Analyse de séquence – 21 grammes

Analysons rapidement la certes courte séquence des toilettes dans le film de Alejandro González Iñárritu ...

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Remarque de départ : Il n'y a aucune « révélation d'indices-clefs du film ». Ici j'analyse seulement une séquence !

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Cette séquence implique deux personnages : Christina ( Naomi Watts ) et une de ses amis du passé ( « on s'croirait dans l'bon vieux temps ! » ).

Situons la scène

Le contexte de cette scène est bien défini : toilettes d'un bar bondé et bruyant, lavabo sale, lumière blafarde et bleutée... Les deux femmes sont ici pour un deal : Christina veut des pilules, de la drogue quoi ! On imagine qu'elle a contacté auparavant sa vieille amie pour un deal.

La technique d'argumentation de la dealeuse

On attaque cette argumentation sur un « argument de communauté féminine » : la dealeuse s'appuie sur le fait que « les hommes en font baver aux femmes » , elle crée des conditions qui font que Christina se sent concerné par ce qu'on lui dit. Ensuite, on imagine que si Christina est là ce n'est pas pour bavarder mais parce qu'elle a un besoin spécifique. Peut-être même un besoin qui la rend triste, ou la tristesse de sa vie qui lui crée ce besoin. Enfin bref, son amie l'a bien compris et utilise l'expression « Console-toi » avec une métaphore de la friandise qui pourrait remédier à son manque, à son besoin.

On continue cette technique d'argumentation avec les mots suivants : « la nouveauté des nouveauté...du R2 »

>>> regardez comme la fille fixe Christina quand elle annonce le R2

>>> notez aussi la manière dont elle annonce « R2 » : elle susurre presque puis elle sourit

-->> Elle avance ici son argument fort :

La grande popularité de ce produit. La dealeuse utilise là encore une métaphore classique dans l'univers de la drogue, de la relaxation, du paradis, de l'apaisement: celle du nirvana. Quand Christina tente de résister à ce qu'elle subit, finalement (la démarche argumentative de sa copine) en prétextant qu'elle « n'aime pas le chimique », la dealeuse utilise un outil efficace. En effet, elle emploie une question rhétorique (qui n'appelle pas de réponse) doublée d'une métaphore sur l'enfant de coeur : quel habileté... Enfin, un argument économique (« tu n'as pas à m'payer si tu n'aimes pas ») vient parachever l'échange. La réplique « Là j'te r'connais... » marque la fin de la « transaction ».

Le changement de voix

C'est la raison pour laquelle j'ai choisi d'analyser cette séquence (avec le tatouage, en amorce, sur le sein gauche ahah..) : la rupture de ton dans la voix : « Christina ne boit pas trop ce soir... ». Elle le dit en véhiculant l'idée qu'elle s'inquiète pour sa copine. Même si elle lui fournit ses pilules et qu'elle sait que Christina n'est pas dans son assiette, elle ne veut pas que sa copine fasse une overdose ou ait un quelconque problème. La dealeuse regarde son amie de manière indirecte (par le miroir), elle est sous cette lumière bleutée du lavabo... Cette inflexion dans la voie, n'est-elle pas magnifique ?

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