L'américain : on ne peut pas vivre sans amour

George Clooney est Jack, un tueur froid, impitoyable, seul, sur le qui-vive, qui rencontre son destin dans un petit village italien.
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Un somptueux paysage de montagnes enneigées en Suède, un couple, un couple qui marche dans la neige, qui se tient par la main, se sourit. Puis un bruit qui rompt le blanc silence. Un coup de feu assourdi par un silencieux. L'homme se jette à terre, la femme se cache derrière un rocher. L'homme sort un pistolet et abat le tireur qui tombe devant lui. Un blond, un suédois. Puis l'homme regarde sa compagne secouée par la fusillade et lui demande d'aller chercher des secours. Elle se retourne. Froidement, il lui tire une balle dans la tête. Ensuite, il se débarrasse aussi du complice du tueur qui l'attendait sur la route.

C'est la séquence d'introduction à L'américain le film d'Anton Corbijn, photographe hollandais des pop stars (Bowie, Joy Division, U2, Miles Davis, Clint Eastwood etc.) passé à la réalisation. Ce thriller n'est pas comme on pourrait s'y attendre, avec Clooney au générique, une resucée d' Ocean Eleven. Non, c'est un curieux objet avec des airs de Melville pour le personnage solitaire entrainé par un mécanisme fatal dont il ne peut s'extraire tel le Delon du Samouraï .

Jack, le tueur, après le triple meurtre de Suède, une tuerie exécutée de sang froid par un professionnel aguerri, se réfugie en Italie où il retrouve son patron qui l'envoie se planquer dans un petit village italien perdu dans les montages des Abruzzes.

Un artisan solitaire

Là, Jack doit fabriquer une arme pour une mystérieuse tueuse (la Néerlandaise Thekla Reuten) chargée d'une mission dont il ne sait rien. Pendant son séjour l'américain fait la connaissance du prêtre du village qui rapidement a quelques doutes sur la véritable profession de ce solitaire. Le prêtre a son importance dans l'histoire puisqu'il dit à Jack qu'on ne peut pas vivre seul, pour soi.

On ne peut pas vivre sans amour

Jack est un taiseux et un tueur expérimenté qui ne laisse rien au hasard. Il est constamment aux aguets cherchant à détecter une éventuelle menace. C'est cette tension qui court tout au long du film qui en fait la force. Un homme menacé à chaque instant de trahison, de mort, ne peut se laisser aller. Pourtant Jack fait la connaissance d'une prostituée (interprétée par l'Italienne Violante Placido) qui s'entiche de l'américain. La scène où Jack fait l'amour avec la prostituée dans sa chambre d'amour éclairée par un cœur néon bleu au centre duquel figure une ombre chinoise de femme en train de danser, est une scène clef du film. Une scène qui montre la solitude de Jack et son absence de sentiments. Pourtant, il y a une part d'humanité chez le tueur qui petit à petit apprécie la compagnie de la prostituée qui devient sa maitresse.

La retraite

Mais, il n'y a pas de retraite pour les tueurs professionnels et son boss a décidé de le licencier. Et dans ce métier, il n'y a pas d'entretien préalable et de formation de reconversion. On imagine aisément la fin de l'histoire. Une histoire qui n'est pas follement originale et qui vaut surtout par le jeu d'acteur de Clooney (dont les dames pourront découvrir les pectoraux plaquettes de chocolat) qui s'essaie à une partition quasiment mutique à la Clint Eastwood. Un Clooney parfait en artisan appliqué du meurtre, un artisan saisi par le doute en fin de carrière et qui voudrait bien se ranger des voitures et qui découvre que l'amour existe. Comme le déclarait récemment Corbijn en Italie "Les histoires de rédemption m'ont toujours intéressé". "Je pense qu'il y a toujours un moment dans la vie où l'on se demande si l'on ne pourrait pas tout changer".

Un film sous influence

Les grands espaces (la photographie des paysages de la région des Abruzzes magnifie la montagne italienne), le labyrinthe des rues du village (Castel del Monte), le minimalisme de la mise en scène ramènent à Sergio Leone (cité deux fois dans le film avec des extraits de « Le Bon, la brute et le truand » et d' « Il était une fois dans l'ouest ») ou au cinéma italien des 70's que le réalisateur avoue comme influence essentielle.

Un film surprenant

Le film qui marche bien pour une œuvre qui tient plus du film d'auteur que du énième film d'action avec explosions, cascades et gros muscles est pourtant controversé. En cause, la lenteur de l'action, des scènes d'action peu crédibles parfois et une impression de froideur de l'ensemble. Mais L'américain a des qualités qui font qu'on peut l'apprécier esthétiquement pour la lumière si particulière des Abruzzes que Corbijn a su parfaitement capter, pour la performance de Clooney en animal pris au piège, pour des scènes comme celle du restaurant où il a rendez-vous avec la tueuse et où, un instant, il se retrouve seul dans la salle, dans l'attente, aux aguets, une ombre passe, les rideaux se soulèvent sous l'effet du vent...

L'Américain est un film surprenant que l'on peut aller voir pour la performance de George Clooney et aussi pour la mise en scène de Corbijn.

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