Lee Dorsey : boxeur, garagiste, chanteur, de Ya Ya à Yes We Can

Peu connu, Lee Dorsey est l'interprète de merveilles telles que « Ya-ya », « Working On A Coal Mine », « Yes We Can ».

C'est le 4 décembre 1926 que vient au monde à la Nouvelle Orléans un certain Lee Dorsey. Celui-ci débute une carrière de boxeur poids léger à la fin des années 40. Il y connait quelque succès sous le pseudonyme de « Kid Chocolate ». Vers la moitié des 50's, il met ses gants au placard, retourne à la Nouvelle Orléans où il lance un atelier de réparation de voitures et, la nuit, s'oriente vers une nouvelle carrière : chanteur.

La rencontre avec Alen Toussaint

En 1956, Dorsey fait la connaissance d'Allen Toussaint, future légende du funk de la Nouvelle Orléans. A cette époque, Toussaint est déjà passé du stade d'accompagnateur à celui de leader de groupe puis de musicien de studio connu. A la fin des années 50, Dorsey enregistre son premier single « Lottie Mo » qui marche bien, localement. C'est Toussaint qui l'accompagne et écrit les arrangements.

« Ya Ya »

« Lottie Mo » attire l'attention d'un certain Marshall Sehorn, chercheur de talents pour le label Fury. Impressionné par le talent de Lee Dorsey, il le signe sur le label. La première production de Dorsey est « Ya Ya ». Et c'est un hit : n° 1 dans les charts rythm' n blues et n° 7 dans le classement pop en septembre 1961. La reprise de la chanson par Petula Clark se classe dans le Top 20 anglais. On peut aussi rappeler que les Beatles dans leur période Hambourg jouaient régulièrement ce titre et que John Lennon en a fait une version dans son album « Rock'n Roll » (1975).

Do-Re-Mi

Le single suivant « Do-Re-Mi » ne marche pas trop mal non plus puisqu'il se classe dans le Top 20 en décembre 1961. A noter que ce titre a fait l'objet de versions par rien moins que Georgie Fame et Dusty Springfield. Mais la source du succès se tarit et les 3 singles suivants font un flop. De plus le label Fury fait faillite et Allen Toussaint doit accomplir son service militaire. Dorsey retourne à son atelier de réparation de voitures car il a une famille nombreuse à nourrir.

« Ride Your Pony »

1965, Allen Toussaint est démobilisé et de retour aux affaires. Il crée Sansu Enterprises (management, production, enregistrement, édition). La première contribution de Dorsey au label de Toussaint est « Ride Your Pony ». Là encore, la magie opère, le titre grimpe à la 7ème place du Top rythm'n blues et à la 28ème du Top Pop. « Ride Your Pony » est devenu un classique repris par le groupe d'Allen Toussaint, les Meters mais aussi par Paul Revere & the Raiders, Georgie Fame , les Fleshtones , les Troggs , The Tages.

« Working On A Coal Mine »

L'année suivante est une année bénie des dieux pour le duo Toussaint/Dorsey : pas moins de trois titres dans le hit-parade : « Get Out My Life Woman », « Working On A Coal Mine », « Holy Cow ». « Working On A Coal Mine » est un titre à la fois hilarant et désespérant qui conte l'histoire d'un mineur, histoire rythmé par le bruit des pioches. Ce mineur qui se lève tous les matins à cinq heures est fatigué, si fatigué que lorsque le week-end arrive, il n'a même plus le courage de s'amuser. Combien de temps cela peut-il durer ? On est loin du travailler plus pour gagner plus...

Comme pour les titres précédents de Dorsey, d'autres sont descendus dans la mine : Allen Toussaint, ce n'est guère surprenant, mais aussi les country-rockers de Pure Prairie League, les rockers sudistes Hoodoo Rythm Devils, Devo, oui Devo en 1981 et plus près de nous, le chanteur de jazz, Harry Connick jr.

« Yes We Can »

Ensuite, comme toujours serait-on tenté de dire, la carrière de Dorsey stagne et il retourne à son garage. Bon, « Everything I Do Gohn'be Funky » a son petit succès en 1968. En 1970 sort « Yes We Can », un album produit par, devinez qui, Allen Toussaint. Cet album est une vraie merveille funky, largement en avance sur son temps. Trop tôt certainement car ce sont les Pointer Sisters, en 1973, qui vont rafler la mise avec « Yes We Can » rebaptisé « Yes We Can Can » et pas Dorsey. Robert Palmer obtiendra aussi quelque succès avec « Sneakin Sally Through The Alley » (1974), titre de son album et qui figure sur l'album de Dorsey . Ce dernier retourne à son garage non sans une dernière tentative avec l'album « Night People ».

Cependant au début des 80's, Dorsey souvent repris et imité obtient enfin une certaine reconnaissance puisqu'il fait la première partie de Jerry Lee Lewis, de James Brown et même des Clash pour leur tournée US de 1980. Le 1er décembre 1986, Lee Dorsey meurt alors qu'il enregistrait un album country. On retiendra de l'homme sa carrière en dent de scie mais aussi et surtout qu'il a été un interprète hors pair des compositions d'Allen Toussaint et que sa musique était fortement marquée par la Nouvelle Orleans. En effet, on peut entendre dans ses titres l'influences de Dr John, de Professor Long Hair, d'Huey Piano Smith autant que celle du Menphis Sound. Pour conclure, on notera que Lee Dorsey a un fan qui s'est fait élire à la présidence des États-Unis, un certain Barak Obama (« Yes We Can »).

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