisation de la beauté

«Si une personne se sent mieux en se faisant refaire le nez, on ne peut pas la blâmer. Mais d’un autre côté, c’est aussi une fumisterie qui risque de conduire à une standardisation de la beauté. A ouvrir la boite de Pandore, le risque est de dépasser la frontière entre le beau et le trop, comme l’ont fait Mickaël Jackson ou Lolo Ferrari. Pour certains, cela ne sera jamais assez beau et la démarche en deviendrait presque pathologique.»

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