Les acquis sociaux et les droits des femmes reculent en Italie

Offensées par les médias, des femmes italiennes se rebellent : Anaïs Ginori enquête, Michela Marzano analyse les maux de l'Italie et propose des remèdes.
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Le 27 octobre 2010, l’Institut de culture italien a réuni à Paris deux femmes qui s’interrogent sur l’image, le rôle de la femme dans l’Italie contemporaine, et la remise en question des acquis du mouvement féministe des années 1970.

Une journaliste et une philosophe résistent par l'écriture

Anaïs Ginori, journaliste au service international du quotidien italien La Reppublica vient de publier aux éditions Fandango "Pensare l’impossibile, donne che non si arrendono" ("Penser l’impossible, des femmes qui ne se résignent pas").

Michela Marzano, professeur de philosophie morale et politique à l’Université Paris-Descartes, vient de publier chez Mondadori"Sii bella e stai zitta, perch’è l‘Italia di oggi offende le donne" ("Sois belle et tais-toi, pourquoi l’Italie d’aujourd’hui offense les femmes").

Des visions complémentaires

  • Celle de la journaliste qui enquête : Anaïs Ginori a interviewé des personnes de toutes origines sociales et a recueilli les témoignages de femmes dont le droit à la parité est menacé et qui font face à une discrimination dans le monde du travail et de la famille, de l’adolescence à la vie adulte.
  • Celle de la philosophe qui analyse les raisons de ce recul du droit des femmes et articule sa réflexion autour de concepts philosophiques adaptés aux contextes culturel et social d’aujourd’hui. Michela Marzano prône comme arme efficace, la philosophie dans laquelle les femmes peuvent puiser les instruments critiques pour lutter contre les discriminations.

Une analyse convergeante : un stéréotype dégradant

Les acquis sociaux et les droits des femmes reculent en Italie. L’image de la femme à la télévision nous renvoie un stéréotype, une "velina" , une potiche, dont le seul moyen d’occuper la scène publique consiste à faire de son corps une marchandise. L’ascenseur social serait donc ce modèle unique proposé par la télévision: "sois belle et tais toi" et reproduis un discours pensé par d’autres?

Pour les femmes, les vraies, l’existence est difficile car travailler dans l’ombre constitue aussi une souffrance morale.

La preuve : des chiffres implacables

Les femmes sont plus diplômées que les hommes, et pourtant en Italie, d’après les statistiques du rapport 2009 du Forum économique mondial, seules 47% des femmes travaillent (60% en France, une moyenne de 57% en Europe). Un tiers de ces femmes abandonne leur travail lorsqu’elles ont un enfant par manque de structures sociales, mais aussi sous la pression morale de leur famille, leurs employeurs, l’église… Enfin, les violences conjugales augmentent.

Dans le classement 2009 de "Word economic forum, Gender gap ", l’Italie est au 71e rang sur 135. Ce pays détient aussi le record occidental de dénatalité, protestation silencieuse inquiétante.

Des mots qui parlent

Michela Marzano ajoute que le vocabulaire en dit long sur la représentation du genre humain en Italie : " Maschio/femmina", soit mâle/femelle, versus garçon/fille.

Triste constat, plus favorable en France ?

Pas tant que cela. Universitaire en France, la philosophe nous fait part de comportements masculins peut-être plus pernicieux qu’en Italie car moins frontaux, ainsi que de pratiques qui poussent les enseignantes à travailler plus que les hommes pour s’imposer. Conséquence : un gâchis de compétences humaines et d’investissement financier puisque l’université forme plus de 60% de femmes mais seules 18,5 % obtiennent une chaire de professeur. Peur de franchir le plafond de verre? Priorités personnelles? Pression masculine?

Les remèdes évoqués

L’éducation, de la maison à l’école et l’université, pour une meilleure appréhension de la vie citoyenne, pour apprendre à cohabiter sereinement, se respecter tout en gardant ses différences, source de richesse. Michela Marzano cite Montesquieu qui disait que les mœurs et la loi allaient de pair et engage à ne pas confondre deux concepts : l’identité et l’égalité.

Des femmes qui luttent pour leur liberté et leur dignité

Mais, signe encourageant, après s’être endormies plusieurs années, des femmes italiennes se réveillent convaincues que rien n’est acquis et que la liberté est une lutte de tous les instants.

Gageons que des think-tanks féminins comme le DI-RE Donne Italiane rete estera (Femmes italiennes, réseau international) agissent en ce sens puisque leur but est de promouvoir les talents féminins, de défendre les droits et les acquis sociaux des femmes et avec les hommes, et d'apprendre aux jeunes générations à mieux vivre et travailler ensemble.

Isabelle de Mèredieu

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