Les TIC, un secteur en pleine expansion notamment en Suisse

Comprendre les enjeux des technologies de l'information et de la communication, c'est aussi identifier le potentiel du secteur. Rencontre avec Laurent Haug.

En tant que fondateur des conférences Lift, Laurent Haug œuvre au quotidien à comprendre les enjeux et le potentiel des technologies de l’information et de la communication (TIC). Chaque année, les conférences Lift, qui se tiennent notamment à Genève, à Lyon et à Marseille, explorent les implications économiques et sociales des technologies. Elles attirent des milliers de personnes venues du monde entier pour suivre l'actualité des TIC. Interview.

Laurent Haug, que recherchez-vous à travers ces conférences?

Les utilisateurs ont tendance à s’emparer de certaines technologies et à en bouder d’autres de manière souvent assez inattendue. Je pense par exemple au SMS, dont on pensait qu’il s’agissait d’un service annexe et qui est devenu un canal de communication très intime. A l’inverse, alors qu’on croyait beaucoup dans la visiophonie, elle n’est pas utilisée. Ce qui m’intéresse, c’est donc de comprendre et d’observer ces usages pour faire en sorte que les innovations ne soient plus subies, qu’elles deviennent des opportunités et non des dangers.

Quel est le potentiel des technologies de l’information et de la communication (TIC) en Suisse?

C’est une vaste question! Je pense que nous faisons face à une situation un peu bizarre dans laquelle les entreprises qui réussissent ont tendance à quitter le pays pour s’installer dans la Silicon Valley pour toucher un marché plus grand et homogène. Les entreprises sont freinées par un marché très petit et très fragmenté. Les startups et les grosses entreprises doivent travailler ensemble pour augmenter les transferts de technologies. C’est un peu ce qui se passe autour de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne avec un rapprochement entre le monde académique, la recherche et le business pour aboutir à des produits et des services matures pour aller sur les marchés.

Mais alors que faut-il faire pour que les entreprises restent ou viennent s’installer en Suisse?

Il faut mettre en avant la qualité de vie dans le pays pour attirer de nouveaux talents. La Suisse pourrait être une très bonne base pour beaucoup d’entreprises. Ce qui est assez étonnant, c’est que si les petites entreprises quittent le pays, les grosses sociétés, comme par exemple Cisco, HP ou Yahoo, viennent s’y installer. Il faut trouver des moyens pour permettre aux entrepreneurs de rester en Suisse plus longtemps. Il y a déjà un certain nombre d’initiatives telles que les clusters, notamment Alp ICT pour les TIC, ou encore Venture Kick, les startups weekend et les incubateurs. Les espaces de coworking, comme l’Eclau à Lausanne et la Muse à Genève, sont aussi très intéressants. Mais il faut aller encore plus loin et continuer à encourager l’entreprenariat.

Est-ce facile pour une startup suisse de s’installer et de se distinguer dans les TIC?

Non, pas du tout. Le problème tient clairement dans la taille du marché, puisqu’il est difficile de vendre ses produits et ses services localement. Mais c’est aussi un avantage, dans le sens où il y a aussi moins de concurrents. Elles obtiendront donc plus facilement de l’aide et seront très vite médiatisées. Dans la Silicon Valley, pour chaque niche de marché, il y a déjà une multitude de startups. Elles ont plus de mal à se distinguer. Cette difficulté protège donc aussi les entrepreneurs en phase émergente.

Quels sont les secteurs porteurs dans les TIC?

Il y a d’abord «le real-time web», c’est-à-dire le filtrage en temps réel du web par les gens. C’est ce que fait par exemple Paper.li , qui a remporté la Startup Competition à LeWeb 10’ et qui permet d’agréger des contenus des réseaux sociaux en fonction de thématiques. Autre grande tendance, la géolocalisation. Il est intéressant de pouvoir naviguer l’information géographiquement et de partager les savoirs de manière géolocalisée. Par exemple, iTaste permet trouver tous les restaurants chinois autour de vous avec les notations des utilisateurs. Une autre grande tendance est la saturation du web. Maintenant que toutes les marques ont commencé à utiliser le web, à poster des vidéos, etc., le plus grand problème, c’est de retrouver de l’audience sur le web. Mais je ne pourrais pas vous parler d’une startup dans ce domaine. Enfin la dernière grande tendance, c’est l’internet des objets. Tout un écosystème est en train d’émerger et va bouleverser le quotidien dans ces prochaines années.

Quelles sont les perspectives pour les TIC en Suisse?

La Suisse est très créative. Elle a, par exemple, inventé l’horlogerie qui a créé des milliers d’emplois. C’est très impressionnant. Ce qui faudrait c’est refaire la même chose aujourd’hui. La Suisse pourrait par exemple utiliser sa notoriété dans le secret bancaire pour créer des coffres-forts virtuels et conserver le patrimoine numérique de chacun.

Laurent Haug, fondateur des conférences Lift

Intérêt: Comprendre les implications sociales des technologies.

Maxime: «Lorsque les changements technologiques sont subis, ils sont un danger, en les anticipant, ils deviennent une opportunité.»

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