Captain Beefheart & His Magic Band : rock dadaïste

Capitaine Cœur de Bœuf et son orchestre magique ont été pendant les 60's et les 70's un ovni musical. Mais leur influence perdure encore.

Don Vliet est né le 15 juin 1941 et est décédé le 17 décembre 2010 suite à une sclérose en plaque. Avant d'être musicien, il fut d'abord un enfant prodige. A l'age de 4 ans, une de ses œuvres attire l'attention du sculpteur portugais Augustinio Rodriguez. En 1954, on lui propose d'étudier en Europe mais ses parents déclinent l'offre et s'installent dans le désert du Mojave. Pendant son adolescence, il s’accoquine avec un certain Frank Zappa. Puis, il apprend, seul, le saxophone et l'harmonica, et joue avec les Omens et The Blackouts. Après le collège Don Vliet et Zappa vont à Cucamonga. Ils ont le projet de tourner un film : Captain Beefheart Meets The Grunt People . Mais le projet reste à l'état de projet et Zappa part pour Los Angeles où il fonde The Mothers Of Invention.

Le Magic Band

Déçu, Don Vliet retourne dans le désert du Mojave, adopte le nom de scène de Captain Beefheart et forme son 1er groupe, The Magic Band, composé à l'époque (1964) des guitaristes Alex St. Clair et Doug Moon, du bassiste Jerry Handley et du batteur Paul Blakely. Cette première mouture du Magic Band joue un blues-rock râpeux où la voix formidable, unique, de Beefheart domine les débats. C'est déjà perceptible sur le 1er single du groupe « Diddy Wah Diddy » (1965) où il s'affirme comme un Howlin' Wolf rock. Ce single marche bien ce qui leur vaut de signer avec A&M pour un album. Mais les compositions de Van Vliet comme « Electricity » et « Zig Zag Wanderer » ont le don de crisper Jerry Moss, le président du label qui refuse de sortir le disque : « trop négatif ». Touché mais pas coulé, Beefheart change de musiciens et engage Jeff Cotton, guitare, et John French, batterie. C'est à cette époque qu'il prend l'habitude d'affubler ses musiciens de surnoms. Cotton devient ainsi Antennae Jimmy Semens et French, Drumbo. Il faut ajouter au groupe un certain Ry Cooder qui s'illustre sur l'album « Safe As Milk ».

Safe As Milk

Beefheart signe sur Buddah Records et enregistre le révolutionnaire Safe As Milk , révolutionnaire parce qu'il associe la rythmique du blues à des paroles surréalistes et à des changements de rythme « aléatoires » qui vont devenir la marque de fabrique Beefheart. L'album comporte les classiques beefheartiens « Zig Zag Wanderer », « Drop Out Boogie », « Abba Zaba ». Le disque suivant, Strictly Personnal (1968) enfonce encore plus le clou. L'album s'ouvre avec « Ah Feel Like Ahcid » chanté a cappella pendant 3:05. Il y a aussi « Beatles Bones 'N' Smokin Stones » dont le refrain est « strawberry Fields Forever » et « Kandy Korn » avec la 1ère apparition de la clarinette basse. Mais le disque est défiguré par la production de Bob Krasnow et touché, une nouvelle fois, Van Vliet se retire à nouveau dans le désert. Une nouvelle fois il rebondit, cette fois grâce à Frank Zappa qui vient de créer son label, Straight Records.

Trout Mask Replica

Zappa offre à Beefheart de l'héberger sur son label. Ce dernier accepte car Zappa lui offre une totale liberté artistique. Beefheart remanie une nouvelle fois son groupe. Toutefois celui-ci ne bougera plus jusqu'en 1972. Il se compose de Semens, Drumbo, du bassiste Rockette Morton (Mark Boston) et du clarinettiste basse, the Mascara Snake (Victor Fleming). C'est cette formation qui enregistre le dérangé et original Trout Mask Replica (1969). C'est le chef d’œuvre de Beefheart, un disque qui ne ressemble à rien d'autre, un mélange minimaliste de rythm & blues, de rock, de blues, de garage-punk, de free-jazz, un disque que beaucoup prétendent connaître mais n'ont pas écouté. Malgré les assertions de Beefheart qui prétend que le disque a été enregistré dans une totale spontanéité par des non-musiciens , les 28 morceaux ont été répétés pendant 6 mois, 14 heures par jour sous la direction d'un Beefheart qui fait du groupe son instrument.

Les années 70

Après ce coup de maitre vient le non moins radical, Lick My Decals Off, Baby (1970). Puis le Captain s'oriente vers un son plus commercial avec The Spotlight Kid ( 1972) où figure le célèbre « I'm Gonna Booglarize You Baby » et Clear Spot la même année. Mais les relations s'enveniment entre le groupe et le dictatorial Beefheart qui règne par l'insulte et parfois même les coups. Son groupe le quitte et prend le patronyme de Mallard tandis que Beefheart est viré de son label de l'époque, Reprise. Après deux ans sans nouvelles, il revient avec un nouveau groupe beaucoup moins expérimental et sort deux albums en 1974 : Unconditionnaly Guaranteed et Bluejeans And Moonbeams .

De retour dans le désert

En 1982, le Captain se retire définitivement de la musique et s'isole dans le désert du Mojave pour se consacrer à la peinture. Il produit alors une œuvre que certains relient à Frantz Kline, Francis Bacon, Vincent Van Gogh, Jackson Pollock. Beefheart pour sa part préfère évoquer Mondrian et Van Gogh. On retiendra de l'homme qu'il a été l'un des grands originaux de la musique moderne et que son influence est perceptible sur des artistes tels que John Cale, Henry Cow, Laurie Anderson, Public Image, les Pixies, Beck, PJ Harvey. Le Captain vit encore...

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