Antoine et les problèmes : du folk-rock psyché-punk à la variété

1966, Antoine et les Problèmes proposent de mettre la pilule en vente dans les monoprix
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Cheveux longs, chemise à fleur, veste de treillis, tant du coté de l'allure que de celui de la musique, Antoine est une révolution dans le monde de la variété française de l'époque. « Les élucubrations d'Antoine » (son 2ème single, 1966) sont un succès immédiat. Il faut dire que les paroles de la chanson n'y sont pas pour rien. En effet Antoine assure :

« Oh Yeah ! Tout devrait changer tout le temps,

Le monde serait bien plus amusant,

On verrait des avions dans les couloirs du métro,

Et Johnny Hallyday en cage à Médrano. ».

C'est une attaque frontale contre Hallyday qui est déjà une icône de la variété rock française et qui, à l'époque, cherche à s'adapter à la vague du rock anglais.

Oh Yeah !

Le succès des « Élucubrations d'Antoine » va amener Johnny à répliquer avec « Cheveux longs, idées courtes » et susciter des jalousies. Ronnie Bird, qui il est vrai est plus crédible qu'Antoine dans le rôle du rocker anglophile enregistre « Chante » sur le thème d' « I Can Only Give You Everything » des Troggs où il s'interroge : « Voilà que la chanson devient un vrai concours, les idoles à centrale viennent suivre des cours (…) Je meurs, oui je meurs parce que je n'ai pas étudié (…) Treillis, chemise à fleur, tu deviens beatnick, (…) La musique a du bon quand on pense au fric ». D'autres tel Évariste essaient de prendre le train du succès en marche (« Connais tu l'animal qui inventa le calcul intégral »). Bref, l'arrivée d'Antoine est un coup de tonnerre dans le paysage musical français de l'époque.

Antoine

Qui est donc cet Antoine ? Eh bien, il est né le 4 juin 1944 à Tamatave. Son vrai nom est Pierre Antoine Murracioli. En 1966, il obtient un diplôme d'ingénieur de l'école d'ingénieur Centrale. A l'époque, il soulève les passions, les adolescents se pressent à ses concerts et même si Antoine n'est pas vraiment une bête de scène, son attitude, les paroles de ses chansons font tilt ! Pensez donc, il est en guerre contre Yvette Horner (« ton accordéon me fatigue Yvette »), il est pour le jerk, la pilule. Conséquence : tout adolescent un peu branché s'achète une chemise à fleur et se laisse pousser les cheveux au grand dam des parents et des bien pensants. De plus, il est accompagné par un véritable groupe de rock : Les Problèmes , futurs Charlots.

Un éléphant me regarde

Bien qu'Antoine se soit très vite recyclé dans la variété, il n'en reste pas moins qu'il a enregistré avec Les Problèmes des titres comme « Une autre autoroute », réplique à « Higway 61 » de Dylan ou « Je reprends la route demain », ode aux beatniks voyageurs. Il faut encore citer « Un éléphant me regarde » et ses paroles très psychédéliques,« La fumée dans les yeux, un éléphant me regarde, j'ai la tête qui bat. ». Quant à l'accompagnement des Problèmes sur ce titre, il est digne des meilleurs raga-rock anglais ou américains. Mais le show business a vite fait de récupérer l'hurluberlu et d'en faire une marionnette inoffensive (cf." Ra-Ta-Ta"). Bon, il y a encore quelques mélodies tropicales, « Je l'appelle Canelle », agréables mais la messe est dite : Antoine n'est pas un Dutronc ou un Ferrer et encore moins un Ronnie Bird qui, en définitive, avait raison quant à l'authenticité du personnage.

Je dis ce que je pense, je vis comme je veux

Antoine a été un phénomène de mode passager et c'est dommage qu'il ait été récupéré si rapidement mais il a laissé à la France ébahie quelques perles comme « Je dis ce que je pense, je vis comme je veux » :

Je dis ce que je pense, je vis comme je veux

Je mets Johnny en cage, je n'aime pas Edith Mathieu

Que vous importe mes cheveux

J'ai les chemises que je veux

Je fais tout ça pour moi pas pour vous

Comprenez-le

. Rien que pour cela, Antoine mérite que l'on se rappelle de lui plutôt comme le révolté de 1966 que comme le vendeur de lunettes à chemise hawaïenne qu'il est devenu. Ou alors, il faut considérer que les Charlots étaient dans le vrai avec leur « Je dis n'importe quoi et je fais tout ce qu'on me dit ».

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