Le peintre conceptuel belge Henri Caps : entre art et écologie

L'artsite se met au service de la planète depuis la fin du XXe siècle en alliant valeurs esthétiques et dénonciations de la société.
5

Au début de sa carrière, les clochards, les prostituées et les piliers de comptoirs sont les principaux sujets d’Henri Caps. A cette époque déjà, il met en place ce qui restera à la base de son travail: la dénonciation. Son œuvre va prendre une tournure décisive en 1999. Le naufrage de l’Erika a lieu alors que l’artiste passe ses vacances en Bretagne. L’image des flots noirs qui se couchent sur les côtes françaises le hante et le révolte. Du jour au lendemain, il arrête de peindre l’homme pour s’attaquer à ce que l’humanité abîme. De retour en Belgique, il cherche un moyen pour exprimer son sentiment et dénoncer la destruction de la nature.

Les déchets comme moyens d’expression

En regardant les gens jeter n’importe quoi n’importe où sans se soucier de l’impact sur l’environnement, Henri Caps choisit d’utiliser ces actes néfastes comme source d'inspiration. Selon lui, l’humanité est capable de partir vivre sur la lune ou sur Mars en laissant derrière lui le dépotoir qu’elle continue d’approvisionner quotidiennement. Les déchets deviennent supports de création pour l’artiste. Il les trouve sur les chantiers de démolition, dans les décharges, mais également au bord des chemins et des routes. En les recouvrant d’un pigment naturel, il rend beau ce que l’homme fait de plus laid et lance ainsi son message écologique universel. Il donne à ces bidons, tonneaux, cannettes, affiches arrachées ou pare-brises une seconde vie plus noble. Cette conception le rattache à Kurt Schwitters incarnant l’esprit individualiste du mouvement Dada en conférant à ses affiches harmonie et esthétique. La manière d’utiliser les déchets inscrit Henri Caps dans la lignée des artistes du Nouveau Réalisme français. Il compresse les éléments comme César, empile les objets comme Arman et arrache les affiches comme Villeglé. Il est certain qu’il existe un lien évident entre eux, mais celui-ci concerne uniquement les techniques employées. Alors que l’objet de dénonciation est la société de consommation pour les artistes du Nouveau Réalisme, il est tout autre pour Henri Caps. Son influence est la nature, sa source est la Terre et son but est l’environnement. Il travaille pour la Terre, dénonce pour elle, se soucie d’elle et crée pour elle. Elle est devenue son obsession, sa muse.

Le titre comme traduction littéraire de l’œuvre

En titrant ses œuvres, l’artiste emmène le spectateur plus loin dans sa réflexion. Toujours empreintes d’humour, ses appellations évoquent la poésie qui caractérise son travail. Par manipulation, il arrive à associer différents éléments pour en ressortir une idée fortement liée à ses compositions. Il crée des néologismes en partant de mots existants, par exemple «Getthonic» formé à partir des mots «ghetto» et «tonique», «Anthropolotartiste» avec «anthropologue», «entarteur» et «artiste», «Publipulation» avec «publicité» et «manipulation». Dans sa série de tableaux intitulée Space Tempo , il découpe la réalité en trois temps, l’humanité, l’espoir et l’infini, à travers lesquels il place «une minute de sa vie». Celle-ci est illustrée par une ligne noire fluide et irrégulière, positionnée selon son humeur du moment. Entre optimiste et pessimiste, il se situe généralement dans le temps «espoir».

La couleur comme symbole

L’artiste utilise essentiellement trois couleurs. Un point important à souligner est la naturalité des pigments choisis. Chacun d’eux a une symbolique forte. Le rouge représente la colère et le danger; le vert, la tranquillité et la nature tandis que le bleu symbolise la beauté et l’eau. Comme Yves Klein, Henri Caps a trouvé un bleu qui lui est propre et dont il garde le secret. Son bleu est intense, lumineux et profond, né d’une alliance subtile entre cinq tons différents. En général, l’artiste ne mélange pas les couleurs, il les superpose et leurs concède ainsi une vibration particulière. Poudreuse et éclatante, la matérialité de la peinture se ressent fortement dans ses réalisations. Elle octroie un volume à l’œuvre et son aspect velouté et granuleux lui donne vie.

La sensibilisation des gens comme objectif

Il affirme rester fidèle à la route sur laquelle il a posé le pied il y a onze ans et vouloir aller toujours plus loin dans ce concept. Son objectif est de sensibiliser les gens qui ne se rendent peut-être pas toujours compte de la gravité de la situation dans laquelle se trouve la Terre. La puissance de l’idée a pris une telle place dans son acte de création que l’artiste pense être plus captivé par elle que par l’aboutissement de son œuvre. En choisissant la Terre comme muse, les déchets comme supports et l’écologie comme aspiration, Henri Caps s’est offert des ressources inépuisables de création.

Sur le même sujet