Quand avoir recours à la procréation médicalement assistée?

Concevoir un enfant est parfois un parcours semé d'embûches, mais de plus en plus de couples peuvent être aidés dans leurs démarches pour avoir un bébé.

Si la décision de concevoir un enfant est un moment privilégié pour un couple, mille et une questions demeurent notamment quand la femme ne parvient pas à tomber enceinte. Dorothea Wunder, médecin chef de l’unité de médecine de la reproduction (UMR) du centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne, donne quelques clés pour apaiser les doutes.

Dorothea Wunder, q u’est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie?

J’ai rapidement été fascinée par la gynécologie et par l’obstétrique. Je me suis aussi toujours intéressée aux hormones et à la manière dont elles influencent le corps. Alors quand l’Hôpital de l’Île à Berne m’a demandé d’être responsable de l’unité de reproduction, c’est tout naturellement que j’ai accepté. Depuis la décision d’avoir un enfant jusqu’à la naissance, le début de la vie est un moment fascinant et fantastique.

«Wunder» signifie miracle en français, vous aviez un nom prédestiné pour faire ce travail?

(Rires.) Effectivement, peut-être un peu… Chaque patiente est différente, chaque grossesse est une nouvelle aventure. Mais la naissance d’un enfant reste toujours un petit miracle, surtout pour des personnes qui l’ont longuement attendu. Aujourd’hui de plus en plus de couples qui ont des difficultés à concevoir un enfant peuvent être aidés dans leur démarche.

A partir de quel moment un couple doit s’inquiéter de ne pas réussir à concevoir un enfant?

Généralement, après une année de rapports sexuels réguliers et non-protégés. Mais si la femme a déjà 38 ans par exemple, les investigations doivent avoir lieu beaucoup plus tôt parce que le temps presse. L’âge biologique de la femme est comme une horloge qui fait tic-tac et qui ne peut pas être reculé, à cause du «vieillissement» des ovocytes.

«Stérilité», «infertilité», quelle est la différence?

En fait, la stérilité concerne les femmes qui ne parviennent pas à tomber enceinte. Infertilité signifie que la femme ne parvient pas à conduire une grossesse jusqu’à son terme. Mais, aujourd’hui, le terme «stérilité» est moins utilisé, car il est plus stigmatisant.

Quels sont les moyens à disposition pour aider les couples à procréer?

Il n’existe pas de traitement-type pour chaque couple. Cela dépend des causes. Il y a des facteurs mécaniques, hormonaux, génétiques et autres, masculins, féminins ou mixtes. Mais il faut aussi prendre en compte les facteurs psychologiques. On sait par exemple que le stress peut provoquer des aménorrhées, cela peut aussi être le cas pour la conception d’un enfant. Toutefois, il ne faut pas non plus surestimer le facteur psychologique et dire à un couple qu’il faut simplement aller en vacances, se détendre et attendre et tout s’arrangera.

Comment expliquez-vous que le taux de natalité suisse soit inférieur à celui de la France, des pays nordiques ou même de l’Angleterre?

Selon les pays, il est encore difficile pour une femme de travailler et d’avoir des enfants. En Suisse par exemple, avant 2005, il existait un congé maternité de seulement quelques semaines. Les femmes y pensent donc plus tard, et cela devient plus compliqué.

Que pensez-vous des accouchements alternatifs, en dehors des hôpitaux?

Je n’y suis pas opposée à condition que la grossesse se soit déroulée sans complications et que la sage-femme soit vraiment expérimentée et responsable. Si l’accouchement ne se déroule pas comme il le devrait, elle ne doit pas hésiter et transférer la patiente vers un hôpital.

Quelques conseils pour les femmes enceintes?

Je crois que les femmes enceintes doivent vivre le plus normalement et le plus sainement possible, prendre un supplément de magnésium et mettre des bas à varices à titre préventif. La prise d’acide folique ou de vitamines de grossesse diminue le risque de malformations chez le bébé. Les femmes qui viennent d’accoucher devraient organiser un réseau d’aide, afin d’avoir le maximum de temps pour leur bébé et pour l’allaitement, une pratique que j’encourage. Un cours de rééducation périnéale environ six semaines après l’accouchement permet de prévenir les problèmes d’incontinence.

Sur le même sujet